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Moyen Orient et Monde

Face au Covid-19, l'Iran penche finalement vers la quarantaine

Crise

"La quarantaine, c'était quelque chose qu'on faisait avant la Première Guerre mondiale, à l'ère du choléra et de la peste", avait déclaré il y a un mois un vice-ministre de la Santé vingt-quatre heures avant l'annonce de sa propre contamination par le virus. 


OLJ/AFP/Marc JOURDIER
26/03/2020

Après avoir tout fait pour l'éviter, les autorités iraniennes semblent mercredi se résigner à devoir imposer des mesures de type quarantaine ou confinement pour tenter d'enrayer la progression de l'épidémie de Covid-19.

Avec plus de 2.000 décès dus à la maladie et un nombre de contaminations qui ne cesse de grimper, s'approchant désormais des 30.000 cas, selon les chiffres officiels, l'Iran est un des pays les plus frappés par la pandémie, avec l'Espagne, l'Italie et la Chine.

Le gouvernement avait jusqu'ici refusé d'imposer des mesures de confinement ou de quarantaine, comme l'on fait de nombreux autres pays, disant craindre que cela n'entraîne un désastre pour l'économie nationale, déjà extrêmement fragilisée par les sanctions américaines.

"La quarantaine, c'était quelque chose qu'on faisait avant la Première Guerre mondiale, à l'ère du choléra et de la peste. Les Chinois eux-mêmes n'en sont pas très satisfaits", avait même déclaré le 24 février un vice-ministre de la Santé, Iraj Harirchi, vingt-quatre heures avant l'annonce de sa propre contamination par le virus.

Au lieu de cela, les autorités ont exhorté les habitants à rester chez eux "autant que possible", jurant qu'il n'y avait nul besoin d'en arriver au point de certains pays européens prenant des mesures de police pour interdire aux gens de bouger.

Changement de cap mercredi. Le matin, en conseil des ministres, le président Hassan Rohani annonce la mise en oeuvre proche de "nouvelles restrictions", "difficiles pour les gens". Il fait état d'un "long débat au sein du Comité national de combat contre le coronavirus", dit qu'il n'y a "pas d'autre choix" et que ces décisions s'imposent "pour protéger" la population.


(Lire aussi : Le coronavirus a fait plus de morts en Espagne qu'en Chine et menace "l'humanité entière")


"Nouvelle vague"

"Nous avons dépassé la première vague de la maladie, mais il peut y avoir une nouvelle vague dans les prochains jours", déclare encore M. Rohani, sibyllin, alors qu'à l'étranger certains s'interrogent sur les chiffres publiés par les autorités iraniennes, qu'ils soupçonnent d'être sous-estimés. 

Le porte-parole du gouvernement, Ali Rabii, annonce ensuite, sans précision de date, que "sortir des villes sera interdit", tout comme "les nouveaux voyages" La nouvelle tombe en pleines vacances scolaires du Nouvel An iranien, alors que des millions de personnes ont quitté leur province pour des visites familiales ou des séjours touristiques. M. Rabii appelle les gens à rentrer chez eux "au plus vite". La violation des nouvelles mesures sera passible d'"amendes", avertit-il.

Cité par l'agence officielle Irna, le ministre de l'Intérieur Abdolréza Rahmani Fazli exhorte lui "les gens à coopérer davantage avec les autorités à partir de demain ou après-demain quand ce projet sera mis en oeuvre". Tout en parlant d'une mesure devant durer "quinze jours", M. Rohani a indiqué que celle-ci devrait être "soigneusement [appliquée] jusqu'au samedi 4 avril", soit dans dix jours. Cette date marque normalement le jour de la rentrée scolaire après le congé de Norouz, le Nouvel An iranien.


(Lire aussi : « Crier victoire trop vite, face au coronavirus, est irresponsable »)


"Décisions plus strictes"

M. Rabii a pour sa part laissé entrevoir la possibilité d'un confinement à venir : "Si nous estimons qu'il y a beaucoup de circulation inutile dans les villes, nous allons certainement prendre des décisions plus strictes."

L'Iran a reconnu officiellement la présence de l'épidémie sur son sol le 19 février, sans doute un peu tard, a concédé récemment un vice-ministre de la Santé, selon qui le Covid-19 était déjà à l'intérieur des frontières en janvier.

Mercredi, le porte-parole du ministère de la Santé, Kianouche Jahanpour, a annoncé 143 décès supplémentaires dus à la maladie, portant le bilan officiel de l'épidémie à 2.077 morts dans le pays. Il a également annoncé 2.206 nouveaux cas de contamination confirmés au cours de dernières 24 heures, un nouveau record quotidien. Selon les chiffres du ministère, l'Iran a enregistré un total de 27.017 cas de contamination confirmés.

Assurant que les nouvelles restrictions seraient "imposées avec une approche pleinement participative, sociale et communautaire", M. Jahanpour a aussi déclaré, sans plus de précision, que les nouvelles mesures étaient "exactement ce qu'on appelle le troisième niveau de quarantaine." Un peu plus tôt, la chaîne d'information de la télévision d'Etat avait diffusé un court programme, "Varzèche dar khouné" ("Sport à la maison") montrant divers moyens de faire faire de l'exercice à ses enfants chez soi.



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Wlek Sanferlou

Lost in translation... peut être? Mais finalement les message est reçu et mieux encore: compris...

Bonne nouvelle pour nous où le hezb dépense plus de 3 milliards de livres pour suivre, dans ses régions (toujours au Liban, non?) l'initiative de l'Iran qui, lui, suit finalement la logique...

Antoine Sabbagha

Enfin les iraniens ont compris que le confinement est utile pour sauver un peuple . Jamais trop tard.

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