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Nos lecteurs ont la parole - Par Sara Maria Moubarak

Pensées sur le Covid-19

Il nous a bien surpris ce virus… Il a chamboulé notre routine, ébranlé toute la certitude qui a pour habitude de guider nos choix et nos actions. Il divulgue petit à petit des aspects généralement moins visibles de notre économie et de sa fragilité. Il en dit aussi long sur l’anthropologie sociale et culturelle qui détermine nos relations au XXIe siècle. Il ne va pas s’arrêter là, il va continuer à nous surprendre mais pour mieux y faire face, pour en sortir plus forts, essayons de trouver un peu de sens à tout cela.

Est-ce que chaque génération vit au moins une situation similaire au cours de son existence ? Est-ce que j’en ai déjà vécu une moi-même étant plus jeune sans m’en souvenir aujourd’hui ? Quelle était la dernière fois, dans l’histoire du monde, où tous les hommes affrontaient le même fléau ? La Guerre mondiale peut-être ? Lorsqu’un Chinois de Wuhan partageait la même angoisse qu’un Milanais, qu’il observait la même précipitation au supermarché du coin qu’un Parisien, les mêmes rues désertes qu’un Iranien ?

Nous vivons indéniablement un événement historique qui prendra sa place dans les annales. Il règne partout une atmosphère tendue, comme si nous étions en guerre, seulement cette fois c’est contre un ennemi commun que nous nous battons. Comme le réveil lent d’un nourrisson, nous prenons conscience du peu qui nous sépare finalement. Que représente la différence de langue, de religion et de coutumes face aux choses communes que nous ressentons tous, telles que la rage de vivre, la gratitude pour un service rendu, l’inquiétude, l’infinie tendresse envers nos aînés, le besoin de proximité, l’envie de se prendre dans les bras, de s’embrasser ? Bien peu de choses.

Ce sale virus nous offre donc l’opportunité de reconnaître cette universalité qui l’emporte sur nos différences. Mais il nous signale aussi d’autres opportunités qu’il serait dommage de manquer.

Rappelons-nous que l’homme est intrinsèquement un animal social qui se développe et s’épanouit à travers ceux qui l’entourent. Comme dit le professeur Gilbert Deray, « nous avons bâti une société d’individus et pas de collectivité. Une épidémie, c’est justement un instant où l’individu doit laisser sa place à la collectivité, l’individu passe derrière, mais c’est parce qu’on va s’occuper de la collectivité qu’on va sauver l’individu ». Soyons donc bienveillants et solidaires, et veillons particulièrement sur ceux qui souffrent déjà et dont la solitude ne sera que plus exacerbée par le confinement.

Le déni ne fait pas disparaître les problèmes, au contraire, il nous rend moins aptes à les affronter. Écoutons les experts, les lanceurs d’alertes qui s’écorchent la voix à nous crier que le danger est imminent. Faisons-leur confiance ou du moins cherchons à comprendre ce qu’ils s’entêtent à nous répéter. Nous réagissons naturellement aux choses tangibles et aux menaces immédiates, mais à l’ère de la réalité virtuelle, faisons l’effort de nous projeter plus loin et d’imaginer des scénarios futurs qui ne s’appliquent pas encore aujourd’hui. La crise que nous traversons actuellement était elle-même un scénario futur dont les médecins nous avertissaient depuis une décennie déjà. Il est encore temps d’en tirer les conséquences en prêtant plus attention à ceux, tels les experts climatiques, qui prédisent de graves dangers en nous apprêtant à réagir à leurs alertes plus rapidement.

Communiquons mieux ; dans le monde des « fake news » apprenons à déceler le vrai du faux, et dans celui de la surinformation, à donner la priorité aux informations les plus essentielles. Ne propageons pas la crainte et le pessimisme, mais n’ayons pas non plus peur d’alerter efficacement de manière plus tangible au risque de nous répéter maintes fois, afin d’éviter le pire.

Rendons les bonnes pratiques visibles et célébrons-les afin d’encourager le changement de comportement volontaire. Les exemples de soutien au personnel soignant, d’entraide entre voisins, de chants aux fenêtres, d’alternatives aux handshakes inondent les réseaux sociaux. Même le lavage de mains qui devrait être un automatisme est aujourd’hui sujet à de nombreux articles et publications artistiques. Pouvons-nous en faire de même avec le recyclage par exemple ?

Reconnaissons que le protectionnisme et le repli sur soi-même sont absurdes dans un monde aussi interconnecté. Mais pensons aussi aux conséquences de cette globalisation, aux risques que nous courons de dépendre si fortement sur d’autres pour subvenir à nos besoins essentiels. Tentons de privilégier un peu plus la production locale et investissons dans nos propres industries tout en restant ouverts aux autres et ancrés dans le commerce mondial.

Pensons à combien nos proches nous manquent aujourd’hui et rappelons-nous de lâcher les écrans de nos téléphones une fois que nous les retrouverons.

Soyons innovants, c’est dans la contrainte que nous créons le mieux.

Recentrons-nous sur l’essentiel. Les mesures prises nous y forcent en tout cas, moins de consommation superflue, moins de déplacements excessifs, plus de lecture, de bricolage, de méditation, d’art et de musique... C’est peut-être la terre qui nous permet de nous rattraper après l’avoir étouffée. Ne laissons pas les émissions de carbone repartir de plus belle une fois que nous émergerons de cette épreuve, car elle tourne bien sans nous, la terre, elle tourne mieux d’ailleurs.

Voilà, j’arrive au bout de mes pensées et de l’espoir que je cultive pour demain, demain lorsque nous serons ensemble à nouveau et que nous envahirons les bars et les terrasses et que nous trinquerons cent mille fois à notre humanité retrouvée. En attendant, réinventons-nous, soutenons-nous les uns les autres et aimons-nous de loin mais plus fort pour combler l’espace qui nous sépare.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Il nous a bien surpris ce virus… Il a chamboulé notre routine, ébranlé toute la certitude qui a pour habitude de guider nos choix et nos actions. Il divulgue petit à petit des aspects généralement moins visibles de notre économie et de sa fragilité. Il en dit aussi long sur l’anthropologie sociale et culturelle qui détermine nos relations au XXIe siècle. Il ne va pas s’arrêter là, il va continuer à nous surprendre mais pour mieux y faire face, pour en sortir plus forts, essayons de trouver un peu de sens à tout cela. Est-ce que chaque génération vit au moins une situation similaire au cours de son existence ? Est-ce que j’en ai déjà vécu une moi-même étant plus jeune sans m’en souvenir aujourd’hui ? Quelle était la dernière fois, dans l’histoire du monde, où tous les hommes affrontaient le même...
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