Nos Lecteurs ont la Parole

La mer à Beyrouth – 1980 à 2000

Serge SEROFF
OLJ
23/01/2020

Années 1980.

Avec le petit-fils d’un des rares pêcheurs vivant à une dizaine de mètres du rivage dans une cahute à même les rochers, nous avions été initiés à la pêche à la ligne.

À l’ouest de l’Université américaine se trouvaient encore des terrains vagues où il y avait une nature foisonnante, laissée à l’abandon. On pouvait aller y couper des roseaux pour en faire des cannes à pêche. Une fois la canne complétée, on allait se poster sur les rochers en contrebas de la corniche publique. On pouvait pêcher du menu fretin, des pièces de 10-12 cm. Je ne me rappelle pas en avoir ramené à notre maison pour les cuisiner. C’est plutôt notre compagnon qui les récupérait pour son compte.

Mon frère, qui passait le clair de son temps dans les rues du quartier, nous avait raconté qu’un jour, ils avaient retiré de l’eau des caisses entières de cigarettes américaines. Sans doute la cargaison d’un bateau de contrebandiers arraisonné par la police, qui avaient été contraints de les balancer par-dessus bord. Mon frère s’était retrouvé à les revendre à des marchands en divers points de la ville.

En 1999, le rapport à la mer a changé. La corniche, promenade publique, est très fréquentée été comme hiver par divers publics et selon les heures de la journée et de la nuit. Au moment du ramadan, j’y ai même vu une femme voilée un peu potelée, en tenue de jogging et voile blanc sur la tête, faire son footing à 3h1/2 du matin, avant le dernier repas de la nuit.

En été, il est courant de voir des hommes se prélasser sur les rochers et se baigner. Pas de femmes en maillot dans cet espace public. Il y a beaucoup de groupes. Beaucoup de jeunes. Certains en shorts, d’autres en slips presque transparents…

Plus à l’est, du côté de Aïn el-Mreïsseh, ce sont plutôt les loulous qui font le spectacle. Ils prennent leur élan dans la largeur du trottoir, puis bondissent par-dessus la rambarde, pour plonger, quatre mètres plus bas, en faisant le saut de l’ange, suivi d’un plaf sonore.

L’hiver, c’est un peu différent. De chez nous, à quelques centaines de mètres du rivage à l’intérieur des terres, on sait que, si le vent souffle du nord, il fera froid, chargé des températures marines. Quand il fait mauvais temps, la mer se teinte de vert et le ciel est d’un gris sourd qui se fond à l’horizon.

Profitant des accalmies après les tempêtes, les gens vont faire quelques pas sur la corniche pour profiter des embruns. Certains restent au chaud dans leurs voitures. Les plus téméraires s’aventurent près de la rambarde, craignant par moments d’être éclaboussés par une grosse vague qui aura traversé les rochers et se sera écrasée sur le mur de soutènement dans une grande gerbe blanche.

Les jours de tempête, un restaurant qui se trouve vraiment les pieds dans l’eau est complètement inondé par les assauts successifs des vagues.

Après les tempêtes, il n’est pas rare de voir apparaître rapidement les pêcheurs à la ligne. Ils se disputent les meilleurs emplacements près des bouches d’égouts. Sans doute les poissons y sont attirés et en plus grand nombre. C’est assez dégoûtant de penser qu’ils sont pleins d’éléments sales ingérés dans ces lieux.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

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