analyse

Manifestations en Irak : la désinformation enflamme les réseaux sociaux

Tant les autorités que les manifestants font l'objet de campagnes de désinformation. 

Des manifestants anti-pouvoir brûlant des pneus à Bassora, le 25 février 2020. Photo AFP / Hussein FALEH

En Irak, les manifestations qui exigent depuis octobre 2019 un renouvellement total de la classe politique font l'objet d'une large désinformation sur les réseaux sociaux, tant à l'encontre des autorités que pour discréditer les manifestants.

A l'heure où les protestataires irakiens réclament le changement, accusant leurs dirigeants d'avoir échoué, d'être corrompus et d'avoir dilapidé les richesses d'un des pays les plus riches en pétrole du monde, des centaines d'utilisateurs de Facebook ont diffusé une photo d'un enfant marchant sur ce qui semble être un oléoduc. Ces publications prétendent que l'enfant est Irakien, vivant dans une région misérable et en proie à la famine, alors qu'en réalité la photo a été prise en Inde.

Une autre image diffusée sur les réseaux sociaux prétend montrer un haut responsable militaire irakien embrassant la main d'un responsable iranien. Illustrant la préoccupation des manifestants face aux ingérences iraniennes, la photo montre en réalité ce responsable embrassant la main d'un combattant irakien du Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires désormais intégrée à l'Etat.


(Pour mémoire : Infiltrée par les « fake news », la révolution contre-attaque)



Décrédibiliser les manifestants
D'un autre côté, des publications sur les réseaux sociaux accusent les manifestants de manipulation médiatique.

Une vidéo qui prétend dénoncer des manifestants maquillés et faisant croire qu'ils ont été frappés par des manifestants rivaux montre en réalité une formation aux premiers secours organisée dans un hôpital de Najaf, au sud de Bagdad, avec l'ONG Médecins sans frontières (MSF). D'autres images montrant des manifestants aux visages maquillés utilisées pour accuser les forces de sécurité de violences sont tirées des images prises d'une pièce de théâtre jouée sur la place Tahrir à Bagdad.

Alors que les protestataires sont accusés sur les réseaux sociaux d'être au service de l'étranger, des milliers d'internautes ont diffusé des images prétendant montrer l'arrestation d'agents d'Israël, des Émirats arabes unis ou de la Jordanie qui incitaient les manifestants à se mobiliser et à bloquer des routes. Ces clichés datent d'événements antérieurs et sont sans relation avec les manifestations en Irak.

Dans le même contexte, une photo a été relayée comme celle d'un "infiltré saoudien" déguisé en femme dans les rangs des manifestants. La photo prise en Égypte en 2017 est en fait celle d'un jeune homme arrêté pour enlèvement d'enfants au Caire.

D'autres photos partagées sur les réseaux sociaux comme montrant l'arrestation d'un "réseau terroriste" visant à "semer la discorde" entre manifestants et forces de sécurité sont anciennes et sans lien avec les manifestations.

Depuis le début de la révolte inédite en Irak, près de 550 personnes ont été tuées et 30.000 blessées, des manifestants pour la plupart. Alors que les protestataires pointent du doigt les forces de sécurité, les hommes de main des factions armées et des partis politiques, les autorités assurent ne pas pouvoir identifier les auteurs des tirs et des assassinats ciblés de militants.



Pour mémoire
Privés d'internet, les Irakiens trouvent d'autres moyens de raconter la violence


En Irak, les manifestations qui exigent depuis octobre 2019 un renouvellement total de la classe politique font l'objet d'une large désinformation sur les réseaux sociaux, tant à l'encontre des autorités que pour discréditer les manifestants.

A l'heure où les protestataires irakiens réclament le changement, accusant leurs dirigeants d'avoir échoué, d'être corrompus et...

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