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Nos lecteurs ont la parole - Par Alexandre Reverdi

Message à un régime corrompu

J’ai beau avoir grandi au Liban…

J’ai beau m’identifier à ma mère, à ma famille libanaise et aux épreuves qu’ils ont traversées pendant les années de guerre…

J’ai beau rire devant Georges Khabbaz, chanter du Fairuz et danser la dabké…

J’ai beau lire l’intégrale de Gebran Khalil Gebran…

Rien n’y fait.

Je ne voterai jamais au Liban.

L’État libanais ne me reconnaît pas comme un des siens.

Je n’existe à ses yeux qu’au travers de la longue liste de « visas touristes » qui s’accumulent sur mon passeport étranger.

Aujourd’hui avec cette révolution, le peuple libanais m’offre un théâtre d’expression citoyenne. Dans la rue, au milieu des manifestants, je partage les mêmes colères, les mêmes rêves. Je ne fais qu’un avec mes frères et sœurs libanais. Ma voix compte.

Mais parce que je ne vis plus au Liban, je ne peux pas participer à ces manifestations. Cet espace d’expression qui me permettrait d’être un Libanais comme un autre m’échappe. Et c’est terriblement frustrant.

Frustrant parce que je sais que je ne prends pas part à un moment de communion populaire. Un moment qui va rassembler et marquer à jamais ceux qui l’ont vécu. Un moment de solidarité citoyenne, de renforcement de ce sentiment d’appartenance à une même communauté de destin… Et moi je ne le vis pas. Je sens grandir encore et toujours cette distance avec mon pays, ma famille, mes amis.

Alors oui, tu pourras toujours me dire que c’est moi qui ai choisi cette distance et que je reste responsable de mes décisions.

Mais aujourd’hui, si je veux être en paix avec moi-même, il faut que je sois honnête avec toi. Il faut que j’exprime ma frustration, ma colère et ma haine à ton égard.

Toi, régime corrompu, qu’as-tu fait pour me retenir dans mon pays ?

C’est toi, et tes lois injustes, qui as nié mon droit à la nationalité.

C’est toi qui, dépourvu de toute compassion, ne te rends pas compte que tu me blesses quand tu vas chercher des personnes n’ayant jamais mis les pieds au Liban et qui ne te connaissent même pas pour leur offrir la nationalité.

C’est toi qui m’as poussé à m’exiler dans un pays où je n’avais jamais vécu, mais où l’État a quand même pris en charge toutes mes années d’études, sans que j’aie à mendier une quelconque reconnaissance de sa part.

C’est toi qui rivalises d’incompétence pour que chaque retour au Liban me permette de voir tes failles : poubelles, pollution, électricité, eau…

C’est toi qui me fais vivre dans une inquiétude constante et déchirante, quand je sais que tu confrontes ma famille aux difficultés économiques, quand je sais que tu laisseras tous les membres de ma famille dépendants et démunis dans la vieillesse et la maladie, quand je sais que tu les exposes chaque jour à la guerre et à la violence.

Alors sois sûr que la colère que tu vois dans les rues du Liban, tu la trouveras partout dans le monde. Partout tu seras harcelé et combattu, jusqu’à ce que ta page soit tournée.

Aujourd’hui, plus que jamais, je souhaite te voir disparaître, toi régime corrompu et dépassé.

Aujourd’hui plus que jamais, je me sens libanais.

Un étranger dans son propre pays

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

J’ai beau avoir grandi au Liban… J’ai beau m’identifier à ma mère, à ma famille libanaise et aux épreuves qu’ils ont traversées pendant les années de guerre… J’ai beau rire devant Georges Khabbaz, chanter du Fairuz et danser la dabké… J’ai beau lire l’intégrale de Gebran Khalil Gebran… Rien n’y fait. Je ne voterai jamais au Liban. L’État libanais ne me reconnaît pas comme un des siens. Je n’existe à ses yeux qu’au travers de la longue liste de « visas touristes » qui s’accumulent sur mon passeport étranger. Aujourd’hui avec cette révolution, le peuple libanais m’offre un théâtre d’expression citoyenne. Dans la rue, au milieu des manifestants, je partage les mêmes colères, les mêmes rêves. Je ne fais qu’un avec mes frères et sœurs libanais. Ma voix compte.Mais parce...
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