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Panorama

Tandis que le Liban est au plus mal, ses artistes font la une à l’étranger...

Zad Moultaka, Ribal Molaeb et Adonis... à l’affiche, de l’Europe à l’Asie.


Zad Moultaka. Photo Formentini Zanatta

Quand le Liban flirte avec l’effondrement financier, politique et social, et que le peuple asphyxié crie depuis près de quatre mois sa colère dans les rues, ses enfants, hors frontières, des artistes qui ne l’ont pas attendu pour sortir du rang, cartonnent avec leur musique, leurs mots et leur peinture.

De la Suède à la France, Zad Moultaka, dont le cœur est arrimé à sa patrie, sème ses notes et ses mélodies entre deux cultures. Il a murmuré Mon ami le vent, une partition donnée avec le concours de Radio Kören et Sveriges et Radio Symfonierkester à l’église Maria Magdalena, à Stockholm, le 25 janvier dernier à travers plusieurs histoires contant la répression à travers les pages de l’histoire humaine. Ce qui n’excluait sans doute pas sa terre natale… Une première mondiale suivie d’un poème de Renée Vivien pour un moment de réflexion et de méditation.

La même nuit, à des milliers de kilomètres, se donnait aussi à Marseille, en France, à la salle Musicatreize son opus Khenkhenou pour 16 solistes et musique électronique avec un ensemble de chœur dirigé par Roland Hayrabedian.

Un altiste très prisé

Le benjamin des altistes libanais Ribal Molaeb, directeur artistique de Sumito, organisme culturel liant l’art musical et pictural en Suisse, fera, pour sa part, un tour entre l’Europe et l’Afrique cette année avec l’Orchestre du Divan dirigé par Daniel Barenboim. Il n’en est pas moins amoureux de la musique de chambre avec ses multiples concerts qu’il donne à travers la Suisse d’abord. Et le 14 février, jour de la Saint-Valentin, pour tous les amoureux de la musique, à l’Alte Kirche (la vieille église) de la région de Fluntern, près de Zurich, il a offert aux mélomanes des œuvres de Brahms et Schubert.

Un agenda très chargé pour le jeune musicien qui prépare aussi une exposition de peinture. Son itinéraire le conduit de la Suisse à la Norvège en passant par la Slovénie (avec son épouse la violoniste Tanja Sonc), la Bulgarie, l’Allemagne et la Jordanie… Un moment de pause et d’amour à Zurich avec l’ensemble Kammermusik pour Beethoven (dont on fête le 250e anniversaire de la naissance) dans ce périple trépidant. Pour l’occasion, le jeune musicien confie : « Ce qui me fascine le plus chez Beethoven, c’est sa tranchante bipolarité qu’on perçoit d’ailleurs dans sa musique : cette capacité à passer de l’extrêmement dramatique à une humeur joyeuse ! En tant qu’altiste, malheureusement, on n’a pas de sonate de Beethoven ! Mais il m’a été permis de jouer dans les symphonies de Beethoven sous la direction de Daniel Barenboim. Mon morceau favori de Beethoven est le Quarteto serioso, une pièce compacte qui représente le mieux Beethoven. Une pièce débordante de vie, pleine de sérieux, de tragique et de déception, mais qui se termine par un rapide ton majeur. Avec, peut-être, aussi, humour, ironie ou autodérision. Les dernières paroles de Beethoven n’avaient-elles pas été : “Amis, applaudissez, la comédie est finie.” J’expérimente ce changement d’humeur personnellement dans ma vie, c’est pourquoi je suis connecté à la musique de Beethoven surtout dans sa musique de chambre… »

Les calligrammes du poète

À Berlin, c’est Adonis qui triomphe. Non avec les mots (qui sont toujours ses outils de combat et de chant pour sa lyre et plume !), mais avec ses célèbres calligrammes. Un coup de jeunesse pour ce poète de 90 ans, véritable mage du monde arabe, doté d’une triple nationalité (syrienne, libanaise, française), qui n’a pas fini de nous surprendre.

Qui eût cru qu’un simple jet d’encre sur le papier, entre deux rimes ou deux assemblages de mots comme une volée de papillons ou des coups de fleuret fendant l’air, allait enfanter une vocation de peintre ? Dans un esprit ludique nimbé d’enfance et témoignant en même temps de la gravité de la vie, sans jamais oublier la densité des couleurs et la puissance des mots.

Ses calligrammes sont un monde de phantasmes et de projections intérieures. Telle une tache de Rorsach, en couleur sombre, noir de pieuvre ou sang de martyr, ces dessins à l’abstraction absolue et à l’architecture fantaisiste émergent d’un nuage de mots et de phrases écrits de la main du poète. Un poème, une réflexion, une pensée sur fond d’une vague illustration par une éclaboussure de couleurs ? Tout cela, c’est la nouvelle signature d’Adonis.

Après la ville de Hangzhou, capitale de la soie en Chine où ses travaux ont été plébiscités par le public (et l’exposition se prolonge jusqu’en mars prochain), voici que celui qui a obtenu le prix Goethe expose ses tachismes savamment colorés, enserrés dans l’écrin de ses mots comme des flèches ou des caresses, au cœur de la capitale allemande, jusqu’au 22 mars 2020. Quatre-vingt-trois calligrammes à la Galerie Pankow à 8 Breite Strasse.

Et l’aventure est loin d’être terminée car se prépare en coulisses à Paris, dans le 13e arrondissement, à l’Espace Art Absolument (tout comme la revue qui porte ce nom), à partir du 12 mars, une troisième exposition. Une exposition collective avec d’autres écrivains tels Tahar Ben Jelloun et Zoe Valdès…

De Berlin à Paris en passant par Hangzhou, ces mots voyageurs et ces couleurs qui se répandent en nappe se poseront sans doute à Beyrouth. Un maillon attendu pour ces calligrammes à l’éloquence particulière…


Quand le Liban flirte avec l’effondrement financier, politique et social, et que le peuple asphyxié crie depuis près de quatre mois sa colère dans les rues, ses enfants, hors frontières, des artistes qui ne l’ont pas attendu pour sortir du rang, cartonnent avec leur musique, leurs mots et leur peinture.

De la Suède à la France, Zad Moultaka, dont le cœur est arrimé à sa...

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