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Nos lecteurs ont la parole - Par Dolly Talhamé

Dignité foulée d’une population flouée

Il est 6h15. J’enfile un jogging et brosse d’une main mes dents, de l’autre mes cheveux, et file retirer un numéro à la porte de ma banque. Si je suis chanceuse, je suis dans les vingt premiers numéros, ce qui me permet à huit heures et demie de revenir, cette fois après avoir pris une douche et mon café, pour attendre mon tour et me voir octroyer un billet de 100 dollars. C’est mon emploi du temps chaque jour depuis deux mois. J’ai soixante-dix-sept ans, et cet argent que l’on me donne au compte-gouttes est le mien, celui déposé pour mes vieux jours dans la banque à laquelle j’avais donné toute ma confiance. Je rencontre chaque matin les mêmes visages familiers. On se sourie, on plaisante et on attend. On se dit à demain. On se demande jusqu’à quand cette plaisanterie va durer, et en se demandant quoi faire s’ils prenaient l’envie aux détenteurs de notre argent d’arrêter de nous le rendre même au compte-gouttes.

Pendant ce temps, les personnes qui par leur imprévoyance, leur incapacité, leur malhonnêteté, nous ont amenés là, continuent leur vie normalement, sans s’inquiéter du lendemain, car leur argent, eux, ils l’ont déjà mis à l’abri ailleurs. Il est vrai que nous sommes un peuple résilient qui s’adapte facilement à toutes sortes de situations. Nous avons vécu sous les bombes, sans électricité, sans eau, avec les ordures ménagères dans les rues, mais mendier son propre argent vous donne un sentiment de dignité perdue auquel il est difficile de s’adapter et qu’il est impossible d’accepter, surtout s’il s’accompagne d’incertitude et d’un manque de vision quant à l’avenir.

Pour chaque citoyen, le scénario est différent. Celui ou celle qui reçoit un salaire en livres libanaises et se voit amputer du tiers de son pouvoir d’achat n’est certes pas en meilleure position, ni celui qui ferme une entreprise pour laquelle il avait sué sang et eau et qui doit, faisant fi de sa dignité, avouer sa défaite devant ses employés qu’il prive de leur gagne-pain et qui lui avait fait confiance. Même le jeune homme ou la jeune femme dont les années d’études ont coûté à leurs familles des années de sacrifices et qui faute de travail baissent la tête pour demander encore de l’aide à leurs vieux parents voient leur amour-propre se désintégrer.

Oui messieurs les responsables, votre cupidité et votre incapacité à gérer honnêtement ce pays, vos agissements qui ont leurré toute une population ne vous seront pas pardonnés, car la dignité d’un être humain n’a pas de prix et vous l’avez allègrement foulée.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Il est 6h15. J’enfile un jogging et brosse d’une main mes dents, de l’autre mes cheveux, et file retirer un numéro à la porte de ma banque. Si je suis chanceuse, je suis dans les vingt premiers numéros, ce qui me permet à huit heures et demie de revenir, cette fois après avoir pris une douche et mon café, pour attendre mon tour et me voir octroyer un billet de 100 dollars. C’est mon emploi du temps chaque jour depuis deux mois. J’ai soixante-dix-sept ans, et cet argent que l’on me donne au compte-gouttes est le mien, celui déposé pour mes vieux jours dans la banque à laquelle j’avais donné toute ma confiance. Je rencontre chaque matin les mêmes visages familiers. On se sourie, on plaisante et on attend. On se dit à demain. On se demande jusqu’à quand cette plaisanterie va durer, et en se demandant quoi faire...
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C'est ce que je ressens exactement.

SADEK Rosette

12 h 11, le 24 mars 2020

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Commentaires (1)

  • C'est ce que je ressens exactement.

    SADEK Rosette

    12 h 11, le 24 mars 2020

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