Les crises économiques ou monétaires ne se dénouent pas avec des pleurs ou de la colère exprimée dans les rues. Ni par de multiples diagnostics et remèdes exprimés sur toutes les plates-formes médias par des politiciens, animateurs TV, philosophes, observateurs de tout bord, financiers, banquiers ou citoyens consommateurs angoissés par l’impact des crises qui vont affecter leur crédibilité, leur audience, leurs repères émotionnels, leur devenir professionnel, leurs intérêts et modes de vie.
Il est par contre évident qu’il nous faut un diagnostic de situation transparent, une évaluation des moyens et des capacités de leur mise en œuvre dans un plan global de gestion de crise assorti de points d’étapes précis et révisables. Cette tâche ardue incombe aux pouvoirs exécutif et législatif, mais il faut aussi, et peu d’observateurs osent le dire, que nous, Libanais, ayons le courage de nous remettre en question et de nous adapter à cette situation nouvelle.
Aucun plan de sortie de crise ne pourra réussir sans que nous en soyons tous acteurs ; nous, citoyens de toutes classes et affinités appelés à travailler plus, à retrouver des emplois trop longtemps dénigrés, à adapter nos habitudes de consommation et vivre avec un peu plus d’humilité et de dignité. Pourquoi donc ? diront certains.
Beaucoup d’entre nous ont bénéficié du schéma économique et des politiques monétaires mises en place à partir des années 90 ; d’autres, encore plus nombreux, ont contribué à affaiblir l’État et les institutions en contournant l’impôt, et certains règles et devoirs de citoyens. Il faut donc que nous puissions reconnaître une part de responsabilité, aussi minime soit-elle, dans la crise présente. Refuser cette part de responsabilité rendra très difficile la reconstruction de nos équilibres économiques et le retour à une croissance durable, et ceci pour une raison très simple : nous sommes « tous » des acteurs économiques du fait même que nous consommons ou produisons dans ce pays où nous vivons.
À cette remise en question, deux éléments devraient être associés : la passion, omniprésente dans notre quotidien et que nous n’avons jamais su proprement domestiquer, et la solidarité que nous avons souvent exprimée dans des situations délicates, mais qui devra, cette fois, impérativement être canalisée vers le bien commun.
Il faut pouvoir se rappeler et informer les jeunes en proie à l’inquiétude qu’entre les années 1975 et 2006, nous avons connu sur tout le territoire guerres et destructions, des centaines de jours dans les abris avec la peur de mourir à chaque instant, des usines et outils de production anéantis, des moyens de communication altérés, de sévères problèmes de ravitaillement et d’accès aux soins médicaux et une sécurité personnelle inexistante.
Nos capacités d’adaptation, notre passion de vivre et la solidarité affichée au quotidien ont été les instruments de cette résilience à laquelle nous devons maintenant aspirer ; à charge pour nous de veiller à ce qu’à la sortie du tunnel, les erreurs du passé ne soient pas répétées.
Mais pour commencer ce parcours, il faut réduire trois situations ambiantes auxquelles nous sommes confrontés et qui sont pénalisantes quant à la mobilisation citoyenne attendue :
• Le catastrophisme et le déni : deux situations porteuses d’attitudes négatives et qui sont amplifiées par le fait même de l’absence de tout diagnostic précis (et plan de sortie de crise), que devra proposer sans tarder le nouveau gouvernement.
• Les règlements de comptes entre formations politiques quant à leurs responsabilités dans la crise : vociférations stériles et faux combat auquel nous ne devons absolument pas porter attention. La crise est bien là, et c’est à partir du présent qu’il faut canaliser nos énergies vers l’avant. Chaque Libanais, selon son éveil politique et l’état de sa mémoire, saura le moment venu sanctionner dans les urnes.
Alors, appels à mobilisation des citoyens, pour se préparer à cette nécessaire remise en question avec passion et solidarité, appel aussi à certains individus ou secteurs professionnels à qui il sera demandé, pour le bien commun, des sacrifices ou ruptures de privilèges. Appel au gouvernement pour livrer au plus tôt un diagnostic transparent, avec des mesures équitables basées sur une vision réaliste. Appel aux parlementaires pour recouvrir leur représentativité questionnée. Appel aussi au soulèvement populaire pour garder la pression, avec discernement, sur tous les acteurs de cet épisode nouveau de notre histoire.
Fady BUSTROS
Activiste
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appels, appels,...au loup, au loup...
19 h 58, le 21 février 2020