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Moyen Orient et Monde

Pari gagné pour Netanyahu, malgré quelques obstacles

Israël - Élections

Le Premier ministre sortant se dirige vers une victoire nette aux législatives, mais la majorité absolue à la Knesset n’est pas garantie.

04/03/2020

Défi relevé pour Benjamin Netanyahu. Le Premier ministre israélien, 70 ans, revient de loin. Après son inculpation en novembre dernier, des médias israéliens avaient déclaré la « fin de l’ère Netanyahu ». Sans doute à tort.

Les résultats de 90 % des votes dépouillés par la commission électorale plaçaient hier, à l’heure de mettre sous presse, le Premier ministre israélien sortant en position de force. M. Netanyahu se dirige vers une victoire nette aux législatives organisées lundi pour pouvoir former le prochain gouvernement.

Ainsi le Likoud (droite) de M. Netanyahu obtient environ 36 sièges, contre 32 pour la formation centriste « Bleu-Blanc » de son principal rival Benny Gantz. Avec ses probables alliés de la droite radicale et des partis juifs ultra-orthodoxes, le Likoud pourrait compter, à l’issue de ces troisièmes législatives en moins d’un an, sur un total de 59 sièges, à deux députés de la majorité absolue.

Premier ministre le plus pérenne de l’histoire d’Israël avec 14 ans au pouvoir, « Bibi » s’est félicité dans la nuit de lundi d’avoir remporté « la plus importante victoire de (sa) vie », devant une foule de partisans réunis à Tel-Aviv scandant « Bibi roi d’Israël ». « C’est une victoire... contre toute attente », a déclaré le Premier ministre, dont le procès pour corruption, abus de pouvoir et malversation doit s’ouvrir prochainement. Le Premier ministre clame son innocence et se dit victime d’une « chasse aux sorcières » des services du ministère public et des médias.

Pour sa part, Benny Gantz a déclaré « respecter la décision des électeurs », après avoir admis dans la nuit s’être attendu « à un autre résultat ». Son parti misait sur le soutien des partis de gauche, qui s’étaient unis pour ce scrutin, mais dont les résultats sont décevants (six ou sept sièges).

Par ailleurs, la crainte de l’épidémie du coronavirus ne semble pas avoir amputé la participation des électeurs selon la commission électorale, qui a annoncé un taux de participation de 71 %, en hausse par rapport aux deux derniers scrutins. À l’issue des élections d’avril et de septembre, M. Netanyahu avait échoué à former une majorité lui permettant de diriger un gouvernement.



(Lire aussi : En Israël, la Liste Unie des partis arabes réalise une percée historique)



Bibi vainqueur
Véritable bête politique, il a montré au fil des années sa capacité à rebondir à chaque fois. Inquiété pendant un moment au sein même du Likoud par son rival Gedeon Saar, il l’écrase en obtenant près de 72,5 % des voix des Likoudniks lors d’une primaire organisée fin décembre 2019. Malgré son inculpation, il a réussi donc à convaincre une majorité d’Israéliens de voter pour son parti.

Bien qu’il ne soit pas issu de l’institution militaire, il est considéré comme M. Sécurité. M. Netanyahu a surtout joué la carte de la menace iranienne d’une part, et celle de sa réponse intransigeante face aux attaques du Hamas.

Il peut aussi se vanter de ses succès diplomatiques tous azimuts : ses bonnes relations avec le président russe Vladimir Poutine, le rapprochement avec les monarchies arabes du Golfe et, cerise sur le gâteau, le dernier plan de paix annoncé en janvier par le président américain Donald Trump qui s’aligne sur les positions de la droite israélienne.

« Globalement on est dans une situation où Netanyahu a des chances de (rester) Premier ministre », explique Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités et directeur de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (IreMMO), contacté par L’Orient-Le Jour. Toutefois, il est face à plusieurs obstacles qui peuvent toujours contrecarrer ses plans, ou du moins les rendre plus difficiles à réaliser.


Obstacles
Il doit d’abord obtenir une majorité pour être nommé Premier ministre. Selon les derniers résultats, il aura 59 députés sur 120. Il faut qu’il trouve les sièges restants pour avoir la majorité absolue de 61 députés à la Knesset. « C’est un obstacle tactique qu’il peut surmonter. La situation n’est pas très difficile pour lui. Des députés pourront faire sécession pour rejoindre sa coalition, d’autant plus qu’il est désormais en position de force. Il pourrait par ailleurs tenter plus, et essayer de former un gouvernement d’union nationale », ajoute M. Chagnollaud.

Le deuxième obstacle qui est plus important, c’est l’obstacle judiciaire. Son procès qui commence le 17 mars peut durer très longtemps. « Cet obstacle peut également être surmonté. Il peut ainsi solliciter une immunité de la part de la Knesset, avec une chance de l’avoir, vu qu’il va disposer la majorité », estime l’expert.

Il peut aussi assumer ce procès et défier ainsi le pouvoir judiciaire et le mettre face aux résultats des urnes. « Malgré cette hypothèse, les élections de lundi sont une sorte d’adoubement démocratique de la part du peuple israélien qui a voté pour lui avec une participation importante d’une manière nette, sachant parfaitement qu’il était inculpé », explique M. Chagnollaud qui précise qu’un autre obstacle peut émerger dans les prochains jours. La Cour suprême peut être appelée à trancher la question de savoir si une personne mise en examen peut former un gouvernement.

En effet, hier, la Cour suprême israélienne a reçu une pétition du « Mouvement pour un gouvernement de qualité » contre la possible désignation, par le président Reuven Rivlin, de M. Netanyahu pour mettre sur pied un cabinet. « Un prévenu inculpé de corruption, malversation et abus de confiance ne peut assumer la tâche de former un gouvernement, fait valoir ce mouvement. Un homme comme lui ne peut pas servir de modèle et être Premier ministre. »

La Cour suprême israélienne avait refusé lors des précédentes élections de statuer sur une demande de juristes souhaitant empêcher M. Netanyahu de recevoir un mandat pour former un gouvernement. Le plus haut tribunal du pays a indiqué ne pas être en mesure de se prononcer sur cette affaire sensible, affirmant que cette demande était « prématurée ». Aujourd’hui, si la Cour décide se pencher sur le sujet, « il lui sera difficile d’empêcher Netanyahu de (rester) Premier ministre alors même qu’il a reçu un mandat clair lors des élections ».

Toutefois, ces obstacles ne paraissent pas de nature à empêcher Bibi de revenir à la tête du gouvernement, lui qui sort renforcé sur le plan national et au sein de son parti. Si le score du Likoud se maintient au-delà des 35 sièges, il s’agira du meilleur résultat du parti sous M. Netanyahu. Pour M. Chagnollaud, « quand on voit ce qui s’est passé ces dernières semaines, alors qu’il était dans une situation très difficile, personne n’a vraiment osé faire sécession. Maintenant qu’il est en position de force, il est peu probable qu’il puisse avoir ce type de difficulté ».

Selon lui, les grandes et vraies difficultés commenceront le jour où il aura formé un gouvernement. « Cela emmène Israël dans une situation terrible si Netanyahu fait ce qu’il a promis, à savoir annexer une partie de la Cisjordanie conformément au plan de paix de Donald Trump. Israël sera un État ouvertement fondé sur l’apartheid », conclut-il.

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