Une raffinerie de pétrole du géant saoudien Aramco, près d’al-Khurj, au sud de Riyad, en Arabie saoudite, le 15 septembre 2019. Fayez Nureldine/AFP
Les cours du pétrole continuaient à s’enfoncer hier, tombant à leur plus faible niveau depuis près de 20 ans, pris en étau entre une offre surabondante et une demande mondiale éprouvée par la pandémie de coronavirus.À New York, le baril de WTI pour livraison en avril a terminé à 20,37 dollars, s’écroulant de 24,4 % et tombant à son plus bas niveau depuis février 2002. À quelques minutes de sa propre clôture, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai valait 24,67 dollars à Londres, en baisse de plus de 14 %, s’orientant vers son plus bas depuis 2003.
Bras de fer
Le mouvement de panique sur les marchés de l’or noir a commencé vendredi 6 mars, au dernier jour du sommet interministériel entre les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et leurs alliés à Vienne. L’échec des négociations entre le chef de file du cartel, l’Arabie saoudite, et le poids lourd parmi ses alliés, la Russie, a ouvert la voie à une action inverse de celle proposée lors du sommet : Riyad a décidé d’ouvrir les vannes et d’inonder le marché afin de mettre à l’épreuve ses concurrents et préserver sa part de marché, à défaut d’une action concertée pour soutenir les prix de l’or noir. Une décision choc qui a provoqué lundi 9 mars la chute des cours la plus sévère depuis la guerre du Golfe de 1991. Elle survient au moment où la demande mondiale est torpillée par la pandémie de nouveau coronavirus, qui a provoqué la mort de plus de 8 000 personnes et paralyse l’économie planétaire.
Jusqu’où ?
« La pression à la baisse devrait se poursuivre jusqu’à ce que l’Arabie saoudite et la Russie redeviennent raisonnables », a estimé mercredi Carsten Fritsch, de Commerzbank, ce qui ne semblait toujours pas être à l’ordre du jour. Dans ce contexte, l’analyste Bjarne Schieldrop, de SEB, voit les prix atteindre les 20 dollars le baril, voire « encore moins » en cas d’écart entre offre et demande de l’ordre de 10 millions de barils par jour au deuxième trimestre, a-t-il expliqué. « Je ne pense pas que les 20 dollars le baril soient tenables pour beaucoup de producteurs dans le monde », a estimé Ipek Ozkardeskaya, de Swissquote Bank. « La chute ne serait alors que temporaire puisqu’à ce niveau-là, seuls quelques producteurs, dont les Saoudiens, pourraient survivre, ce qui ferait automatiquement monter les prix à terme », a-t-elle ajouté.
Mais la manœuvre ne semble toujours pas décourager les États-Unis, premier producteur mondial de brut, dont le seuil de rentabilité se situe pourtant plutôt au-dessus des 40 dollars le baril. La production américaine a ainsi retrouvé la semaine passée son niveau record à 13,1 millions de barils par jour, selon les chiffres publiés hier par l’Agence américaine d’information sur l’Énergie.
Source : AFP

