George Marshall, secrétaire d’État américain en 1947, avait prononcé un discours à Harvard offrant aux pays d’Europe des milliards de dollars en dons et crédits favorables afin de permettre la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale et cela dans le but de réhabiliter l’Europe de l’Ouest pour créer un marché de consommation pour les produits américains exportés tout en construisant un rempart contre les avancées du bloc soviétique.
La Conférence économique pour le développement par les réformes et les entreprises (CEDRE) tenue à Paris en 2018 avait un but similaire : renforcer l’infrastructure libanaise à travers des dons et des crédits favorables venant de l’étranger pour assurer un Liban capable de retourner à sa gloire des années 60 tout en représentant une aide majeure contre les avancées de l’État islamique et le flux de réfugiés vers l’Europe.
Tirons-en les similarités. Les deux plans visaient à la reconstruction économique d’une région ébranlée par des conflits internationaux. Ils assureraient en outre un mur contre un adversaire politique dans le contexte d’une guerre (qu’elle soit froide ou civile).
Les deux plans assuraient une reconstruction d’un pays ou d’une région par le camp de l’Ouest, en espérant des services en retour.
Les deux plans assuraient un succès majeur non seulement diplomatique et idéologique mais aussi économique. Pour emprunter le modèle keynésien, les États-Unis comptaient sur une augmentation des exports vers l’Europe, augmentant ainsi leur propre PIB. Les donneurs internationaux de CEDRE chercheraient de meilleurs rendements dans un pays comme le Liban et voudraient créer une hégémonie entrepreneuriale en s’intégrant au plus tôt dans un pays émergent.
Mais, cette fois-ci, nous ne demandons pas de l’aide externe en termes de dons et de crédits. Nous demandons ce qui nous appartient et ce qui nous a été volé. Nous réclamons notre droit.
Je m’adresse donc au gouvernement suisse, au gouvernement des îles Cayman, au gouvernement de la principauté de Monaco, au gouvernement luxembourgeois et j’en passe, pour nous aider à rapatrier les capitaux de toute personne dans la sphère politique libanaise (PIPS), illégitimement et illégalement transférés du 17 octobre jusqu’à aujourd’hui même, tout en leur demandant aussi de lever le secret bancaire de tout compte lié à un politicien libanais (actuel ou ancien) ou à un membre de sa famille.
Il ne s’agit pas d’un simple cas d’évasion fiscale.
C’est une infraction au code moral et civique, au droit pénal. Il s’agit de décence humaine basique. Alors que les Libanais affamés et battus hurlent dans la rue dans l’espérance de voir un nouveau Liban, la classe politique est endormie, et sous son matelas vous retrouverez tous les fonds qui étaient censés financer hôpitaux, infrastructure et électricité.
Rapatrier les capitaux transférés à l’étranger (en devises étrangères évidemment) éliminerait toute pression sur la parité de la livre libanaise permettant ainsi à la BDL de rabaisser ses taux d’intérêt astronomiques. J’emprunte encore le modèle keynésien en disant que cette réduction des intérêts permettra de relancer l’économie libanaise et les investissements locaux et étrangers. Au lieu de garder son argent dormant dans un compte à la banque et recevoir des intérêts revisités atteignant 3 ou 4 %, les Libanais prendront ce capital et l’investiront dans la real economy libanaise. Nous verrons d’ici à deux ou trois ans un Liban nouveau, une parité livre-dollar incontestée (et incontestable) et surtout un impact tangible sur la qualité de vie des Libanais.
Étudiant en 2e année d’économie internationale et finance à Bocconi
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Monsieur l'étudiant, si vous y tenez, que cet argent revienne. Et alors quoi, la BdL va recommencer à distribuer le dollar à 1515? Jusqu'à épuisement ? Il faut libéraliser toute l'économie tout en mettant en place un système d'accompagnement social fort et surtout mettre en place l'État de droit avec plus que la confiance, la prévisibilité afin d'attirer les investissements. Et le taux de change sera ce qu'il sera, avec de petites interventions de temps à autre mais à la marge. Pas de miracle: le Liban doit tâcher de ressembler à un pays normal.
22 h 01, le 08 février 2020