Roland RICHA

Liban : Au 50e jour...

Imperturbables. Sourds au soulèvement populaire et à ses revendications, ils continuent à agir comme si rien n’avait changé.

Pire. Ils précipitent le pays dans le chaos en projetant de faire supporter tout le poids de la crise aux plus nombreux, aux plus démunis.

En moins d’une semaine, une dizaine de suicides ou de tentatives de suicide ont marqué une société meurtrie par le désespoir. La plupart sont des jeunes qui renoncent à la vie dans les conditions imposées par un pouvoir assassin.

Des seigneurs de guerre, chefs de milice, mafieux en tout genre corrompus jusqu’à l’os ont mis la main sur une économie rentière toute tournée vers le profit maximum. Un système fondé sur le confessionnalisme politique, taillé sur mesure pour perdurer hors du temps et transmissible de père en fils. Impossible d’y échapper. Un système mis sous la protection de Dieu sur lequel l’action des humains n’a aucune prise, sauf à prier et à implorer la pitié des dirigeants.

Le 17 octobre 2019, le peuple est descendu dans la rue pour rompre avec cette logique et exiger justice.

À 50 jours de cette date, il a acquis très vite une conscience collective aiguisée et une expérience d’action hors norme. Il a su déjouer tous les pièges tendus pour le dévoyer de sa lutte légitime contre un pouvoir absurde. Il a réussi à ouvrir des perspectives concrètes grâce à une plate-forme de revendications en vue d’un nouvel État laïc, moderne, démocratique et résistant.

« Que ceux qui ne sont pas d’accord avec moi s’en aillent », tel fut le message présidentiel au peuple en colère. « Que les jeunes émigrent et fassent des virements en devises vers nos banques », fut en écho la directive du gouverneur de la Banque centrale.

Tout cela ressemble fort à la réplique royale face au peuple de Paris affamé et en colère venu jusqu’à Versailles réclamer du pain : « Qu’on leur donne des brioches ! » avait répliqué Marie-Antoinette.

C’était en 1789. Le peuple de France, éclairé par les idées « des Lumières », s’est révolté. Il a renversé l’ordre divin et rompu avec l’ancien régime. Il a pris son destin en main pour bâtir une société nouvelle fondée sur la liberté, l’égalité et la fraternité. La République était née.

En 2019, le peuple du Liban est confronté à un défi du même type. Il a, en 50 jours, montré qu’il est parfaitement capable des mêmes prouesses pour rentrer dans l’histoire et occuper enfin la place qui lui revient légitimement au sein de la civilisation humaine.

Rien ne pourra désormais ressembler à ce qui était avant le 17 octobre 2019. Le peuple, d’un pas résolu, a définitivement franchi le seuil du soi-disant impossible, interdit ou sacré. Il a brisé les chaînes qui le reliaient au passé.

Il a mis le premier pas dans le futur et continue résolument et courageusement d’avancer !

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.


Imperturbables. Sourds au soulèvement populaire et à ses revendications, ils continuent à agir comme si rien n’avait changé.

Pire. Ils précipitent le pays dans le chaos en projetant de faire supporter tout le poids de la crise aux plus nombreux, aux plus démunis.

En moins d’une semaine, une dizaine de suicides ou de tentatives de suicide ont marqué une société...

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