Exposition

Mais qui sont ces gens qui habitent aux frontières du Liban ?

Le photographe Hussein Baydoun et le chercheur Daniel Meier sont allés à la rencontre de Libanais et d’étrangers qui résident dans les coins les plus reculés du pays.

Abou Yasser, 72 ans, est issu de Khiam, dans le sud du pays. Il n’est rentré dans son village natal qu’en 2000, après le retrait des troupes israéliennes. Photo Hussein Baydoun

Ils s’appellent Hamad, Yehya, Majed, Claudia ou Roberta. Ils vivent à Ersal, Abboudiyé, Wadi Khaled, Khiam ou encore Qlayaa. Certains ont toujours vécu à la frontière, d’autres ont débarqué avec le début de la guerre syrienne. Ces habitants des localités frontalières font l’objet d’un projet réalisé par le photographe de presse Hussein Baydoun et le chercheur Daniel Meier. Leurs photos et récits sont à découvrir jusqu’à ce soir (19h) à Dar el-Nimer, dans le quartier Clemenceau à Beyrouth, dans le cadre de l’exposition « Borderlanders ».

Pendant sept mois, Hussein Baydoun et Daniel Meier ont écumé les régions frontalières libanaises, du nord au sud, à la rencontre des Libanais et des étrangers qui y résident. Ils sont revenus avec des histoires d’hommes et de femmes dont la vie de tous les jours est marquée par leur appartenance géographique, des gens qui doivent souvent faire face à beaucoup de préjugés.

« Les médias ne vont aux localités frontalières que lorsqu’il y a des problèmes dans ces régions. C’est à partir du 17 octobre (date du début de la contestation populaire) qu’ils ont commencé à s’intéresser aux gens qui vivent aux extrémités du pays », estime Hussein Baydoun, qui a documenté une vingtaine de portraits de Libanais, Palestiniens et Syriens lors de ses nombreux allers-retours vers la frontière. « Ceux qui vivent dans les régions situées à la frontière passent la plupart de leur temps à se justifier. Dans le Sud, ils vous diront : “Nous ne sommes pas des collaborateurs (avec l’État hébreu).” Au Nord, ils vous expliqueront qu’ils ne sont pas des islamistes. Ils veulent tout le temps montrer qu’ils sont patriotes, à cause des préjugés qui circulent à leur propos », constate le photographe.


« La frontière n’est pas une entité unique »
Daniel Meier, docteur en sociologie politique, évoque également une dimension politique que la frontière tend à imposer aux habitants, malgré eux. « Dans le Sud, on constate que les gens ressentent le poids de l’occupation israélienne qui a eu lieu ainsi que le poids de la résistance (du Hezbollah). Au Nord, les habitants sunnites frontaliers de la Syrie peuvent avoir des problèmes avec les autorités syriennes », explique-t-il à L’Orient-Le Jour. « Les habitants de ces régions subissent davantage les lois et contraintes des frontières. Ils peuvent également profiter des opportunités qui leur sont offertes lorsque les frontières sont ouvertes », souligne le chercheur. « La frontière n’est pas une entité unique de bout en bout, mais c’est une série d’espaces locaux avec leur propre type d’interaction avec les gens de l’autre côté, avec lesquels on entretient des relations commerciales ou familiales (en raison des mariages qui ont lieu entre Libanais et Syriens des deux côtés de la frontière) », ajoute-t-il.

Pour Hussein Baydoun, le contact avec les habitants des secteurs frontaliers est nécessaire, puisqu’il permet de dépasser les stéréotypes ancrés dans l’imaginaire de ceux qui habitent dans le centre du pays. « On est allés chez ces gens, on a partagé des repas avec eux, on a découvert leurs cultures et leurs sociétés. Ça permet de casser les préjugés qu’on peut avoir. Les frontaliers sont marginalisés à plusieurs niveaux et les politiciens les perçoivent uniquement comme des chiffres utiles pour les élections », dénonce le photographe.

« Au centre, on ne voit pas les gens de la frontière et on se demande même pourquoi ils restent la-bas, regrette pour sa part Daniel Meier. Mais ce qu’on a pu remarquer, c’est que l’appartenance locale est comme partout. Les frontaliers n’ont pas envie de partir, ils sont chez eux. Cet attachement à la terre est une libanité comme une autre, et c’est une belle preuve d’une appartenance collective. »

Pour Rita Bassil, écrivaine et journaliste qui a pris part, jeudi soir, à une table ronde autour de l’exposition, la question des frontières et de la marginalisation de leurs habitants pose avant tout celle de l’absence de l’État libanais. « Si les photos de Hussein Baydoun dénoncent la marginalisation par l’État, totalement absent, des villages frontaliers, elles nous poussent à repenser la présence et l’absence de l’État sur la totalité du territoire libanais », explique-t-elle à L’OLJ. « Certes, les populations des régions situées sur les frontières sont bien plus pauvres et vulnérables que celles de Beyrouth en général. À Beyrouth, il y a une centralisation des affaires gérées par les anciens leaders de la guerre devenus hommes d’affaires. Les mêmes qui se sont approprié l’État en le privatisant selon leurs propres intérêts. Donc l’État est absent sur l’ensemble du territoire », conclut Mme Bassil.


Ils s’appellent Hamad, Yehya, Majed, Claudia ou Roberta. Ils vivent à Ersal, Abboudiyé, Wadi Khaled, Khiam ou encore Qlayaa. Certains ont toujours vécu à la frontière, d’autres ont débarqué avec le début de la guerre syrienne. Ces habitants des localités frontalières font l’objet d’un projet réalisé par le photographe de presse Hussein Baydoun et le chercheur Daniel Meier....

commentaires (3)

J'invite les libanais à aller visiter la frontière avec le pays usurpateur, ils ont déserté le coin jusqu'à 7km à l'intérieur des terres usurpées, tandis que les villages libanais sont habités collés à la ligne de démarcation. Suite à un petit vaccin de rappel de la part de la résistance libanaise du hezb. Hou les poltrons ....

FRIK-A-FRAK

15 h 44, le 14 décembre 2019

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Commentaires (3)

  • J'invite les libanais à aller visiter la frontière avec le pays usurpateur, ils ont déserté le coin jusqu'à 7km à l'intérieur des terres usurpées, tandis que les villages libanais sont habités collés à la ligne de démarcation. Suite à un petit vaccin de rappel de la part de la résistance libanaise du hezb. Hou les poltrons ....

    FRIK-A-FRAK

    15 h 44, le 14 décembre 2019

  • TOUS LES HABITANTS DE TOUTES LES FRONTIERES VEULENT UNE SEULE CHOSE : LA PAIX !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 33, le 14 décembre 2019

  • Daniel Meier est-il israélien comme son nom l'indique, ou libanais ? Dans le premier cas de figure , c'est édifiant !

    Chucri Abboud

    02 h 39, le 14 décembre 2019