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Nos lecteurs ont la parole - Antoine Z. Sfeir

Un ordre mondial différent

La pandémie qui s’est propagée dans le monde s’avère un dilemme transnational qui a altéré les pays les plus riches. Ces États puissants n’ont pas pu trouver une solution durable et bien gérer cette crise à multiples facettes au niveau national et international.

Cette période critique de l’histoire de l’humanité, ainsi que de l’ordre mondial bien établi depuis des décennies, reflète un étourdissement du leadership américain, d’une part, et un affaiblissement de l’édifice et du rôle européens, d’autre part. En parallèle, on peut nettement saisir un rôle exponentiel de la Chine, qui a pu surmonter la crise et qui cherche sérieusement à élargir sa dimension géopolitique, notamment dans des pays traditionnellement nord-atlantique, tels que l’Italie et l’Espagne. Nous avons en outre observé l’afflux des aides chinoises de toutes sortes, afin de contrecarrer cette crise dans certains pays du Moyen-Orient.

En ce qui concerne le leadership américain, il est évident que l’administration Trump n’a pas pu bien évaluer la situation pandémique et ses répercussions désastreuses. Son positionnement fut entaché d’une nette indifférence envers une crise mondiale alarmante qui secoue l’Amérique et le monde. Avec un lock down et un état d’urgence nationale, les pertes sont considérablement grandes et irrécupérables dans les moments à venir, sur les plans socio-économique, domestique et mondial.

Cet état complexe est incomparable aux dernières crises épidémiques ni à celle des agressions du 11 septembre 2001. Le président Trump n’a pas été, cette fois-ci, au niveau de ce tournant stratégique dans l’histoire moderne des USA et de son leadership mondial. Face à cette politique récalcitrante, les questions se multiplièrent sur ses implications géopolitiques qui devraient être considérées comme prioritaires, juste après les questions de santé publique. Et si les USA n’ont pas pu gérer d’une façon appropriée cette situation désastreuse, alors l’enjeu géopolitique serait à moyen terme situé au niveau de la continuité et de l’efficacité du leadership unilatéral américain.

Cette équation ne constitue pas une innovation en matière géopolitique car le XXe siècle marqua sur ce plan des exemples-types : la décadence du leadership britannique suite à la guerre tripartite de Suez, et la fin de la guerre froide suite à l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Les USA doivent donc faire face à cette crise mondiale rapidement et efficacement pour qu’ils puissent reconfirmer leur rôle géopolitique par le biais de leurs capacités, habituellement efficaces, en matière de bonne gouvernance. Cette gouvernance, qui est actuellement mise en question sur le plan mondial, constitue un des éléments de base concrétisant la suprématie des États-Unis, à l’instar de la force militaire, de la richesse économique et du développement techno-scientifique.Si les USA pouvaient toujours reprendre leur leadership avec des arrangements décisifs, la grande question se poserait à propos du futur de l’Union européenne qui, suite aux développements en Italie et en Espagne, n’a pas pu appliquer deux de ses principes fondateurs : la solidarité et la complémentarité entre ses membres. Cette union politico-économique a pu faire face aux crashs monétaires de Chypre et de la Grèce, mais s’est trouvée incapable de faire face à la situation qui a secoué ses membres. Les politiciens et les stratèges vont poser la problématique de l’utilité et de la durabilité de cette union. Ils vont tous repenser « le pourquoi » de cet édifice, relativement nouveau.

Quant à la Chine, elle a pu s’en sortir et elle essaie de profiter de la situation en offrant de multiples services à d’autres pays.

Jusqu’à présent, les États-Unis ont été le pionnier des politiques mondiales de par leurs forces diversifiées et leur pouvoir de modeler et modifier à leur gré le mécanisme de l’ordre mondial. Mais la Chine essaie de fournir des subventions afin de concurrencer ce leadership et de reprendre la guerre froide mais avec des mécanismes plus appropriés. Sans nier que lors de la propagation du virus en Chine, une chute du système fut prévue, mais, à la surprise générale, la Chine a pu surmonter les moments difficiles avec une certaine performance intérieure, ce qui a accru la possibilité pour elle de jouer un rôle décideur sur le plan international.

En ce sens, le rôle de la Chine dans la lutte mondiale contre la pandémie indique que les leaders chinois rêvent d’établir une gouvernance chinoise mondiale. Par contre, les USA n’ont pas pu assurer les outils requis à leurs citoyens et leurs subventions techniques aux autres pays furent dérisoires.

Les défis mondiaux nécessitent une coopération accrue entre les États-Unis et la Chine afin de consolider les savoir-faire, en mettant de côté leurs ambitions respectives pour le leadership d’un monde en crise existentielle.

Avocat aux barreaux de Beyrouth et de Paris

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

La pandémie qui s’est propagée dans le monde s’avère un dilemme transnational qui a altéré les pays les plus riches. Ces États puissants n’ont pas pu trouver une solution durable et bien gérer cette crise à multiples facettes au niveau national et international. Cette période critique de l’histoire de l’humanité, ainsi que de l’ordre mondial bien établi depuis des décennies, reflète un étourdissement du leadership américain, d’une part, et un affaiblissement de l’édifice et du rôle européens, d’autre part. En parallèle, on peut nettement saisir un rôle exponentiel de la Chine, qui a pu surmonter la crise et qui cherche sérieusement à élargir sa dimension géopolitique, notamment dans des pays traditionnellement nord-atlantique, tels que l’Italie et l’Espagne. Nous avons en outre observé...
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