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Diaspora

Au confinement s'ajoutent les difficultés financières pour les étudiants libanais à Paris

L'ambassade du Liban en France annonce le lancement d'une plateforme d'aide financière pour les étudiants en difficulté.

« Par la fenêtre, je vois les arbres du parc de la cité internationale. C’est la meilleure thérapie », dit Michel el-Ghoul.

« Toc, toc, toc ». Il est 10h30, ce premier samedi matin d'avril, quand Antonio Habib ouvre la porte de sa chambre à la Maison du Liban à Paris. Sur le sol, un repas a été déposé. « Les boîtes doivent être lavées avant d'être rendues », lui lance un collègue, avant de frapper à la porte du voisin et de continuer sa distribution de repas sur le palier.

Ce matin-là, 86 repas ont ainsi été distribués aux résidents de la Maison du Liban à la Cité internationale universitaire qui s’étaient inscrits au préalable sur internet. Au menu, riz aux épinards, hommos, samboussik, préparés par Karim Haïdar, le chef du restaurant Askini, situé dans le Xe arrondissement de Paris. Un petit goût du Liban pour les étudiants, libanais en grande majorité, confinés dans leur chambre de 18 m2 depuis le 17 mars. « C’est normal de leur venir en aide, explique le chef Haïdar. Avec le confinement, notre restaurant est fermé, alors autant faire quelque chose d’utile. »

Il y a une semaine, Jasmine Busson, sa partenaire dans le restaurant, choquée par les témoignages d’étudiants libanais ayant du mal à subvenir à leurs besoins, a décidé d'agir. « Ça m’a déchiré le cœur de voir que certains ne disposaient même pas de cinq euros par jour pour vivre. J’ai appelé l’ambassade du Liban à Paris qui m’a mis en contact avec la directrice adjointe de la Maison du Liban, et on a préparé cette première livraison. »

En sus du confinement, les étudiants libanais sont souvent victimes des restrictions bancaires qui sévissent dans un Liban en proie à de multiples crises, dont une des liquidités en dollars. Des restrictions bancaires qui entravent lourdement les transferts vers l'étranger, notamment de parents vers leurs enfants étudiants.

Jasmine Busson et Karim Haïdar ont dès lors décidé d'apporter un peu de réconfort à ces étudiants dans une mauvaise passe. L’objectif est de livrer un repas par semaine aux étudiants. Pour financer cette opération sur le long terme, Karim Haïdar et Yasmine Busson lancent un appel aux dons afin d'acheter les produits nécessaires à la préparation des repas en espérant que cette initiative inspire d’autres restaurateurs.

Ce repas, chaque résident va le manger dans sa chambre, seul. Les 108 étudiants en master et doctorat respectent les règles de confinement. Les salles communes ont été fermées, de même que l'accueil. Seuls les cuisines, douches et WC restent ouverts, et sont nettoyés tous les jours. Il est interdit de se réunir à plus de trois dans la cuisine.


Vacances forcées

Dans leur chambre, les étudiants qui ont choisi de ne pas partir restent positifs. Certains suivent leurs cours à distance, d’autres en profitent pour lire, regarder des séries, cuisiner, parler avec leur famille et amis, faire du sport. Mais les difficultés financières pèsent sur les esprits. Étudiant, Antonio Habib devait commencer son stage de fin d’études le 23 mars dans une grande entreprise française. En raison de l'épidémie de coronavirus et du confinement, le stage a été décalé à une date indéterminée et l’étudiant de 22 ans en génie et énergie nucléaire se retrouve sans ressources. « Je comptais payer le loyer avec les indemnités du stage », explique-t-il, tout en relativisant : « Ces vacances forcées me permettent de me reposer, moi qui ai à peine pu prendre des vacances ces cinq dernières années parce que je faisais des stages chaque été. »

Rim Khayat voit, elle aussi, ses plans bouleversés par le confinement. L'étudiante de 24 ans a fini ses cours début mars et devait recevoir son diplôme de gestion fin mars. La cérémonie a été annulée et la jeune femme se retrouve à chercher un emploi depuis sa chambre. « J’ai passé quelques entretiens par Skype et au téléphone. Jusqu’à présent, ça va, mais j’espère que ça ne va pas durer trop longtemps », explique la jeune diplômée, qui vit sur les économies qu’elle a pu rapporter avec elle du Liban, où elle est passée il y a quelques semaines.

Pour soulager la pression financière sur les résidents, la direction de la Maison du Liban a décidé de baisser de 100 euros le loyer qui s’élève à 445 euros en temps normal. « Les étudiants ont perdu leur stage, leur emploi, et leurs parents ne peuvent pas leur envoyer de l’argent ! Alors on essaie de les soulager, c’est le moins que nous puissions faire », explique Marlène Atié, la directrice adjointe de la Maison du Liban, une fondation indépendante de droit privé, qui ne reçoit pas de subvention et s’autofinance. La directrice adjointe ne mâche pas ses mots face au comportement « inacceptable » des banques libanaises qui empêchent les transferts d’argent. « Ça me fait mal au cœur. On est tellement impuissant ! » dit-elle aussi.

Dans les chambres de la Maison du Liban, les résidents prennent leur mal en patience. Si le gouvernement de Hassane Diab, sous pression, a fini par se résoudre à annoncer, la semaine dernière, un programme de rapatriement des Libanais au pays, Antonio Habib assure que la très grande majorité des étudiants libanais « n’a pas voulu rentrer à Beyrouth, pour des raisons de visas, de stage, d’argent, de connexion internet, mais surtout pour ne pas contaminer leur famille ». « Une seule personne veut rentrer au Liban, à n'importe quel prix, car elle déprime, seule, entre ces quatre murs », précise-t-il.


Applaudir ensemble

Évitant les médias qu'il juge anxiogènes, Michel el-Ghoul trouve du réconfort dans la nature. « Par la fenêtre, je vois les arbres du parc de la cité internationale. C’est la meilleure thérapie. On ne peut pas rester enfermé entre quatre murs comme en prison », dit-il. Rim, elle, attend chaque jour avec impatience les applaudissements de 20h, qui visent à saluer l'action du personnel soignant face à la pandémie, et lui remontent le moral. « On ouvre tous la fenêtre et on applaudit ensemble. Et puis on discute. Ce sont des moments magnifiques, » raconte-t-elle.

A quelques dizaines de kilomètres de là, Fabienne est heureuse de vivre cette période compliquée de confinement avec ses deux sœurs dans un appartement qu'elles partagent depuis quelques années. Un temps, elle a hésité à rentrer au Liban, auquel elle est très attachée: « J’y vais dès que j’en ai l’opportunité. Quand j’ai entendu parler des derniers vols de retour, j’ai voulu rentrer, la perspective de ne pas pouvoir y aller jusqu’à la fin de l’année m’étant insupportable », explique la diplômée en médiation culturelle. Finalement, la peur d’attraper le coronavirus dans l’avion et de contaminer ses parents l'ont fait revenir sur sa décision, ainsi que le risque de perdre son permis de séjour en France. Alors, chaque jour, plusieurs fois par jour même, elle parle avec sa famille.

Et depuis des semaines déjà, tout comme ses sœurs, elle fait attention à ses dépenses. Si la jeune fille de 24 ans, qui travaille en sus de ses études, a touché son salaire pour le mois de mars, elle craint en effet de le perdre en avril, son travail s'étant arrêté en raison du confinement.

En raison des restrictions sur les transferts d'argent du Liban à l'étranger, les parents des trois étudiantes ne peuvent plus les soutenir financièrement comme auparavant. Depuis novembre, les trois sœurs ont donc renoncé à leur sortie culturelle du week-end. Puis, une sœur de Fabienne a dû prendre un prêt pour subvenir aux besoins du trio. « Ce mois-ci, on a eu des difficultés pour payer le loyer et les frais de scolarité de ma sœur, parce que banques libanaises refusent de faire passer les transferts de nos parents... », lâche Fabienne, amère.


La plateforme de l'ambassade du Liban

Dans ce contexte, l'ambassade du Liban en France a annoncé, dimanche, la création d'une plateforme d'aide financière pour soutenir les étudiants libanais en situation de précarité. Initiée par l'ambassade et placée sous l'égide de la Chambre de commerce franco-libanaise,cette plateforme a « vu le jour grâce aux contributions de généreux Libanais », précise l'ambassade.

Les conditions posées pour bénéficier de cette aide sont expliquées notamment sur la page Facebook de l'ambassade : envoi d'un mail à l'adresse suivante, [email protected], accompagné d'un C.V., d'une lettre de motivation faisant mention du projet professionnel et de la situation sociale (situation des parents, revenus, charges, accès à d’autres bourses ou subventions comme les APL, etc.), des justificatifs officiels (photocopie de votre carte d’étudiant, quittance de loyer, relevé de compte bancaire depuis le 01/01/2020).

« Les dossiers complets seront étudiés par un comité composé de représentants de l’ambassade du Liban et du consulat général du Liban à Marseille, de la Chambre de commerce franco-libanaise, d’une association d’étudiants et d’avocats », est-il encore précisé.


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La MEA réduit les coûts de ses billets de 50% pour les étudiants dans le besoin

La compagnie aérienne libanaise Middle East Airlines (MEA), a annoncé dimanche dans un communiqué une réduction de 50% du prix de ses billets pour les étudiants expatriés qui ne peuvent payer le tarif normal dans le cadre des opérations de rapatriement.

"Suite à la demande du Premier ministre Hassane Diab, et conformément à la nouvelle politique récemment adoptée par la compagnie qui s’engage à aider les étudiants à l’étranger, la MEA a décidé de réduire le prix de ses billets d’avion de 50% pour tous les étudiants qui ne peuvent payer le prix plein tarif", rapporte le ministère libanais de l'Information sur son site Internet.

Cette annonce intervient le jour même où les deux premiers vols de rapatriement de Libanais qui se trouvaient à l'étranger et qui souhaitaient rentrer au pays ont atterri à Beyrouth en provenance d'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, dans un contexte de lutte mondiale contre la pandémie de Covid-1.



« Toc, toc, toc ». Il est 10h30, ce premier samedi matin d'avril, quand Antonio Habib ouvre la porte de sa chambre à la Maison du Liban à Paris. Sur le sol, un repas a été déposé. « Les boîtes doivent être lavées avant d'être rendues », lui lance un collègue, avant de frapper à la porte du voisin et de continuer sa distribution de repas sur le palier.

Ce matin-là, 86...