De gauche à droite : les anciens Premiers ministres Fouad Siniora, Tammam Salam et Najib Mikati. Photo d’archives ANI
Avant le communiqué de Baabda fixant les consultations parlementaires contraignantes pour lundi, les trois anciens Premiers ministres Nagib Mikati, Fouad Siniora et Tammam Salam s’en sont pris, hier, au président Michel Aoun et au chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, les accusant de porter atteinte à la Constitution en définissant la composition du gouvernement avant même la nomination de son chef.Dans un communiqué, les anciens chefs de gouvernement se sont déclarés « atterrés par la grave violation de l’accord de Taëf et de la Constitution dans le texte et dans l’esprit, l’atteinte flagrante aux prérogatives des députés dans la désignation d’un Premier ministre à travers les consultations parlementaires contraignantes, ainsi que par l’atteinte aux prérogatives du Premier ministre ». Ils ont estimé que le président Aoun et le chef du CPL avaient court-circuité les consultations parlementaires et inventé « le concept de chef de gouvernement potentiel ». « La façon dont la démission du gouvernement de Saad Hariri est ignorée, le retard dans la tenue des consultations parlementaires et le déni qui s’éternise face aux revendications que les gens expriment depuis près de 50 jours montrent que le président de la République sous-estime les demandes des Libanais et ignore leur volonté », a ajouté le communiqué. « Cette atteinte sans précédent à la fonction du Premier ministre constitue un grave crime contre l’unité du peuple libanais et de la Constitution. Tout candidat à la présidence du gouvernement acceptant de prendre part à des consultations autour de la forme du gouvernement et de ses membres avant sa désignation, aux fins d’être testé par un jury n’ayant aucun mandat constitutionnel, contribue également à la violation de la Constitution, à l’affaiblissement et à l’atteinte à la fonction du président du Conseil », ont ajouté les anciens Premiers ministres. « Il faut en finir immédiatement avec cette mascarade et lancer une initiative sans plus tarder pour revenir au texte de la Constitution », ont-ils conclu.
La réponse de Baabda
La présidence de la République a réagi à ces accusations dans un communiqué. « S’ils savaient les conséquences négatives sur la situation et l’unité nationale que provoquerait l’accélération de la tenue des consultations, les anciens Premiers ministres n’auraient pas publié ce communiqué qui comporte des erreurs et auraient reconnu la sagesse de la décision prise par le président Aoun dans le but de préserver les fondements nationaux et du pacte national du Liban », affirme le texte.
« Les discussions du chef de l’État ne constituent pas une violation de la Constitution ou de l’accord de Taëf, ni dans le texte ni dans l’esprit, car le Constitution ne définit pas de délai pour la tenue des consultations parlementaires ou pour la formation du gouvernement s’agissant du Premier ministre désigné, a ajouté Baabda. Avec ces discussions entre les blocs parlementaires, le président veut assurer le plus large soutien au Premier ministre désigné pour lui faciliter la formation du cabinet, au vu des expériences passées pendant les mandats des anciens chefs de gouvernement signataires du communiqué. »
Le ministre d’État sortant pour les Affaires présidentielles, Salim Jreissati, s’est à son tour adressé aux anciens Premiers ministres, affirmant que leurs « lamentations sont hors de propos » et que les accusations contre le chef de L’État étaient « futiles ».
« Il est vrai que la Constitution ne fixe pas de délai pour la tenue des consultations parlementaires, mais l’esprit de la Constitution ainsi que le poids de la situation économique du pays imposent au chef de l’État d’accélérer la tenue de ces consultations », ont répondu les anciens Premiers ministres en réponse au communiqué de Baabda, appelant toutefois à « mettre fin aux polémiques » et à « travailler sérieusement et de manière productive pour sauver le Liban ».


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09 h 33, le 05 décembre 2019