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Énergie

Comment EDL souhaite profiter de la baisse des prix du pétrole

Le Conseil des ministres a donné hier son feu vert en vue de permettre à l’office public d’acheter des produits dérivés sur le marché du Brent par le biais de la BDL.

Le siège d’Électricité du Liban, à l’entrée de Beyrouth. Photo DR

La baisse spectaculaire des prix du pétrole, pris en étau entre une offre surabondante et une demande mondiale restreinte, éprouvée par la pandémie de coronavirus, se poursuit jusqu’à frôler les plus bas enregistrés au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Le cours du Brent oscillait hier autour de 28 dollars. Au Liban, cette conjoncture bénéficiera certainement à Électricité du Liban à court terme, baissant ainsi la facture de ses importations de fuel, essentiel au fonctionnement de ses centrales de production. Les prix du fuel lourd (gasoil) sont fortement indexés sur ceux du brut. Mais l’établissement public peut tirer davantage profit de cette situation à travers des outils financiers qui lui permettront de continuer à bénéficier de prix bas pendant les années à venir, et ce indépendamment des fluctuations sur le marché du brut.

Comment ? Une souscription par EDL à des produits dérivés financiers. Le directeur général de l’établissement public a pris les devants en sensibilisant la semaine dernière les membres du gouvernement sur la nécessité de prendre une telle décision. Après une première réunion concluante menée par Hassane Diab vendredi, le Conseil des ministres a décidé hier de la création d’un comité présidé par le Premier ministre, où siègeront également les ministres de l’Énergie et des Finances, respectivement Raymond Ghajar et Ghazi Wazni, ainsi que la Banque du Liban, Électricité du Liban et la Direction générale du pétrole. Objectif : acheter des produits dérivés sur le marché du Brent par le biais de la BDL qui dispose des liquidités en dollars nécessaires à cet effet. « Si on réussit à obtenir le feu vert du gouvernement, nous engagerons aussi les discussions avec les banques intéressées (locales et internationales) pour étudier leurs propositions », a indiqué la direction d’EDL à L’Orient-Le Jour.

Qu’est-ce que cela signifie ? Il s’agit là d’une stratégie de « hedging », soit une stratégie d’investissements dans des produits financiers qui permettrait à EDL de prendre des positions pertinentes tout en couvrant ses risques face à l’évolution des cours du brut. Une stratégie qui pourrait lui permettre de réaliser plusieurs centaines de millions de dollars d’économies lorsque les cours du pétrole s’envoleront de nouveau.

Plusieurs produits dérivés existent. Celui qui pourrait être privilégié par le gouvernement, dans le contexte économique et financier actuel, serait les call-options, qui sont par définition moins risqués et moins contraignants car optionnels. EDL s’engagerait sur un prix d’achat fixe (strike) du baril de pétrole à 35 dollars par exemple sur les trois années à venir. Plus le strike est bas, plus le prix des call-options est élevé. Chaque mois, EDL devra ensuite décider en fonction de l’évolution des prix du pétrole, s’il était avantageux ou non d’acheter l’actif financier. Dans ce cas-là, EDL devra au préalable verser une prime de quelques centaines de dollars aux banques sélectionnées pour mettre en œuvre cette stratégie de « hedging ».

L’autre alternative, moins probable, serait de souscrire à des contrats « forward » (contrats à terme négociés de gré à gré) sur le marché du Brent coté à la Bourse de Londres. EDL s’engagerait alors sur un accord d’achat à des prix et des dates fixés au moment de la conclusion du contrat. Par exemple, si EDL s’engage sur un achat en janvier 2021 à 35 dollars le baril de pétrole et que le cours de celui-ci est à 45 dollars à ce moment-là sur le marché réel, EDL achètera le fuel au prix du marché, mais les banques lui rembourseront la différence, soit 10 dollars par baril acheté. Mais dans le cas où le cours des prix sur le marché réel serait plus bas que celui sur lequel EDL se serait engagé, ce sera à l’établissement public déficitaire de payer la différence. Les banques demanderont certainement que la Banque du Liban se porte garante d’EDL, d’où la réticence de plusieurs observateurs au choix d’un tel produit.

Ce n’est pas la première fois que l’office public demande au gouvernement de mettre en place une telle stratégie. En 2016, alors que les cours avait baissé jusqu’à 27 dollars le baril suite à la décision de l’OPEP de ne pas réduire son offre, EDL avait négocié avec une quinzaine de banques locales et internationales, mais n’a pas bénéficié de soutien politique pour mener à bien ce projet. Toutefois, il semblerait que la donne a changé : « Nous avons raté beaucoup d’opportunités par le passé à ce niveau, aujourd’hui il y a une réelle volonté politique, et le projet est sérieux », a confié à L’Orient-Le Jour une source proche du ministère de l’Énergie. Un observateur aguerri conseille toutefois au gouvernement de se dépêcher avant que les cours ne remontent.


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commentaires (2)

UNE AUTRE QUESTION QUE JE ME POSAIS : POURQUOI DIABLE L'ETAT DEVAIT ILS PASSER PAR DES INTERMEDIAIRES POUR ACHETER CES PRODUITS , PERDANT AINSI DES SOMMES IMPORTANTES A L'AVANTAGE DE TIERSES PARTIES -MEME SI CELLES CI NE FORMAIENT PAS UN CARTEL- ?

gaby sioufi

12 h 26, le 20 mars 2020

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Commentaires (2)

  • UNE AUTRE QUESTION QUE JE ME POSAIS : POURQUOI DIABLE L'ETAT DEVAIT ILS PASSER PAR DES INTERMEDIAIRES POUR ACHETER CES PRODUITS , PERDANT AINSI DES SOMMES IMPORTANTES A L'AVANTAGE DE TIERSES PARTIES -MEME SI CELLES CI NE FORMAIENT PAS UN CARTEL- ?

    gaby sioufi

    12 h 26, le 20 mars 2020

  • Et la population? Comment allons-nous profiter de cette réduction significative des coûts de l’électricité ? Prière d’aviser.

    Dounia Mansour Abdelnour

    08 h 53, le 20 mars 2020