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Nos Lecteurs ont la Parole - Caroline TORBEY

Vulve la Rêvolution !

Samedi 14 décembre : les forces de l’ordre arrosent les manifestants dans le centre-ville de Beyrouth. Anwar Amro/AFP

« Il n’y a que la Lune qui a le courage de faire une pleine révolution autour de la Terre. » Pierre Donnadieu

Quiconque pénètre dans ce monde le fait via une porte très singulière, une embrasure chaude comme l’amour, douce comme l’espoir mais angoissante comme l’inconnu. Cette ouverture vers la vie terrestre n’est autre que la barrière entre le flou du cosmos et la clarté. De même que la vulve est la porte d’entrée dans ce monde, Thawra évoque le passage vers un Liban avéré, l’ouverture qui mène à la victoire contre la corruption, la naissance bien méritée d’une ère prospère, saine et florissante pour les Libanais. Thawra est libanaise. Elle est née le 17 octobre 2019, propulsée par des contractions insoutenables provoquées par l’annonce d’une nouvelle taxe que sa mère patrie ne pouvait plus supporter. Elle n’a pas de religion ou, plutôt, elle est toutes les religions. Elle n’habite nulle part et partout à la fois, même si sa maison de cœur, celle pour laquelle elle se soulève, c’est le pays du Cèdre.

Thawra est belle dénudée comme voilée, peau lisse ou ridée, claire ou basanée, immaculée ou tatouée, intacte ou percée. Citadine tout droit sortie de son quartier huppé ou banlieusarde aux fins de mois difficiles, propriétaire à la campagne ou locataire à la montagne, elle n’a d’appartenance que sa Terre. Avocate ou médecin, éducatrice ou maîtresse d’école, couturière ou banquière, femme d’affaires ou fleuriste, artiste peintre ou illustratrice, grand-mère ou tout simplement mère au foyer, Thawra est au front pour défendre sa patrie. Thawra est une gardienne, une louve qui veille sur ses louveteaux révoltés hurlant leur famine devant des rapaces qui dévorent toute la nourriture. Thawra est une combattante qui brandit pour seules armes quelques fleurs d’automne, elle symbolise le cordon ombilical qui protège l’ange du démon lors des manifestations. Thawra est une psychologue qui transforme colère et provocations en marches pacifiques et chaînes humaines. Thawra est une poétesse créative qui scande des slogans inébranlables pour transpercer les esprits des plus corrompus. Thawra est une travailleuse courageuse, employée ou patronne, qui risque son salaire pour espérer faire mieux vivre sa famille.

Thawra est une mobilisatrice qui motive et redonne le moral aux troupes quand le découragement se fait sentir. Thawra est une épouse qui épaule son mari dans cette période difficile. Thawra est une célibataire qui se démène pour redevenir une femme courtisée, désirée par des hommes partis travailler ailleurs et qui ne sont plus que, malgré eux, des touristes dans leur propre pays. Thawra n’a peur de rien. Elle affronte dignement ce qui vient barrer son passage. D’ordinaire si discrète, si timide, si effacée, elle s’est imposée comme le véritable surhomme de cette révolution. Elle est le pilier du mouvement de contestation de par ses initiatives bravement mises en place tantôt pour aider les plus démunis à affronter l’hiver rude qui s’installe, tantôt pour mettre en place des mesures de sécurité face aux intempéries que notre classe politique est incapable de gérer, pour ravitailler la population en médicaments ou encore pour planifier et se débrouiller sans l’aide (jamais vue d’ailleurs) des incapables de la haute.

Ce billet n’est pas une ode féministe pour clamer la supériorité de la gent féminine. Rien de tout ce que nous vivons en ce moment n’aurait pu être possible sans nos hommes qui sont le second pilier de la révolution. Ces mots expriment simplement ma gratitude envers les femmes libanaises habitant au Liban et celles de la diaspora qui mobilisent leur force et leur courage face aux évènements tragiques que le Liban traverse pour la cause que nous connaissons tous et dont je ne parlerai pas (ce serait mettre en lumière ceux qui ne méritent même pas l’ombre).

Pour être utile, il faut être fort, et la force de la révolution, ce sont les femmes. Chacune d’entre nous a quelque chose à donner, chacune a une arme à brandir, une clé qui ouvre les portes de la victoire. Les unes cuisinent, d’autres chantent, dansent, écrivent, certaines se relaient au front ou viennent en aide aux plus démunis. Que je suis fière d’être née Ève. On dit que les femmes changent d’humeur avec la Lune, or « il n’y a que la Lune qui a le courage de faire une pleine révolution autour de la Terre ». D’ailleurs, si j’étais née Adam, j’aurais troqué mon destin contre celui d’une femme libanaise, une lune aux allures de diva, une héroïne de tout éclat, une supernova qui se prénomme Thawra. Vulve la révolution !

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.


« Il n’y a que la Lune qui a le courage de faire une pleine révolution autour de la Terre. » Pierre Donnadieu Quiconque pénètre dans ce monde le fait via une porte très singulière, une embrasure chaude comme l’amour, douce comme l’espoir mais angoissante comme l’inconnu. Cette ouverture vers la vie terrestre n’est autre que la barrière entre le flou du cosmos et la...

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