Et le couvercle de la boîte a sauté ! Pandore a laissé échapper toutes les vérités ! ! Deux versions animent cette légende : l’une que c’est le mal qui en est sorti (bien sûr ! La femme est toujours blâmée pour le mal), l’autre que c’est le bien. Mais peut-on séparer le bien du mal, ou le mal du bien ? Cette explosion du bien qui enflamme notre terre entière depuis le 17 octobre ne surgit-elle pas du fond de ce puits de misère où nous avait enfouis la majorité de ces êtres maudits que nous avons placés au « pouvoir » ? C’est pourquoi la boîte de Pandore libanaise n’a permis qu’au bien de sortir ; une magistrale Pandore qui couronne ce mouvement de réveil.
Mais, attention, nous sommes tous fautifs. Très fautifs, même, car nous leur avons permis de faire de nous cette foule d’aveugles obséquieux, ces applaudisseurs aux dos courbés, prêts à tout accepter pour contenter nos grands et petits besoins égoïstes. Ou comme le dit si bien l’illustre Moriconi : « Per un pugno di dollari » (pour une poignée de dollars).
Les Libanais ne sont pas dupes, pas crédules, pas dépourvus de jugement ou de la bonne vieille sagesse héritée de nos vénérables villages d’origine. Malheureusement, nous nous sommes laissé volontairement berner et nous avons sombré dans une léthargie malfaisante, par égoïsme et par manque du sens de civisme le plus élémentaire. Le civisme est ce compagnon de route de tout peuple qui se respecte.
On donne à notre grand et très nouveau mouvement le titre de « thaoura », « révolution ». Lorsque j’entends ou je lis ce mot, ce très grand mot, je me sens plutôt mal à l’aise. Car je vois des guillotines, des gibets, je vois des êtres dos au mur, prêts à être fusillés, je vois des fosses communes, des reines torturées, je vois des tsars assassinés on ne sait où, et jetés on ne sait où !... Ces images qui ont peuplé notre vie d’étudiants grâce aux livres d’histoire qui nous racontaient tout… sauf le Liban.
Peu importe combien on peut détester ou vomir une grande partie des corrompus qui nous « gouvernent ». Je ne souhaite la mort à personne, même les plus ensanglantés parmi eux (et nous ne sommes pas prêts d’oublier ceux qui représentent toujours 75-90, et qui sont toujours là). Ce serait trop facile. D’abord, en tant que croyante je m’empêche d’y penser. Mais aussi trop facile, car une décapitation, une balle, une hache c’est trop rapide. Je préfère les voir brisés, traînés devant les tribunaux, salis dans les médias, humiliés, maltraités, comme ils l’ont fait pendant des années à notre peuple.
C’est pourquoi, pour moi, ce qui se passe sous notre drapeau au cèdre merveilleux est une « insurrection ». Je ne sais pourquoi ce mot sent la bonne terre. Ce mot rime d’ailleurs avec « résurrection ». Et c’est vers la résurrection du Liban que tend chaque être qui est sorti de sa torpeur et de son nid douillet pour réclamer ses droits les plus élémentaires. Chaque être qui, comme dans le conte d’Andersen, était complètement obnubilé par ces « empereurs », pour la plupart, vains, insatiables et nageant dans la turpitude. Aussi, comme le petit garçon de l’histoire, perché sur l’épaule de son père, les Libanais ont finalement su crier : « Mais l’empereur est nu ! »
P.-S. : à ce propos, quand aurons-nous le courage et la force de volonté de, finalement et une fois pour toutes, rompre ce maudit cordon ombilical qui nous lie toujours et encore à cet occupant ottoman : c’est-à-dire les ridicules « Maalique », « Dawlat » et « Fakhama » qui alourdissent tous nos dialogues et tous nos discours ? ! Marcel, Georges, Tony, Nichan, Mona, Samar… C’est surtout sur vous que nous comptons.
Georgette GÉBARA
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