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Pour en savoir plus sur la famille Tabet

Vient de paraître

Les branches de leur arbre généalogique remontent au VIIe siècle, mais toutes sont issues d’un seul et même tronc : l’émir Yaacoub al-Maradi al-Akoury, fils de Tabet al-Maradi, venu du mont Amanus, à l’est d’Antioche.

May MAKAREM | OLJ
28/01/2020

Pour retracer l’histoire de la famille Tabet et son cheminement jusqu’à nos jours, l’historien Ibrahim Michel Tabet, un spécialiste du Moyen-Orient, s’est appuyé sur une longue bibliographie comprenant notamment Saint Maron et l’Église maronite de Fouad Ephrem Boustany, La société du Mont-Liban à l’époque de la révolution industrielle en Europe de Dominique Chevalier et L’encyclopédie des familles maronites de Nazem Nehmé. Il a également puisé dans les ouvrages de Georges Corm et du Père Antoine Daou, de Boutros Dib et de Adel Ismaïl, du comte du Mesnil du Buisson, d’Edmond Rabbat, de Kamal Salibi et de Fawaz Traboulsi. Des archives et souvenirs de famille sont venus compléter ces sources historiques (*).

Les données recueillies ont permis à l’auteur de remonter jusqu’au VIIe siècle et de rattacher ses lointains aïeuls à des nobilités. Surnommés les Marada (les révoltés ou géants), les Tabet, a-t-il établi, étaient des guerriers chrétiens, venus de l’Amanus, une chaîne de montagnes située à l’est d’Antioche. Ils s’étaient joints aux combats des maronites contre les monophysites et avaient fini par se fondre dans cette communauté. Ainsi, dans son livre sur l’histoire du village de Akoura, Mgr Louis el-Hachem signale que la présence des Tabet dans le village remonte au VIIe siècle.

« Leur premier aïeul, l’émir rebelle du Mont-Liban Yaacoub al-Maradi al-Akoury, fils de Tabet al-Maradi, a dirigé le pays de 675 à 695 », affirme l’auteur. De sa lignée sont issus plusieurs rameaux de moqaddams et d’émirs, qui opposèrent une résistance opiniâtre aux conquérants musulmans. L’ancienneté du patronyme Tabet est par ailleurs confirmée par un récit selon lequel un Tabet combattant dans les rangs de l’armée de Fakhreddine II ayant montré une bravoure exceptionnelle, l’émir lui aurait dit : « Tu n’es pas seulement Thabet (« inébranlable ») de nom mais dans tes actes. »

Mes parents les Chidiac

Au fil des pages, l’auteur évoque les relations d’alliance ou de filiation entre les différentes branches de la famille. On apprend ainsi que le titre Chidiac, qui signifie « sous-diacre », conféré par le patriarche à un moqaddam de la famille Tabet, est devenu le patronyme d’une des familles de la lignée des émirs maradaïtes, établie à Hasroun, en 1470. Vient ensuite Raad fils de Khater al-Chidiac Chahine, qui a trois fils : Chamoun, ancêtre de la famille éponyme qui vécut à Hasroun au XVe siècle ; Mikhaïl, ancêtre des Ghorayeb ; et Chidiac. De Chidiac bin Raad sont issus les Khater, les Barakat, les Massaad et la lignée des Tabet de Achkout. Quant à la famille Aghnatios, elle provient de la lignée des Tabet de Ajaltoun.

Mais en raison des ramifications infinies de l’histoire de la famille, l’auteur s’est limité à « parler uniquement de ceux dont la biographie figure dans les livres d’histoire ou sur la Toile, de ceux qui m’ont raconté leurs souvenirs et de mes proches parents, les seuls dont je brosse à grands traits le portrait. Enfin, outre une brève autobiographie, je décris les lieux de mémoire liés à notre histoire ».

Chacun a apporté sa légende

Politiciens, diplomates, religieux, hommes de lettres ou de professions libérales, voilà en gros le profil des Tabet. Parmi eux citons Dr Ayoub Tabet, président de la République libanaise à l’époque du mandat français (18 mars-22 juillet 1943) ; les anciens députés Émile Tabet et Georges bey Tabet, ce dernier ministre de l’Intérieur en 1927 ; Dr Ibrahim Pacha Tabet, médecin personnel du roi Fayçal bin Hussein ; Alfred Tabet, premier président de la cour de justice au Liban ; Mgr Paul Tabet (1920-2009), premier prélat maronite nommé nonce apostolique par le pape et représentant permanent du Vatican à l’ONU ; Antoine Gergés Tabet (1905-1964), un des pionniers de l’architecture moderne au Liban et un des concepteurs du mythique hôtel Saint-Georges construit à la fin des années 1920 ; Karim Khalil Tabet, conseiller du roi Farouk, et son frère Samir Tabet, ancien président de l’Université américaine de Beyrouth. On peut également citer l’historien et juriste Joy Fouad Tabet, professeur de droit constitutionnel et ancien directeur des archives au ministère libanais des Affaires étrangères avec rang d’ambassadeur, et Jad Tabet, actuel président de l’ordre des ingénieurs. Citons aussi Khaled Tabet, franc-maçon, grand maître de la loge du Levant, et le célèbre couturier de l’âge d’or du Liban, Élias Tabet.

Comme l’histoire des Tabet est liée à celle du Liban, l’auteur dessine en filigrane, tout au long des chapitres, les bouleversements politiques et les trois grandes vagues de l’émigration qui ont influencé le destin de ses aïeux et de leurs descendants. Ainsi il narre que, suite à la guerre qui a éclaté entre druzes et maronites en 1860, plusieurs membres de la branche de Deir el-Qamar se sont établis au Caire et à Alexandrie. D’autres, comme Sleiman Eid Tabet, ancêtre de Ramez Tabet, président du Sénat brésilien dans les années 2000, ont posé leurs valises à Kfeir, dans la région de Hasbaya.

D’autres encore se sont installés à Tyr, notamment Anis Tabet, dont le fils Antoine Tabet (1921-2013) est une « figure exemplaire des Libanais de la diaspora ». « Il a brillamment réussi dans le domaine des transports routiers et le développement des infrastructures au Sénégal, en Afrique occidentale et équatoriale. Il a joué un rôle important au sein de la Fondation maronite dans le monde. Son ami Michel Eddé lui avait rendu un vibrant hommage dans L’Orient-Le Jour », rapporte l’auteur.

Premiers maronites à Bhamdoun

Se rapportant à l’ouvrage Bhamdoun, Historical portrait of a Lebanese mountain village de l’historien Kamal Salibi, l’auteur relève que les Tabet sont la première famille chrétienne maronite qui s’est installée à Bhamdoun. Un document transcrivant la première vente de terrain par un druze de la famille Abdel Khalek à un Tabet venant de Akoura date de 1545. Toutefois, tous les Tabet de Bhamdoun ne découlent pas d’un ancêtre commun. Citant toujours Kamal Salibi, l’auteur signale que « tous les maronites qui vinrent s’établir à Bhamdoun adoptèrent le nom des Tabet. En conséquence, les Tabet devinrent un clan composé de branches originairement non apparentées ». À titre d’exemple, les Sakhr Tabet sont originaires d’Alep.

Ibrahim Michel Tabet évoque également la réunion historique à Bhamdoun entre le patriarche Élias Hoayek et le gouverneur militaire turc Jamal Pacha, qui s’est déroulée en juillet 1917 dans la maison d’Ibrahim Khaled bey Tabet (actuellement propriété de Joy Fouad Tabet). Selon les témoignages et les archives de la famille, Zalfa Chamoun (âgée de sept ans à cette époque) et son frère Michel, qui séjournaient chez leur oncle Ibrahim, avaient sollicité du pacha turc le retour de leurs parents déportés par les autorités ottomanes. Jamal Pacha fit revenir d’exil leur père Nicolas Tabet, mais pas leur mère, une Anglaise ressortissante d’une puissance ennemie de la Sublime-Porte . « Elle était sans doute déjà morte », note l’auteur.

Concernant la branche de Beyrouth, Ibrahim Tabet est le premier ancêtre qui figure sur l’arbre généalogique. Il avait quitté Saïda en 1725 pour s’établir à Beyrouth. Plusieurs pages sont réservées à cette branche de laquelle sont issus (pour ne citer que quelques noms) Salim Ayoub Tabet (né en 1858), désigné par le sultan Abdul Hamid pour accompagner l’empereur Guillaume II dans sa visite au Liban et en Syrie en 1898 ; le réalisateur et producteur de cinéma Sylvio Tabet ; les hommes d’affaires Fouad et Nabil Tabet, Kamal et Karim qui exercent le métier de banquiers à New York ; ainsi que Joy Ronald Tabet (Joyli), « le plus important propriétaire terrien de Beyrouth et de sa banlieue ».

Ibrahim Michel Tabet dresse à la fin de son ouvrage un tendre portrait de sa famille et une brève biographie.

(*) « Les Tabet, une histoire de famille, des origines à nos jours », d’Ibrahim Michel Tabet, éditions Antoine.

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Tabet Ibrahim

merci a May Makarem pour ce bel article

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