Nos Lecteurs ont la Parole

La plaine de l’oubli

par Pascale STéPHAN
OLJ
22/01/2020

Le mythe d’Er le Pamphylien raconté par Platon dans son livre La République trouve sa meilleure adaptation dans la renaissance libanaise.

Les Libanais, peuple vertueux, ont payé un lourd tribut à la guerre, qui a sévi de longues années, en termes de pertes humaines et de blessés, de handicapés et d’exilés, de familles séparées et d’une infinité de cœurs brisés.

L’interventionnisme des pays étrangers et leurs ingérences dans leurs affaires nationales, ce peuple les a subis pour de longues années. Cela lui a assurément prouvé qu’il était facile de les partager et de les monter les uns contre les autres.

La guerre civile et l’occupation de leur pays ont meurtri et martyrisé les Libanais. L’asservissement auquel ils ont été assujettis les a alertés, réveillés et aidés à mieux choisir leur renaissance.

Les Libanais ont choisi finalement. Et ça leur a pris du temps. Ils ont choisi dans le processus de leur métempsycose de se réincarner en un peuple libre, uni, fort et héroïque qui veut maîtriser sa vie, son avenir et son destin, dans une nation solidaire qui s’enorgueillit d’eux et à laquelle ils seront fiers d’appartenir.

Ils ont choisi de renaître, dans un pays libéré de toutes contraintes, dans une démocratie qui se respecte avec des députés qui les représentent. Des députés élus pour leur programme et leur capacité à faire avancer le pays et être au service du peuple, avec des élections transparentes. Ils ont choisi de ne pas continuer avec des députés momifiés, corrompus et qui ne représentent qu’une fraction minime du peuple. Cette fraction qui veut continuer à appartenir à tel homme politique ou à tel autre, et pire, à tel pays étranger ou à tel autre.

Renaître aussi avec des ministres et des dirigeants choisis pour leur compétence à moderniser et à gérer le pays, à trouver des solutions adaptées aux problèmes récurrents qui jaillissent quotidiennement et qui rendent leur vie très compliquée et très dure.

Ils ont choisi également d’enrayer l’image ternie que les autres pays ont du Liban et des Libanais en général et de la remplacer par une autre plus glorieuse, plus rayonnante et dans laquelle ils se reconnaissent et à partir de laquelle ils se projettent.

Ils ont fait le choix aussi de doter leur pays d’une nouvelle Constitution plus dynamique, plus moderne et parfaitement adaptée à leur pugnacité et à leur intelligence.

Ils ont choisi aussi d’honorer la femme et de lui permettre de s’épanouir dans l’égalité avec l’homme.

Après avoir choisi le modèle tant désiré de leur réincarnation, ils ont fait le passage volontaire de la plaine de l’oubli, là où ils devraient boire de l’eau des fleuves qui s’y trouvent, pour graduellement perdre le souvenir de leur vie d’avant, le souvenir de ce qui s’était passé dans leur pays, les atrocités et les monstruosités qu’ils ont connues et subies, durant la guerre et après ; dans le seul but de renaître à nouveau. Renaître à zéro.

Ils ont oublié les raisons de leurs divisions qui sont dues à leur appartenance aux différentes religions et aux différents partis politiques non démocratiques et qui sont, malheureusement, subordonnés à la volonté de dictateurs et de pays étrangers.

Ils ont oublié aussi des années d’occupations étrangères avec leurs histoires de barrages posés à chaque coin de rue, pour les surveiller et vérifier, non sans méchanceté, leurs papiers et leur identité, les intimider et les traiter de tous les noms dans le dédain et l’insolence ! Sans oublier de mentionner les détours imposés et les heures perdues dans l’attente parce qu’un minime soldat étranger et dérangé a voulu expressément leur rendre la vie difficile et intolérable.

Oubliés, oui et encore, les disparitions mystiques et les attentats en série perpétrés contre leurs jeunes, leurs intellectuels, leurs hommes politiques; les calamités et la disgrâce dans lesquelles ils baignaient. La misère et le malheur de tout un village dont le fils a disparu sur un barrage sans retour et sans explication aucune.

Oubliées les années noires dans lesquelles ils étaient emprisonnés et arrachés à leur liberté, lorsque l’interdiction d’exprimer leurs opinions et de libérer leur parole faisait loi et coutume, puisque, disait-on, les murs avaient des oreilles.

Ils ont tout oublié de ce passé méprisable, dégradant et déshonorant pour se révolter ensemble, unis, invincibles et puissants, pour renaître à nouveau, renaître dans la liberté et vivre leur réincarnation comme ils le méritent, baignés dans l’amour de leur pays.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

À la une

Retour à la page "Nos Lecteurs ont la Parole"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Chucri Abboud

Texte édifiant .L'on est en droit de se demander si cette indépendance dont nous nous sommes longtemps prévalus a été ou non profitable au pays , surtout du temps de la création de l'entité sioniste où la présence de l'armée française , si elle etait encore au Liban, aurait empêché le déferlement des réfugiés palestiniens qui ont changé la donne !

Dernières infos

Les signatures du jour

Un peu plus de Médéa AZOURI

C’est tous les jours dimanche

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'OLJ vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants