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Monde - Entretien express

Pourquoi la Tunisie ne parvient pas à former un nouveau gouvernement

Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève, décrypte pour « L’Orient-Le Jour » les motivations des différents protagonistes.

Elyes Fakhfakh, Premier ministre tunisien désigné, le 12 septembre 2019 à Tunis. Photo AFP

La Tunisie n’a toujours pas formé de nouveau gouvernement depuis les élections législatives du 6 octobre dernier. Après l’échec de Habib Jemli, candidat du parti islamiste Ennahdha, à obtenir la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple début janvier, c’est à Elyes Fakhfakh, membre du parti politique social-démocrate Ettakatol, que revient la tâche de former un gouvernement en essayant de satisfaire les exigences des principaux partis.

Elyes Fakhfakh a réaffirmé ce mercredi sa volonté de ne pas admettre le parti Qalb Tounes du populiste Nabil Karoui, battu au second tour de l’élection présidentielle, lors d’une réunion tripartite avec celui-ci et Rached Ghannouchi, chef du parti Ennahdha. Le parti islamiste conservateur avait pourtant fait pression sur le chef du gouvernement ces derniers jours pour que le parti de Nabil Karoui soit intégré au nouveau cabinet. Le parti islamiste étant arrivé en tête des dernières législatives, le bras de fer entre Elyes Fakhfakh et Rached Ghannouchi pourrait compliquer la formation du gouvernement. Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève, décrypte pour L’Orient-Le Jour les motivations des différents protagonistes.

Pourquoi le Premier ministre désigné ne souhaite-t-il pas intégrer le parti Qalb Tounes au nouveau gouvernement ?

Les partis Ennahdha et Qalb Tounes représentent à eux deux 109 sièges au Parlement. Le chef du gouvernement désigné veut éviter le piège tendu par Rached Ghannouchi car il est conscient de la difficulté de gouverner avec deux partis politiques formant l’alliance la plus importante. Comme il sera difficile pour lui de s’affranchir du poids politique parlementaire et ministériel des deux partis, il insiste sur le fossé idéologique et politique qui sépare son parti social-démocrate, Ettakatol, de celui du populiste et libéral Nabil Karoui.

Pourquoi Ennahdha insiste-t-il autant pour que le parti de Nabil Karoui soit présent au gouvernement ?

Ennahdha n’agit pas par conviction démocratique, mais par calcul politique. Son chef, Rached Ghannouchi, ne tient pas à exposer son parti politique aux conséquences de la gestion du pays au moment où les conditions économiques et sociales sont critiques. Pour Rached Ghanouchi, laisser Qalb Tounes en dehors du gouvernement, c’est une manière de le renforcer à la tête de l’opposition et lui offrir un répit pour revenir en force et bousculer l’équilibre fragile dominé par Ennahdha.

Quelles chances a le gouvernement Fakhfakh de voir le jour ?

Elyes Fakhfakh est un homme politique réaliste. Il n’est pas permis pour lui de redevenir « le Premier ministre au service du président » et il a conscience que le système politique tunisien a évolué pour devenir plus parlementaire. Il doit donc composer avec les partis politiques pour ne pas connaître le même sort que son prédécesseur, Habib Jemli, le candidat du parti de Rached Ghanouchi. Cependant, le temps presse pour arracher un accord entre toutes les parties. L’option d’une dissolution du Parlement et la convocation de nouvelles élections législatives est un pari à haut risque. D’autant plus que les Tunisiens sont impatients de voir leur quotidien s’améliorer et de pouvoir tourner une page marquée par les « arrangements entre politiciens ». Une accusation qui a fait le lit d’un populisme rampant.


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