Chers indifférents,
Vous que la révolution du 17 octobre n’a pas encore atteints, que la colère populaire n’a pas encore échauffés, que l’éveil d’un peuple n’a pas encore réveillés, que la répression de contestataires n’a pas encore émus ou choqués, que les restrictions bancaires, les files d’attente aux guichets et aux comptoirs n’ont pas encore humiliés…
Vous qui assistez de votre confortable fauteuil de salon ou chaise de bureau, depuis des mois, à la furie légitime d’un peuple qui a décidé de secouer le joug de la « tyrannie douce », de l’escroquerie à grande échelle, de l’appauvrissement général, de la double mainmise, ploutocratique sur votre Trésor et vos ressources et étrangère sur votre État et ses institutions, de la mise à sac systématique de votre pays et sa mise au ban…
Vous qui pestez contre des manifestants bloquant une route – seul moyen de pression qu’ils ont – et foncez dedans pour aller huiler, de votre sueur, les rouages du système qui vous dépouille et vous écrase…
Vous qui snobez ces pauvres bougres et braves gens qui se soulèvent depuis des mois, non seulement pour leur dignité, mais aussi pour la vôtre, non seulement pour le salut de leur patrie, mais aussi de la vôtre, non seulement pour leur avenir et celui de leurs enfants, mais aussi des vôtres…
Vous qui vaquez à vos occupations et à vos plaisirs, vous qui faites bonne chère (et bonne chair) sur ce Titanic, devenu une embarcation, qui coule…
Vous qui regardez le train salvateur du changement passer, sur le point de trépasser ; qui l’entendez siffler désespérément, souffler infatigablement…
Qu’attendez-vous ? Que l’embarcation, qui fut un Titanic, coule? Que le train déraille ? Et vous, et votre famille avec ? Que les pirates qui vous gouvernent s’envolent après vous avoir volés ? Après avoir dévalisé et ruiné votre pays, notre pays ?
Qu’attendez-vous ? Qu’après vous avoir permis de retirer « vos » quelques dollars par mois, on vienne vous dire qu’il n’y en a plus ? Qu’on a payé avec vos dollars et vos livres libanaises les eurobonds ? Qu’on les a inclus aux milliards transférés en Suisse ?
Qu’attendez-vous ? Qu’on vous appelle pour annoncer votre mise à pied? Votre faillite ? Qu’on vienne frapper à votre porte pour vous dire que votre maison n’est plus à vous ? Que le pays n’est plus à vous ? Ou qu’il n’est plus ?
Qu’attendez-vous ? Qu’attendez-vous pour décoller de votre fauteuil, de l’écran de votre téléviseur et celui de votre ordinateur, de l’écran de fumée qui enveloppe votre conscience, de l’avachissement où vous êtes, de votre servitude volontaire ou involontaire… et aller rejoindre le peuple libre ? Qui veut aussi vous libérer ? Le peuple digne, qui veut vous rendre la dignité ? Le peuple souverain qui veut rendre au pays sa souveraineté ? Le peuple révolté qui veut révolutionner l’État libanais, le débarrasser du mini-État, le sortir de sa soumission, de sa sclérose, de son confessionnalisme, de son féodalisme, de son clientélisme, de l’oligarchie qui le gouverne, qui veut le laïciser et le civiliser ; qui veut révolutionner les institutions, les « postmoderniser », qui veut révolutionner l’économie et l’industrie, qui veut sauver l’environnement, qui veut restituer les fonds volés et juger les voleurs ; qui veut nettoyer, une fois pour toutes, les écuries d’Augias et chasser ces écuyers puants… Qui veut fonder un Liban nouveau à l’orée de son nouveau centenaire ?
Qu’attendez-vous pour rejoindre le peuple révolté, qui vous attend depuis des mois, et qui vous attendra encore, inlassablement, opiniâtrement, pour transformer la révolte en une saine, salvatrice, libératrice révolution ?
On vous attend !
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