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Nos lecteurs ont la parole - Lina Sinno

Notre nouveau « Yes man ! »

... Après maints conciliabules, tergiversations et allers-retours, le bloc du 8 Mars a, en une volte-face et comme dans un tour de magie, tiré de son chapeau le nom de Hassane Diab, nous parachutant ainsi au lendemain de la décision de Saad Hariri de briguer sa propre succession un candidat inattendu, mal connu de tous et ardemment plébiscité par ces « apparatchiks » qui se réunissent en coulisses !

Vous qui nous échauffiez les oreilles et serviez à toutes les sauces votre « mithakiyeh » – sorte de jurisprudence à l’accord de Taëf –, comment consacrez-vous ce poste à un candidat qui n’a eu sur 27 sièges sunnites que six votes, soit moins que 5 % des 128 voix au total ? Pis encore, comment lui-même, par respect de la volonté de la Chambre, donc par ricochet au peuple, peut-il accepter cette nomination alors que, sans compter les votes blancs, sa propre communauté a si maigrement votée pour lui? Cela annonce d’emblée l’acabit du personnage, ainsi que la couleur et les allégeances de son futur cabinet si ce dernier réussit à voir le jour !

Cela ne fut pas une surprise de récolter ce nouveau « Yes man » du CPL, d’Amal, du Hezbollah et de leurs alliés du moment où ces derniers sont majoritaires à la Chambre et y occupent plus de 62 sièges ! Nous ne pouvons donc aspirer à un Premier ministre qui nous ressemble, qui nous assimile et qui épouse la cause de notre soulèvement, avant d’aller à de nouvelles élections, de préférence anticipées. Hassane Diab se dit et se veut indépendant, et assure que rien ne sera plus comme avant le 17 octobre, promettant d’être à l’écoute des manifestants et de satisfaire leurs doléances. Mais petite question technique : est-ce bien lui, ce nouveau Premier ministre, qui est en train de s’adresser en personne pour la première fois, sincèrement et ouvertement, à son peuple, ou bien est-ce le chef du protocole qui lui a servi en fast-food ces quelques pages bidon qu’il a lues en sortant de chez le président de la République puisqu’il n’aurait pas eu le temps de les écrire lui-même, à moins qu’il ne l’ait fait plus tôt, ce qui est pire, car ça ne fait que prouver que sa désignation a été bel et bien ourdie d’avance... Mais comme il est trop tôt pour ce procès d’intention, voyons d’abord avec quel doigté et par quelles stratégies, si elles se trouvent, ce nouvel académicien va nous soustraire à cette impasse.

C’est certes un négociateur de l’étoffe d’un Nawaf Salam ou de la trempe d’un Rand Ghayad qu’on aurait aimé voir accéder à la tête du gouvernement puisque ceux-ci sont, tour à tour, de par leurs profils de diplomate et d’économiste, largement plus habilités à résorber cette crise aiguë. Mais puisque l’on nous a mis devant le fait accompli, donnons à M. Diab le bénéfice du doute, et donc le temps de faire ses preuves et d’appliquer de façon tangible le texte si prometteur formulé lors de sa désignation. Et donnons aussi une chance au pays qui va de toute façon à la dérive. Réjouissons-nous, si nous avons encore le luxe de bénéficier du facteur temps, de pouvoir nous laver les mains de cette désignation car ce sera un mandat ministériel que nous n’avons ni choisi ni avalisé.

Pour l’instant, l’on ne peut que donner du temps au temps en espérant que M. Diab ne soit pas dans le déni comme ses confrères, qu’il soit armé de suffisamment de vision, se faisant un point d’honneur d’agir vite et dans la bonne direction, et surtout librement, loin de tout nespotisme, sans que les uns et les autres ne puissent le mener ou lui forcer la main en coulisses !

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

... Après maints conciliabules, tergiversations et allers-retours, le bloc du 8 Mars a, en une volte-face et comme dans un tour de magie, tiré de son chapeau le nom de Hassane Diab, nous parachutant ainsi au lendemain de la décision de Saad Hariri de briguer sa propre succession un candidat inattendu, mal connu de tous et ardemment plébiscité par ces « apparatchiks » qui se réunissent en coulisses ! Vous qui nous échauffiez les oreilles et serviez à toutes les sauces votre « mithakiyeh » – sorte de jurisprudence à l’accord de Taëf –, comment consacrez-vous ce poste à un candidat qui n’a eu sur 27 sièges sunnites que six votes, soit moins que 5 % des 128 voix au total ? Pis encore, comment lui-même, par respect de la volonté de la Chambre, donc par ricochet au peuple, peut-il accepter...
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