Une vue aérienne de Beyrouth, où les besoins sont énormes, comme dans le reste du pays. Photo d’archives/ Jamal Saïdi/Reuters
Alors que le pays s’engouffre dans une crise économique sans fin et que le confinement justifié par la propagation du coronavirus a mis de nombreux ménages en difficulté, les initiatives d’aides urgentes se multiplient, notamment celle engagée par le conseil municipal de Beyrouth au bénéfice de ses administrés. D’emblée, le conseil a été la cible de nombreuses attaques : des rumeurs sur des divergences de vues avec le mohafez de Beyrouth Ziad Chbib sur la population-cible (faut-il aider les personnes originaires de Beyrouth ou celles habitant la capitale ?) se sont propagées sur les réseaux sociaux. On a également reproché aux élus de la capitale de n’avoir inclus sur leurs listes que les personnes originaires de Beyrouth, donc des électeurs potentiels, au lieu d’aider tout autant les habitants de la ville d’où qu’ils viennent.
Parmi les critiques de l’initiative, celles exprimées par le comité de Beyrouth au sein du Bloc national. Celui-ci a appelé hier tous les responsables, entre autres la municipalité, « à prévoir des aides urgentes aux citoyens, sachant que la plupart des initiatives alimentaires jusque-là sont de nature politique et clientéliste », notant « les dissensions observées entre le mohafez de Beyrouth et son conseil municipal ». Le parti demande à toutes les parties concernées de mettre un terme au « dialogue stérile, pour se concentrer sur l’essentiel et protéger la capitale dans ces circonstances difficiles où les besoins augmentent ».
Le BN préconise en effet d’assurer des aides alimentaires urgentes, d’assurer l’eau et l’électricité afin d’éviter aux habitants de payer deux factures, d’aider les hôpitaux et de dynamiser les dispensaires en les dotant de tests gratuits, de consacrer des bâtiments vides à l’isolement des personnes qui ne peuvent passer leur quarantaine chez eux, de soutenir les initiatives sociales apolitiques…
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Distribution de rations alimentaires et de bons d’achat
Les remarques formulées par le BN ne sont pas isolées, loin de là. Les réseaux sociaux résonnent de critiques sur la prestation municipale et les dissensions internes. Interrogé sur ce point par L’Orient-Le Jour, Gaby Ferneiné, membre du conseil municipal, estime qu’il n’y a pas vraiment divergences de points de vue entre le conseil et le mohafez, mais que la municipalité a pris le temps de mettre au point un mécanisme de distribution des aides. Le mohafez de Beyrouth, Ziad Chbib, était injoignable hier.
Concernant le mécanisme mis en place, M. Ferneiné explique : « Nous avons tout d’abord consacré des aides directes à l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri (750 millions de livres), à la Croix-Rouge libanaise (un milliard de livres), à l’hôpital de la Quarantaine (200 millions de livres) et à la Défense civile (250 millions de livres). »
Le mécanisme pour l’aide aux familles en difficulté vient d’être mis en place en vue d’être appliqué dans un délai de deux semaines au moins, selon lui. « Nous avons commencé par diviser Beyrouth en neuf régions : Ras Beyrouth avec Mina el-Hosn, Mousseitbé, Mazraa, Achrafieh, Rmeil, Medawar, Aïn Mreissé, Saïfi avec le secteur du port, Bachoura avec Zokak el-Blatt, souligne-t-il. Chacune de ces neuf régions sera prise en charge par un comité formé de deux ou trois membres du conseil municipal, les moukhtars et un médecin désigné par le mohafez (du département de santé de la municipalité). C’est ce comité qui sera chargé de suivre les aides, de s’assurer à qui elles sont distribuées, l’état de santé des riverains… »
Les aides elles-mêmes dans ces régions seront réparties en plusieurs parties : d’une part, affirme M. Ferneiné, le conseil municipal a engagé la procédure pour un appel d’offres en vue de la distribution de 24 000 rations alimentaires. « Entre-temps, nous avons consacré une avance de 240 millions de livres en vue de la préparation et la distribution de 3 000 cartons de manière urgente », poursuit-il.
Le conseil municipal, poursuit M. Ferneiné, travaille aussi sur la distribution de 20 000 bons d’achat dans les supermarchés, à raison de 200 000 livres par famille. « Nous avons approuvé quatre milliards de livres pour cette opération, et quatre autres milliards lors de notre dernière réunion, soit huit milliards en tout qui seront consacrés à cette opération », dit-il.
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Qui est concerné par ces aides et comment s’assurer qu’elles parviennent à ceux qui en ont vraiment besoin ? « Pour commencer, il faut savoir que nous nous assurerons de la situation économique des familles avant de les inclure sur nos listes, explique l’élu. Pour cela, nous comptons sur les moukhtars qui connaissent bien leurs administrés, ainsi que sur les volontaires qui feront les tournées de distribution et qui peuvent facilement évaluer la situation socio-économique des ménages. » Selon lui, ce mécanisme permettra de limiter les visées clientélistes de certains partis qui pourraient s’immiscer dans cette opération.
« Nous avons demandé également aux familles qui désirent s’inscrire de suivre une procédure déterminée », précise-t-il. Cette procédure est la suivante : envoyer une photo d’un extrait d’état-civil familial le plus récent possible, avec une adresse détaillée (région, rue, immeuble et étage) et un numéro de téléphone, à l’un des numéros suivants : 76-027209, 76-043152, 71-565895-376.
Pourquoi les aides sont-elles limitées aux Beyrouthins d’origine, qu’ils résident dans la capitale ou ailleurs ? Pour quelles raisons le critère n’était-il pas géographique plutôt qu’électoral, ce qui a fait dire aux critiques que cette opération aurait des visées électorales ? « Nous sommes un conseil municipal et non un État, répond Gaby Ferneiné. Nous aurions bien aimé aider tout le monde mais ce n’est pas dans nos capacités. Voilà pourquoi nous avons défini nos priorités : la première concerne les Beyrouthins où qu’ils résident, parce qu’ils relèvent de notre responsabilité, et la seconde inclut les habitants de Beyrouth dans le besoin. Et nous espérons toucher le plus de ménages nécessiteux possible. »
L’élu précise que le choix des bénéficiaires se fait par le conseil municipal et que la liste est ensuite soumise au mohafez. « Il faut mettre la politique de côté, la période est trop délicate pour quoi que ce soit d’autre », conclut-il.
À la question de savoir comment le conseil municipal compte éviter les doubles emplois avec d’autres initiatives, il reconnaît qu’il y a peu de moyens de s’en assurer.
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