Moody’s a dégradé la notation de trois banques libanaises : Bank Audi, BLOM Bank et Byblos Bank. Photo d’archives
Après avoir dégradé la notation souveraine du Liban de « Caa2 » à « Ca » vendredi dernier, Moody’s, l’une des trois principales agences de notation américaines avec Standard & Poor’s et Fitch, a répercuté mardi cette baisse sur les trois banques libanaises qu’elle observe – Bank Audi, BLOM Bank et Byblos Bank. La notation des dépôts à long terme en livres est désormais notée « Caa3 » au lieu de « Caa2 », tandis que ceux en devises passent de « Caa3 » à « Ca ». Moody’s a enfin dégradé de « Caa1 » à « Caa3 », soit de deux crans, la note évaluant le risque de contrepartie (Couterparty Risk), qui mesure le risque de défaillance de la banque vis-à-vis de ses créanciers. Pour rappel, ce sont les banques qui soumettent leur candidature pour figurer dans la liste des établissements observés par les agences de notation, ce qui explique que seules ces trois banques soient citées. La nouvelle évaluation tend à refléter l’état de l’ensemble du secteur.
Risque de restructuration
L’agence avait abaissé la note du pays en réaction au risque de restructuration de la dette, qui aura pour conséquence une perte pour les créanciers. Un risque dont la probabilité s’est accentuée ces derniers jours avec les différentes mesures prises par le gouvernement de Hassane Diab, comme la sélection cette semaine de cabinets internationaux pour épauler le Liban dans les négociations avec ses créanciers. Le pays, qui vient selon Reuters de régler 71 millions de dollars d’intérêts sur des eurobonds arrivant à échéance en 2025 et 2030, doit décider s’il va ou non payer l’émission de 1,2 milliard qu’il doit solder le 9 mars.
Or Moody’s rappelle que les banques libanaises sont « très exposées » à la dette publique (92 milliards de dollars, plus de 150 % du PIB) et qu’elles ont placé plusieurs dizaines de milliards de dollars à la Banque du Liban notamment en certificats de dépôt. L’agence justifie ses inquiétudes en soulignant que les revenus des banques dépendent en grande partie de ceux des intérêts sur l’endettement de l’État alors que dans le même temps les dépôts bancaires du secteur privé ont diminué de 9,1 % en 2019, dont 11,4 milliards de dollars pour le seul troisième trimestre marqué par le durcissement des restrictions bancaires en place depuis le mois d’août précédent et le début, mi-octobre, des manifestations dirigées contre la classe politique jugée corrompue.
Le Liban traverse la pire crise économique et financière de ces trente dernières années. La dégradation brutale de sa situation financière et le risque pesant sur ses banques ont été sanctionnés par les trois principales agences américaines, à des degrés divers.
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