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Nos lecteurs ont la parole - Par Rawad Makhoul

L’irrésistible déclin d’une pseudonation

Le Liban est une République quelques peu unique, les Libanais peuvent certainement en être fiers. Parce que des monarchies, il y en a plein. Des démocraties républicaines, aussi. Des dictatures ? On ne les compte plus. Mais une pseudodémocratie confessionnelle, il n’y en a qu’une seule au monde : la République libanaise.

Autrefois imposante place financière régionale, premier port de liaison entre les pétromonarchies du Golfe et l’Occident, et centre apaisé du multilatéralisme au Moyen-Orient, le Liban est aujourd’hui en naufrage.

Car le pays du Cèdre ne ressemble plus en rien à ce qu’il fut par le passé. Il mendie désormais sa survie auprès de ses créanciers, s’affaisse pitoyablement devant la communauté internationale et s’essouffle douloureusement jusqu’à son asphyxie financière.

Et au milieu de ce gouffre économique sans fin, continuent de prospérer les querelles politico-politiciennes. Il y a ceux qui, exténués par un quotidien pesant, demandent incessamment l’abolition de tous les partis politiques actuels et le départ imminent de leurs dirigeants. Puis, il y a ceux qui, fortement impactés par un passé lointain ou simplement amadoués par un service récent, défendent les « nobles » intérêts de tel dirigeant et dénoncent les mauvaises intentions de l’autre. Il y a encore ceux qui, du temps de la guerre civile, ont juré fidélité à un leader – führer en allemand – et continuent jusqu’à présent à justifier ardemment ses propos au péril de leurs finances.

Car au Liban, la politique est une affaire de personne, de famille et d’ego ; ce n’est pas un courant de pensée qui régit la société et cherche à construire une nation. Les citoyens ne votent pas par jugement, mais par appartenance. Les principaux acteurs de la guerre civile ont réussi à ancrer la peur au sein du peuple et se sont posés en seuls garants de la paix nationale.

Le peuple a été privé de son histoire, celle qui pourrait remettre en cause les actuelles élites politiques, elles-mêmes anciens chefs de guerre. Et un peuple privé de son passé ne saurait construire son avenir.

Le peuple a été segmenté par les religions et s’apparente désormais à des tribus ethniques hétérogènes qui n’arrivent plus à s’entremêler pour construire une seule nation. Diviser pour régner.

Et puis viennent les élections législatives, le sacrement de notre démocratie pour laquelle tant de sang a coulé, et le temps de châtier ceux qui, pour servir des intérêts privés, bafouent nos principes républicains. Mais voilà que soudainement, les slogans de menace économique et culturelle constamment agités par les partis politiques anesthésient le citoyen et l’enferment dans un dilemme du prisonnier : même s’il désire l’alternance politique et un changement radical de gouvernance, c’est en réalité du vote de l’autre qu’il a peur. Il croit savoir que l’autre votera pour son parti et que s’il ne fait pas de même, il n’aura personne pour défendre ses intérêts. Il revotera donc, encore et toujours, pour le même parti politique par crainte de l’autre, non pas par conviction politique.

Et c’est bien là notre plus grand mal, nous, peuple libanais. Nous revendiquons l’alternance politique, mais tout bas, au fond de nous-mêmes, nous ne nous faisons pas assez confiance pour oser briser les chaînes de ce maudit dilemme du prisonnier.

Alors peut-être est-il encore temps d’oser se défaire des factions religieuses et des clans de guerre obsolètes, de restaurer notre confiance en nos concitoyens, et de clamer haut et fort, d’une même voix, notre souveraineté.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Le Liban est une République quelques peu unique, les Libanais peuvent certainement en être fiers. Parce que des monarchies, il y en a plein. Des démocraties républicaines, aussi. Des dictatures ? On ne les compte plus. Mais une pseudodémocratie confessionnelle, il n’y en a qu’une seule au monde : la République libanaise. Autrefois imposante place financière régionale, premier port de liaison entre les pétromonarchies du Golfe et l’Occident, et centre apaisé du multilatéralisme au Moyen-Orient, le Liban est aujourd’hui en naufrage. Car le pays du Cèdre ne ressemble plus en rien à ce qu’il fut par le passé. Il mendie désormais sa survie auprès de ses créanciers, s’affaisse pitoyablement devant la communauté internationale et s’essouffle douloureusement jusqu’à son asphyxie financière. Et au milieu...
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