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Nos lecteurs ont la parole - Par Frida Bagdadi Debbané

Lointain hier

Je venais de voir L’Orient collé par une petite barre au Jour. Mon rêve de me voir devant un bureau de la salle « culture » m’avait réveillée. Une page allait changer mon quotidien et me faire dépasser le plus lointain nuage, jusqu’à me tromper d’une paire de chaussures : un pied noir, un autre rouge. Qu’importe ! J’étais journaliste et toutes les pages du pays m’appartenaient.

Réprimandée par M.T.A. (Marie-Thérèse Arbid, ancienne chef du service culturel) en tant que poète de service, je dansais partout. Et les lendemains avaient des couleurs grisantes. On aimait tout dans notre journal. Des années passèrent. On écrivait la guerre : le début et la fin. On décrivait la politique, l’art, les espoirs, les peines et les joies. Les années suivaient, mélancoliques et belles. L’insouciance ne nous laissa pas le temps de réviser le temps et c’était pourtant lui qui emporta dans la page « nécrologie » les noms des valeureux chevaliers dont on était fiers, jeunes, beaux, intelligents.

Rédacteurs, écrivains, cinéastes, poètes : Gebran, Samir, Maroun, ils avaient signé leurs inoubliables « petites guerres » à faire pleurer les plus insensibles. Au journal on n’écrivait plus sur du papier blanc mais on « tapait » avec un bruit parfois somnolent, parfois difficile à suivre. Le café ne débordait plus de la cafetière mais laissait des parfums qui nous réveillaient avec le bonheur des mots retrouvés qui iraient s’éternisant dans le temps, gardant au chaud le souvenir imprimé à tout jamais. On ne se doutait pas de sa trahison. Et par un triste matin, on céda notre bureau à des jeunes qui se mirent à taper, taper, travailler sans se douter qu’une page qui s’ouvre sur des misérables doutes se refermerait comme ce fut fait ce 17 octobre 2019 en emportant l’insouciance qu’aucun journal ne pouvait décrire.

Aujourd’hui, l’équipe d’alors est simplement triste et ne se retrouve plus dans aucune page. Oui, « le souvenir d’une certaine image n’est que le regret d’un certain instant ».

Et nos instants ont dicté leurs images imprimées à tout jamais, sur les blessures, les rues, les souffrances, les révoltes, le présent d’un hier calciné...

Frida BAGDADI DEBBANÉ

Ancienne journaliste à

« L’Orient-Le Jour »

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Je venais de voir L’Orient collé par une petite barre au Jour. Mon rêve de me voir devant un bureau de la salle « culture » m’avait réveillée. Une page allait changer mon quotidien et me faire dépasser le plus lointain nuage, jusqu’à me tromper d’une paire de chaussures : un pied noir, un autre rouge. Qu’importe ! J’étais journaliste et toutes les pages du pays m’appartenaient. Réprimandée par M.T.A. (Marie-Thérèse Arbid, ancienne chef du service culturel) en tant que poète de service, je dansais partout. Et les lendemains avaient des couleurs grisantes. On aimait tout dans notre journal. Des années passèrent. On écrivait la guerre : le début et la fin. On décrivait la politique, l’art, les espoirs, les peines et les joies. Les années suivaient, mélancoliques et belles....
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