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À l’ère du numérique, les jeunes croient-ils encore à l’amour ?

TÉMOIGNAGES

Loin du coronavirus et de l’anxiété qu’il provoque, Campus a voulu cerner le regard que posent les jeunes d’aujourd’hui sur le sentiment amoureux.


21/03/2020

Il semble que la notion d’amour soit devenue une notion d’arrière-plan pour les jeunes ; comme en témoignent les étudiants que Campus a interviewés. D’après Yasmine Hamadé, étudiante en philosophie, politique et économie à la London School of Economics (LSE), l’amour peut exister encore « en théorie », mais « il est plutôt rare en pratique ». Quant à Diala Hamdan, jeune étudiante à l’Université Saint-Joseph (USJ), elle estime que le nombre restreint de jeunes qui sont en couple montre que l’amour, s’il existe, n’est pas facilement accessible.

Marwan Bassam, lui, est étudiant en informatique à l’Université américaine de Beyrouth (AUB). Le jeune homme envisage la question de l’amour sous un angle scientifique estimant que l’amour existe toujours car « le but de l’homme est la reproduction ». Et que cette reproduction ne peut pas avoir lieu sans amour. L’aspect pragmatique de l’amour est également souligné par Noha Mahmoud et Cherly Abou Chabké, toutes les deux étudiantes en droit à l’USJ, qui considèrent que l’amour est indispensable pour « pouvoir faire face à un monde rempli de haine et de violence ». « On choisit d’aimer une personne après avoir fait sa connaissance, vu ses objectifs et son sens de l’éthique », explique Noha Mahmoud. Et Cherly Abou Chabké d’ajouter : « Je préfère vivre dans l’illusion de l’amour que de vivre triste dans un monde chaotique et violent, parce que l’amour est le pouls de la vie. »


Sur l’impact des réseaux sociaux…
Nombreux sont les jeunes qui voient dans les réseaux sociaux un obstacle à la réussite de leurs relations amoureuses. Et cela pour différentes raisons. Certains pointent du doigt le manque de spontanéité qui règne sur le web. « Sur les réseaux sociaux, nous avons la possibilité de réfléchir à ce que l’on veut dire avant de l’exprimer, de formuler notre phrase d’une façon plus réfléchie. Ce qui fait que la plupart de ce qui est prononcé sur les réseaux sociaux devient filtré », affirme Yasmine Hamadé qui estime qu’il en va de même pour les rapports amoureux. Ainsi, beaucoup de problèmes peuvent émerger au sein de la relation et cette dernière devient plus superficielle. Diala Hamdan, elle, évoque l’effet « célébrités ». « Sur les réseaux sociaux, nous assistons beaucoup à ce que publient les stars et les célébrités qui ont tendance à idéaliser l’amour », regrette-elle. Ainsi l’amour que les jeunes voient sur le web ne ressemble pas à la réalité. Par ailleurs, les jeunes internautes ont tendance à vouloir ressembler aux stars qu’ils suivent sur internet et à tout étaler sur la Toile. Pourtant, « il n’est pas nécessaire d’avoir recours aux réseaux sociaux pour montrer à une personne que nous l’aimons », dénonce Diala Hamdan.

De même, Marwan Bassam considère l’apport des réseaux sociaux plutôt négatif que positif. « Les réseaux forment un moyen de pression qui nous poussent à donner une certaine image de nous-mêmes. » Un jeune qui est en couple est ainsi mieux vu qu’un célibataire. Des hommes et des femmes se sentent alors forcés de publier des photos personnelles avec leurs partenaires. Raphaël Zouein, étudiant en sciences politiques à l’USJ, tente d’expliquer cette tendance. En publiant des photos avec le partenaire, on est plus susceptible « de gagner en popularité », même si elle « superficielle », estime-t-il.

Avec les réseaux sociaux, « l’amour est descendu de son piédestal », note encore Cherly Abou Chabké estimant qu’en facilitant le contact instantané avec la personne aimée, les réseaux sociaux ont un effet atténuant sur la « flamme » dont parlent les générations précédentes.

Rami Haddad, lui, blâme la « marchandisation de l’amour » sur les réseaux sociaux qui poussent les jeunes à vouloir convaincre leurs amis en ligne qu’ils sont heureux au lieu de travailler à approfondir leurs relations de couple. Raphaël Zouein va plus loin en affirmant que « les réseaux sociaux sont des cancers sociaux qui ont perverti l’image même de l’amour ».



Plus de nuances
D’autres jeunes ont une position plus nuancée. Noha Mahmoud, par exemple, estime que l’influence des réseaux sociaux est en même temps positive et négative. Positive car les réseaux sociaux peuvent encourager les jeunes à exprimer leurs émotions. Cependant cette influence devient négative lorsque les jeunes, par une sorte de contagion virtuelle, demandent plus du partenaire, pour faire comme les autres, comme si la profondeur de l’amour est mesurée par les cadeaux, les sorties, les voyages, etc.

Si Rayan Hassan, étudiant en ingénierie informatique et communication à l’AUB, considère que poster des photos avec son partenaire sur les réseaux sociaux peut représenter « un beau moyen d’officialiser la relation », d’autres déconseillent cet étalage sur les réseaux pour éviter de succomber à la « dictature de l’image » au détriment de l’authenticité de la relation, avertit Yasmine Hamadé. « L’amour ou la relation doivent rester entre deux personnes, et non pas entre deux personnes et le reste du monde », insistent Diala Hamdan et Marwan Bassam. Partager sa relation sur les réseaux sociaux peut faire de la relation une relation à découvert, alors qu’une relation devrait être intime et limitée aux parties impliquées.

Distinction entre amour et désir sexuel

Par ailleurs, les jeunes interrogés distinguent entre amour et désir, rappelant qu’une grande partie des rapports sexuels engagés n’impliquent pas nécessairement l’amour. Pour Yasmine Hamadé et Rayan Hassan, il est tout a fait normal d’avoir des rapports physiques qui n’impliqueraient pas l’amour. « L’amour en tant que tel est distinct de l’amour charnel ou éros », précise Yasmine Hamadé. Associer le désir physique à l’amour est une « construction sociale et culturelle » selon la jeune étudiante. Quant à Rayan Hassan, il estime qu’il est dans la « nature humaine » d’entretenir des rapports physiques avec quelqu’un sans en être amoureux. Ces rapports « nous permettent de nous découvrir », estime-t-il. Des rapports que Rami Haddad, étudiant en sciences politiques à l’USJ, place dans la catégorie de « liberté personnelle ». Une opinion non partagée par Noha Mahmoud qui estime que les rapports physiques n’ont pas de sens sans sentiments ni amour réciproque. « Sinon les hommes seraient réduits au statut d’animaux », estime-t-elle.



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