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Nos lecteurs ont la parole - Lina Sinno

Donner, c’est recevoir ! (l’abbé Pierre)

Il y a près de deux mois, voyant la gêne et le désespoir dans lesquels se démène le Libanais, Nawal Méouchi et sa fille Asma Andraos avaient déjà pris leur décision : « Ce Noël, pas de banquet de famille, pas de cadeaux entre nous, nous allons à la place de ces dépenses farfelues proposer aux proches et amis de contribuer à offrir un mégadîner au cœur de la capitale pour partager Noël à notre façon avec tous les Beyrouthins, leur communiquer un air de fête et mettre, le temps d’un repas consistant, d’un jellab et d’une tranche de bûche un peu de chaleur dans leur cœur ! »

Mardi 23 décembre. Avant-veille de Noël. Place des Martyrs. 15 heures. Plus de 400 volontaires et organisateurs, dont plusieurs dames de la société, sont au rendez-vous, mettant à qui mieux mieux de leur sien dans les menus détails, ravis et non moins enthousiastes de recevoir sous peu leur quelque mille deux cents convives ! Sous le sapin de la Thawra, des chaises et des tables écolos sont en train d’être dressées; les uns enroulent le couvert dans des serviettes recyclables, les autres assurent gobelets, assiettes, cruches d’eau sur les tables. Un groupe s’affaire à disposer, en jolies touches, girofles et roses de couleur dans des bouteilles, un autre à allumer, la nuit tombée, des bougies placées dans des pots en verre... Toute une gestuelle empreinte d’entraide, de convivialité et de bonne humeur et, cerise sur le gâteau, une météo clémente en cette douce soirée où pour rendre cette ambiance encore plus intimiste, encore plus magique, chant du muezzin et cloches des églises n’hésitent pas à s’enlacer, se donnant tour à tour la réplique !

18 heures. L’équipe de Kamal Mouzawak au grand complet a amenagé sur des tréteaux une cuisine en bordure des tables. Hommes et femmes aux fourneaux, dont l’adorable Dani Megarbané en tablier « Tawlé » et filet sur la tête, font tinter les casseroles pour annoncer qu’ils sont fin prêts à combler les papilles des premiers venus, notamment d’un frik au poulet rehaussé de châtaignes et d’amandes découpées en lamelles.

Émerveillées et émues, des personnes de tous les âges avancent timidement ayant peine à croire qu’ils s’harmonisent avec ce décor, ayant peine à croire que ces gâteries sont préparées et offertes exclusivement à leur intention : Est-ce vrai ? Ils ne sont donc pas oubliés ! Quelqu’un a pensé à eux, quelqu’un a pensé à leur dessiner un sourire en cette période de la Nativité !

Fiers, certains insistent à dîner un peu en retrait de la foule et hors des objectifs des caméras ; d’autres n’arrivent pas à avaler un morceau sans prendre avec eux une ou deux portions afin de faire goûter au reste de leur tribu le même plaisir. Et ceux qui se décident enfin à s’installer font de grands gestes, ponctuant leurs bouchées de : « Que c’est bon ! Que c’est beau ! Que Dieu vous garde ! Que Dieu vous protège ! »

Hallucinantes cette grandeur d’âme et cette « satiété » chez ces personnes pourtant privées des besoins les plus essentiels de la vie !

[...] Prions pour que ces mains blanches – qui ont réussi à récolter la coquette somme de 26 000 dollars dont la moitié a été versée pour ce dîner et l’autre pour des colis alimentaires aux manifestants tripolitains – continuent de nous surprendre de la sorte ; pour que des initiatives de tables ouvertes et autre solidarité du genre se perpétuent et que ce « 3acha el-3eed » devienne désormais une tradition tous les Noëls.

Il n’y a tel émoi que de voir danser un cœur solitaire, d’effleurer de l’espoir et de la gratitude dans le regard de celui qu’on accueille, qu’on attable, qu’on couvre d’attention et que l’on sert quand c’est lui-même qui ne s’est jamais lassé ou plaint de l’avoir fait généreusement et pendant si longtemps pour nous !

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Il y a près de deux mois, voyant la gêne et le désespoir dans lesquels se démène le Libanais, Nawal Méouchi et sa fille Asma Andraos avaient déjà pris leur décision : « Ce Noël, pas de banquet de famille, pas de cadeaux entre nous, nous allons à la place de ces dépenses farfelues proposer aux proches et amis de contribuer à offrir un mégadîner au cœur de la capitale pour partager Noël à notre façon avec tous les Beyrouthins, leur communiquer un air de fête et mettre, le temps d’un repas consistant, d’un jellab et d’une tranche de bûche un peu de chaleur dans leur cœur ! » Mardi 23 décembre. Avant-veille de Noël. Place des Martyrs. 15 heures. Plus de 400 volontaires et organisateurs, dont plusieurs dames de la société, sont au rendez-vous, mettant à qui mieux mieux de leur sien dans les...
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