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Moyen Orient et Monde - Irak

Les partis négocient un nouveau Premier ministre, la rue le refuse déjà

Une manifestante irakienne pose devant un graffiti à Najaf. AFP/Haidar Hamdani

À la veille de la date butoir pour désigner un Premier ministre en Irak, les partis se disputaient hier autour de trois candidats, tous issus du sérail, alors que la rue qui veut renverser l’ensemble du système s’entiche d’un trublion du Parlement.

Le président de la République Barham Saleh a jusqu’à ce soir minuit pour désigner un remplaçant à Adel Abdel Mahdi, tombé après deux mois d’une révolte inédite qui se poursuit malgré la répression, les assassinats, les enlèvements et autres intimidations. Depuis des semaines, de nombreux noms ont fuité et, aussitôt, les portraits de ces politiciens sont apparus sur des posters géants affichés sur la place Tahrir – épicentre de la contestation qui secoue l’Irak depuis deux mois et demi –, leur visage barré d’une grande croix rouge. Les protestataires, qui forment ce mouvement spontané et inédit, veulent une refonte totale du système politique installé en 2003 à la chute de Saddam Hussein et un renouvellement complet de leur classe politique qu’ils jugent corrompue et incompétente. Aujourd’hui, trois hommes semblent toujours en lice après maintes réunions des chefs de parti et autres patrons de groupes parlementaires.

Iranien ou Américain ?

Qoussaï al-Souheil, ministre démissionnaire de l’Enseignement supérieur, est, depuis plusieurs semaines, présenté par de nombreux responsables comme le candidat de l’Iran, influent voisin dont le puissant émissaire, le général Kassem Soleimani, préside aux négociations. M. Souheil, ancien ténor du mouvement du leader chiite Moqtada Sadr, a rejoint le bloc de l’« État de droit » de l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki – proche de l’Iran et grand ennemi de Sadr – et semble avoir pris l’avantage. Mais la roue tourne vite sur le marché gouvernemental irakien : il y a quelques heures encore, le grand favori était Mohammad al-Soudani, 49 ans, ancien ministre et ex-gouverneur d’une province du Sud aujourd’hui en proie aux manifestations et aux violences.

Or, selon des sources à Najaf où siège le grand ayatollah Ali Sistani, figure tutélaire de la politique irakienne, M. Soudani n’a pas été reçu quand il s’est présenté il y a quelques jours pour être adoubé par Sistani. Face à une rue intransigeante, le grand ayatollah de 89 ans, plus haute autorité religieuse de la plupart des chiites d’Irak, a déjà annoncé ne pas vouloir être mêlé à la formation du prochain gouvernement, pour la première fois. Un troisième homme est évoqué : le chef du renseignement Moustafa al-Kazimi, un travailleur de l’ombre présenté comme l’homme des Américains. C’est cette carte que M. Saleh garde en main, assurent plusieurs responsables politiques. Formellement, c’est la « plus grande coalition » au sein du Parlement qui doit présenter un candidat au président, lequel soumet ensuite son nom au vote des députés. Mais, jusqu’ici, ni le président ni le Parlement n’ont indiqué quelle était cette coalition.

Si le Parlement ne vote pas sa confiance au candidat dont le nom aura émergé après les tractations entre partis, alors le président a constitutionnellement le droit d’en nommer un lui-même. Autre coup de théâtre possible : si aucun candidat n’est désigné et que le poste de Premier ministre reste vacant aujourd’hui à minuit, M. Saleh l’occupera de fait à partir de ce moment-là selon la Constitution. « Il mise sur une action de dernière minute », assure un responsable politique.

« Le pouvoir ne fait qu’échanger les postes entre les mêmes personnes, comme s’il jouait aux échecs », accuse ainsi Hussein Ali, manifestant de 23 ans sur Tahrir. « Ni Soudani ni Souheil ne nous représentent, moi je les refuse et toute la place Tahrir aussi », poursuit-il.

« On les a déjà testés et on n’en veut plus », renchérit Oum Mohammad, une manifestante quinquagénaire. « On veut un Premier ministre qui vient du peuple, quelqu’un qui manifeste ici avec nous. »

Source : AFP

À la veille de la date butoir pour désigner un Premier ministre en Irak, les partis se disputaient hier autour de trois candidats, tous issus du sérail, alors que la rue qui veut renverser l’ensemble du système s’entiche d’un trublion du Parlement.Le président de la République Barham Saleh a jusqu’à ce soir minuit pour désigner un remplaçant à Adel Abdel Mahdi, tombé après deux mois d’une révolte inédite qui se poursuit malgré la répression, les assassinats, les enlèvements et autres intimidations. Depuis des semaines, de nombreux noms ont fuité et, aussitôt, les portraits de ces politiciens sont apparus sur des posters géants affichés sur la place Tahrir – épicentre de la contestation qui secoue l’Irak depuis deux mois et demi –, leur visage barré d’une grande croix rouge. Les protestataires, qui...
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