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Nos lecteurs ont la parole - Carine Chamoun Chammas

Adieu 2019

Voici que l’année 2019 est terminée… Et Dieu qu’elle a été longue mais riche en émotions de toutes sortes ! Un véritable jeu de montagnes russes. Toute l’année nous l’avons traînée comme un boulet. Nous avons vu dans nos quartiers des commerces péricliter, des marchandises se raréfier puis des rideaux se tirer. Nous avons vu des pancartes « à louer » fleurir à foison sur des locaux auparavant occupés. Nous avons vu apparaître, à la nuit tombée, des hommes et des femmes qui se sont emparés des poubelles et quelques-uns se sont même appropriés les porches des églises et les dessous de ponts. Nous avons vu ces poubelles déborder les rues et empester des quartiers entiers, nous avons vu des feux avaler des restes de forêts, des torrents d’eau mêlés aux égouts dévaler nos ruelles et arracher les pellicules d’asphalte…

Progressivement la morosité, le découragement et l’abattement ont envahi nos esprits. Et nous, un peuple connu pour sa résilience et son sens de l’initiative, nous nous sommes enfoncés dans la déprime.

Jusqu’à ce jour du 17 octobre. Comme un dormeur qui se fait piquer par une guêpe. Le corps libanais a sursauté, a tremblé, a retrouvé sa vitalité et son énergie. Sans passer par la case convalescence, ce corps s’est mis à ruer dans les brancards… Ses membres qui, hier encore, se désolidarisaient les uns des autres, chacun tirant le drap à lui, se sont mis à vibrer à l’unisson. Des ondes de chaleur et de vitalité l’ont envahi…

Et le corps a réclamé la décapitation… Cette tête qui le mène depuis des décennies, il n’en veut plus. Ce cerveau malade, délirant, montant conspirations, manigances et magouilles, appelant à la discorde, agitant le spectre de la guerre, sortant de la mémoire des images de guerre, de massacres et de famine, il n’en veut plus. Alors il trépigne, il scande, il hurle.

Certes, parfois un membre s’échappe, fait bande à part, bouillonne et enrage dans son coin. Il réclame sa singularité. Il se sent menacé dans son intégrité, jusque dans sa plus petite cellule et même dans son essence fondatrice. Alors il menace, insulte, brandit la menace de la sédition et de la gangrène.

Les autres tiennent bon, tempèrent, font baisser la fièvre. Ils sentent de toutes leurs fibres que toutes les cellules du corps sont à l’unisson de leur révolte. Et quelque part, ils savent aussi que ce frère qui menace d’amputation est conscient d’un fait irréfutable : alors qu’un corps amputé garde à jamais le souvenir douloureux du membre perdu, celui-ci est voué immanquablement à la mort.

En ce début d’année, le corps est au repos. Il respire ses enfants de retour au bercail, il berce ceux qui souffrent de froid, de faim et de solitude. Il reprend peu à peu de l’énergie. Et il se promet d’entamer l’année bon pied bon œil. Il veut du sang neuf, du sang pur, du sang jeune. Et surtout il veut une tête bien faite, bien pleine et bien tournée. Pour la nouvelle année, c’est une promesse.

Le Phénix couve sous les cendres. Il est prêt à prendre son nouvel envol…

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Voici que l’année 2019 est terminée… Et Dieu qu’elle a été longue mais riche en émotions de toutes sortes ! Un véritable jeu de montagnes russes. Toute l’année nous l’avons traînée comme un boulet. Nous avons vu dans nos quartiers des commerces péricliter, des marchandises se raréfier puis des rideaux se tirer. Nous avons vu des pancartes « à louer » fleurir à foison sur des locaux auparavant occupés. Nous avons vu apparaître, à la nuit tombée, des hommes et des femmes qui se sont emparés des poubelles et quelques-uns se sont même appropriés les porches des églises et les dessous de ponts. Nous avons vu ces poubelles déborder les rues et empester des quartiers entiers, nous avons vu des feux avaler des restes de forêts, des torrents d’eau mêlés aux égouts dévaler nos ruelles et arracher...
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