Le peuple libanais est en colère, il a faim, il manque d’argent, ses comptes bancaires sont à plat, les responsables picorent l’argent de ce peuple et leurs comptes bancaires à eux gonflent, grossissent et s’enflent si bien qu’ils débordent jusqu’à ouvrir des comptes partout à l’étranger pour répartir ce surplus et finalement bien s’en sortir.
Et les Libanais souffrent, les Libanais souffrent encore et les ersatz prennent de plus en plus place dans leur vie.
Une première chose est certaine : leur pays se trouve bien situé entre le marteau et l’enclume. Des forces façonnent ces Libanais et se jouent d’eux, de leur vie, de leur destin, de leurs économies et de leur argent comme bon leur semble. Et les complices de ces forces qui assènent à ces courageux Libanais des coups violents les uns après les autres ont cette volonté anarchiste de les faire taire, d’arrêter toutes leurs aspirations et tous leurs rêves, de les paupériser. Le machiavélisme est plus que jamais d’actualité dans ce pays, et le contexte y est puisque pour subsister, le pouvoir en place écrase ce peuple, se nourrit de lui et craint ses révoltes par-dessus tout.
Fort de son peuple insoumis, mais hélas faible de par ses responsables, de par sa taille et de par son positionnement géographique, une inquiétante question se pose forcément : notre pays est-il souverain ?
Du fait de son emplacement dans un Moyen-Orient moyenâgeux, il est difficile de répondre à cette question ! Dans la façon dont il subit la non-existence des frontières nationales au profit des frontières religieuses, il est très difficile de répondre à cette interrogation. Dans le roulage piteux et infernal dans lequel les traîtres avec leurs maîtres décident à la place du peuple et forcent le destin de ce dernier, il est extrêmement difficile de répondre. Du fait de la manière dont les crises sont gérées et les revendications du peuple sont prises en considération, il est impossible de répondre.
Et ainsi va le Liban.
Une deuxième chose est certaine : aucune décision ne lui revient souverainement.
Et puis sur un tout autre plan, le pays et son peuple sont dans l’incertitude totale. Le peuple en a suffisamment entendu et l’incertitude sur sa destinée persiste avec l’intention constante de le paupériser et de l’épuiser moralement et financièrement. Cela s’amplifie jusqu’à l’insoutenable et cela s’accentue jusqu’à l’inacceptable.
Et les spéculations sur leur sort vont bon train dans un contexte géopolitique instable et brouillon !
Minés déjà à l’intérieur par les divisions entre les communautés qui sont animées cyniquement par leurs différents chefs irresponsables, les Libanais sont minés aussi par la réalité misérable de leur quotidien, par le manque d’argent. Pour la première fois dans l’histoire du Liban on commence à voir des clochards qui investissent les rues, y résident, y mendient et y dorment, et on voit aussi fort malheureusement des gens s’immoler. Une réalité misérable, méprisable, dans un pays où la solidarité faisait la loi, la règle et la coutume.
Dans la perplexité et la déchéance continuelles, nos jeunes bravent l’envahissante laideur de leurs journées, et avec leur esprit combatif, ils continuent à travailler et à trouver la force pour se rassembler et exiger la réalisation de ce rêve, celui d’un meilleur avenir pour leur pays et pour leurs compatriotes. Et cette résilience et cette résistance deviennent plus importantes que leurs souffrances.
Une époque cruciale qu’ils sont en train de vivre, nos jeunes révoltés :
Ça leur est inacceptable que leur pays soit tout sommairement l’exclusivité des ratés.
Ça leur est inadmissible aussi que les résultats de leur révolte se résument à cette fameuse phrase : « Tout ça pour ça. »
Ça leur est encore terrible et même blasphématoire de dire qu’au moins leur révolte aurait servi à une chose, à savoir que si les corrompus restent au pouvoir, ils voleront un peu moins !
Leurs ambitions ne vont peut-être pas jusqu’à la lune, mais elles vont jusqu’à changer toute cette classe politique et jusqu’à former un État fort, souverain, honnête et responsable de ses citoyens.
Ils sont entrés dans cette révolution corps et âme, et c’est devenu leur nouvelle religion. « Rien de grand ne s’est fait dans le monde sans passion », disait Hegel. Ce que font nos jeunes avec leur endurance se traduit par plus qu’une passion, c’est un sacerdoce, le leur. Ils insufflent une nouvelle vitalité et une nouvelle liberté pour leur pays. Ils sont autodidactes et ils apprennent seuls comment gérer une révolte, comment inspirer les gens et leur dessiller les yeux.
Ils sont déterminés et ils veulent aller jusqu’au bout du bout, c’est une marche vers leurs droits, c’est leur projet. C’est également la preuve même de leur existence face au nombrilisme de ceux qui sont à la tête du pays pour confirmer ce qu’a affirmé, une fois, Albert Camus : « Je me révolte, donc nous sommes. »
Depuis le temps que les Libanais vivent entourés de malhonnêteté et de méchanceté, il est temps impérativement que la dignité et la civilité prennent le relais avec des jeunes, des jeunes expérimentés avec des facultés intellectuelles surprenantes et des capacités de jugement et de recul impressionnantes.
Le conditionnel est encore de circonstance et les incertitudes persistent encore, mais le sentiment commun d’appartenance nationale n’est pas perdu ! Donc rien n’est perdu ! Et les murs auxquels se heurte leur révolution vont tomber l’un après l’autre !
Entre-temps, un constat, un des plus déconcertants et des plus inquiétants, s’impose : les Libanais souffrent, les Libanais souffrent encore, et les ersatz prennent de plus en plus place dans leur vie.
Il ne reste qu’à souhaiter que le bon Dieu des chrétiens et des musulmans les protège.
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef