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Nos lecteurs ont la parole - Sylvain Thomas

Aventure vécue d’un couple

Dans un pays du nord de l’Afrique vivait autrefois un père de famille âgé de 82 ans ayant un fils unique du nom de Valentin, âgé, lui, de 42 ans. Le père sentant ses forces décliner fit part à son fils du fait qu’il se retirerait dans un sanatorium en lui léguant le domaine familial composé d’une habitation en bois de deux étages, style américain, entouré d’une plantation de tabac de 1 200 mètres carrés sur laquelle poussait du bon tabac. Pour autant, le père lui a laissé en plus en guise d’héritage une petite fortune tout en lui recommandant fermement de faire fructifier ce capital pour l’élargissement du terrain agricole, spécialement pour l’avenir de sa progéniture.

Valentin fit ses adieux à son paternel, confiant que le sanatorium prendrait bien soin de lui. Après plusieurs visites pendant trois mois, convaincu qu’on prenait soin de lui, avec plein de sollicitude, Valentin demeura seul dans la gestion du patrimoine. Seul dans ce grand logis. Avec le temps, il commençait à déplorer sa solitude, notamment après le décès de son père deux ans après.

L’année suivant la disparition de son père, il se lassait de travailler d’une façon routinière. Valentin éprouvait le désir d’aller à la rencontre du monde pour une vie plus fastueuse en faisant le projet d’acheter un yacht à Alexandrie pour découvrir la haute mer et ses rivages de sable blanc.

Pour réaliser ce rêve, il devait multiplier son capital. Il songea que le seul moyen serait de s’adonner aux jeux de hasard dans la capitale du jeu, à Monaco, où les gens fortunés doublaient leur fortune. Il mit le cap sur cette capitale et prit le premier avion vers cette destination.

Une fois sur place, il s’émerveilla des lumières fluorescentes nocturnes qui émanaient des salles à l’extérieur comme à l’intérieur dans les milieux de jeux et ignorait que certains casinos étaient dirigés par des patrons peu honnêtes qui truquaient par des télécommandes des machines électroniques truffées de caméras sophistiquées placées judicieusement dans certaines parties stratégiques qui permettaient d’opérer des fraudes que nul ne pouvait prévoir ou déceler. Valentin, inondé mentalement par ses rêves et par ces lieux luxueux, était galvanisé par cette ambiance et effectuait dans ce cadre la réalisation de ses illusions.

Il prit vite le pli de l’entourage social et instinctif de ces lieux et ressentait en son for intérieur un accomplissement de ses chimères. Il paria plusieurs fois et gagna peu ou prou aux enjeux qu’il lançait à la roulette. Avec les semaines qui se suivaient, il eut peu de pertes et se plongea dans l’addiction aux jeux de hasard à la vue et au su de certains concurrents qui ramassaient des milliers de francs et passaient à la caisse pour échanger les fiches gagnantes contre de l’argent liquide. Tout cela exacerbait son addiction.

Pour garder sa tête bien concentrée il sirotait quatre à cinq tasses de café par jour pour fortifier sa matière grise en misant sur des numéros prometteurs. Dans ce tumulte, il fit la connaissance d’une nymphette de 18 ans respirant la pleine jeunesse et l’éclat de la grande beauté. Mais il ignorait, lui, qui était d’origine méditerranéenne, que dans ces milieux certaines jouvencelles travaillaient en secret « au pair » (logées, nourries et blanchies) pour la notoriété du casino.

Il tomba amoureux de l’une d’elles, elle s’appelait Violaine. Après des invitations à dîner à gogo et des sorties en tête à tête, il finit par s’aveugler de la présence et du parfum de Violaine et en fit sa protégée, sa bien-aimée, son inspiratrice et son guide dans le choix des numéros des mises de jeux. Avec les recommandations soi-disant exactes de Violaine, dès que le meneur des paris lançait : « Les jeux son faits, rien ne va plus… ! » le cœur de Valentin battait la chamade, avec sa dulcinée, main dans sa main, et les numéros choisis sortaient gagnants lors de l’arrêt de la roulette.

Valentin ramassa plusieurs fois de grandes sommes pour passer des moments inoubliables avec Violaine. Son addiction aux jeux s’endurcit de plus en plus et il cherchait coûte que coûte des gains qui donneraient aux yeux des témoins une réputation de bon et fidèle joueur. Ses défaites renforçaient son désir de toujours gagner pour les beaux yeux de Violaine. Il pariait coup sur coup, animé par les encouragements des séductrices et des autres personnes de sexe féminin au point de s’endetter par des prêts auprès du casino avec des taux d’usure allant de 8 à 10 % et devant les restituer dans une échéance de six mois.

Heureusement, il lui restait le domaine de sa demeure et de sa plantation. Il demanda à Violaine d’aller vendre le tout de sa propriété quel que soit le prix en lui signant une procuration en bonne et due forme. C’était là une faute fatale, une occasion pour Violaine de gagner le gros lot. Elle prit l’avion et voyagea au nord de l’Afrique. Une fois sur place, elle consulta dans les meilleurs délais un notaire et lui demanda de mettre en son nom à elle, documents en main, « ipso facto » le droit de gérer les propriétés de Valentin grâce à cette procuration. Le courtier après avoir reçu ses honoraires mit les titres de propriété au nom de Violaine.

Mais voilà, hélas ! Violaine avait prématurément une liaison avec un certain Sébastien Lemercier, un ami et flirt d’enfance qui avait fait le voyage avec Violaine et qui s’installa dans la propriété de Valentin avec elle. Inquiet de l’absence de Violaine, des coups de téléphone vains et de ses écrits restés lettre morte. Valentin fit volte-face et prit l’avion pour le nord de l’Afrique.

Arrivé à destination, il s’aperçut que tout le domaine était récemment entouré d’une nouvelle clôture d’un mètre de hauteur. Il s’approcha et remarqua une nouvelle pancarte à l’entrée du portail sur laquelle était inscrit ce qui suit : « Propriété privée de M. et Mme Sébastien Le Mercier. »

Valentin n’en croyait pas ses yeux, il eut la gorge serrée, toussa fortement, ses mains étaient tremblantes, ses yeux ahuris, la sueur ruisselait sur son visage. Il pressa la sonnerie. Après quelques secondes qui semblaient une éternité, Violaine et Sébastien apparurent tous deux serrés l’un contre l’autre comme pour barrer le chemin d’entrée à Valentin : « Mais je t’attendais à Nice avec le chèque de la vente de mes propriétés, s’est écrié Valentin, on s’aimait tous les deux. » Valentin fut apostrophé par ces mots « Monsieur on ne vous connaît pas, veuillez dégager et vider les lieux, sinon on appellera la police ».

Valentin, la gorge sèche, le regard perdu, l’air hébété, regarda une dernière fois Violaine et balbutia : « Je croyais que tu m’aimais et tu m’as trahi ! » Il se retourna avec son dos recourbé par la douleur et s’éloigna en regardant une dernière fois son ancienne demeure volée officiellement avec documents en main et preuves à l’appui. Les deux tourtereaux expérimenteront avec le temps qui passe que les « biens mal acquis ne profitent jamais à qui que ce soit ».

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Dans un pays du nord de l’Afrique vivait autrefois un père de famille âgé de 82 ans ayant un fils unique du nom de Valentin, âgé, lui, de 42 ans. Le père sentant ses forces décliner fit part à son fils du fait qu’il se retirerait dans un sanatorium en lui léguant le domaine familial composé d’une habitation en bois de deux étages, style américain, entouré d’une plantation de tabac de 1 200 mètres carrés sur laquelle poussait du bon tabac. Pour autant, le père lui a laissé en plus en guise d’héritage une petite fortune tout en lui recommandant fermement de faire fructifier ce capital pour l’élargissement du terrain agricole, spécialement pour l’avenir de sa progéniture.Valentin fit ses adieux à son paternel, confiant que le sanatorium prendrait bien soin de lui. Après plusieurs visites pendant...
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