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Liban - Rencontre

Aoun : La colère des manifestants est justifiée mais le dialogue reste la meilleure voie possible

Les membres du groupe « Dialogue & Ponts » entourant le président Aoun. Photo Dalati et Nohra

En dépit de la solennité du lieu, le palais de Baabda a été hier le théâtre d’un échange franc et sincère, une sorte de réflexion commune entre une délégation du groupe « Dialogue & Ponts » et le président Michel Aoun. Tout en précisant que la situation actuelle est compliquée, le chef de l’État a affirmé que le mouvement de protestation a accompli de grandes réalisations, mais que le temps presse.

Pour les 32 personnes composant le groupe « Dialogue & Ponts » (créé sur une initiative du conseiller du chef de l’État pour le dialogue islamo-chrétien Nagy Khoury) le moment était important.

Arrivés bien avant l’heure, les membres du groupe s’étaient installés dans le grand salon du palais. À 11h15 précises, le chef de l’État fait son entrée et salue les présents. Des dizaines de questions se pressent sur les lèvres des membres du groupe, dont des jeunes et des moins jeunes, des femmes et des hommes, tous actifs dans leurs domaines respectifs et soucieux de transmettre au président leurs appréhensions et celles de ceux qu’ils représentent.

Après le petit mot de présentation de Nagy Khoury, plusieurs membres du groupe ont pris la parole, chacun abordant un angle nouveau, avant d’écouter ce qu’avait à dire Michel Aoun.

Au bout d’une vingtaine de minutes, le chef de l’État a pris la parole pour expliquer les raisons, selon lui, de la crise actuelle, remontant ainsi aux années de la tutelle syrienne et à l’adoption du système d’une économie de rentes au lieu qu’elle soit productive. C’est pourquoi, selon lui, la dette publique n’a cessé d’augmenter à mesure que la production baissait, car les gens préféraient déposer leur argent dans les banques et profiter des intérêts plutôt que d’investir dans des projets productifs. Il y a eu ensuite les ingénieries financières, mais surtout l’éclatement de guerres dans la région autour du Liban qui ont provoqué la fermeture de routes vitales pour la circulation des produits libanais vers l’hinterland arabe. Il y a eu aussi la crise financière mondiale et pour compléter le tableau, l’arrivée d’un million neuf cent mille réfugiés syriens au Liban qui ont pesé lourd sur l’économie libanaise.

Tous ces facteurs réunis ont forcément provoqué des fermetures d’entreprises et des pertes d’emplois. C’est dans ce contexte qu’a eu lieu l’élection présidentielle le 31 octobre 2016. La priorité était alors de mettre un terme à la menace terroriste et aux cellules dormantes. La seconde priorité était d’organiser des élections législatives sur la base d’une nouvelle loi qui assure une meilleure représentativité. Il s’agissait aussi de relancer les institutions publiques et de renforcer les liens entre les Libanais au Liban et ceux de la diaspora, tout en redonnant une place au pays au sein des instances internationales, comme la Ligue arabe et les Nations unies. La saison touristique semblait prometteuse et les préparatifs pour la prospection du pétrole et du gaz au large des côtes libanaises avançaient. Tous ces points positifs ont probablement dérangé les ennemis du pays, Israël en tête.

Pour le chef de l’État, le mouvement de protestation déclenché le 17 octobre avait assurément des causes internes, mais, en même temps, il est permis de se poser certaines questions. Selon lui, ce mouvement a réalisé de grandes choses, notamment le fait de pousser la classe politique à vouloir agir et surtout celui d’ébranler les immunités confortables et les protections confessionnelles et politiques habituelles. D’ailleurs, selon lui, la lenteur dans l’action du gouvernement était curieuse, surtout que le temps est certainement une valeur précieuse et qu’il faut savoir comment le dépenser. Or, depuis des mois par exemple, les projets décidés lors de la Conférence de Paris (CEDRE) sont prêts. Pourquoi dans ce cas ne commencent-ils pas à être appliqués? L’étude faite par McKinsey sur les moyens de transformer l’économie rentière en économie productive en définissant les secteurs qui peuvent devenir productifs – en partant du principe que c’est la production interne qui protège le mieux la monnaie nationale et non la politique d’endettement – n’est jamais arrivée jusqu’à la phase de l’application... Partout et dans tous les domaines, il y avait donc du temps perdu de façon inexplicable. Ce qui a alimenté la colère populaire et justifié l’explosion sociale. Mais, en même temps, le refus des représentants des manifestants de dialoguer avec lui, en dépit de sa main tendue, est une attitude incompréhensible à ses yeux.Au sujet des consultations parlementaires pour la désignation d’un nouveau Premier ministre, le président Aoun a rappelé qu’après les élections législatives de 2018 et sa désignation pour former le gouvernement, Saad Hariri a pris dix mois avant de présenter une formule complète. C’est son droit puisque la Constitution ne fixe pas de délai pour la formation du gouvernement. Mais la situation actuelle exige d’accélérer le processus. C’est pourquoi il a préféré qu’il y ait une entente préalable sur la forme du gouvernement avant de fixer un rendez-vous pour les consultations parlementaires.

Aoun a laissé entendre que les concertations des derniers jours pourraient aboutir à des résultats positifs et il a réaffirmé son intention de lutter contre la corruption, insistant sur l’importance des dernières nominations judiciaires. Il a toutefois précisé que le fait d’engager des poursuites contre une personnalité en prélude au jugement du tribunal nécessite des preuves et des témoignages devant les autorités judiciaires.

La rencontre a duré près d’une heure et il s’agissait d’un échange franc, une sorte de réflexion commune pour maintenir et consolider les ponts entre les autorités et les composantes de la société libanaise, mais aussi surtout, pour permettre aux différentes parties présentes de faire entendre leur voix.

En dépit de la solennité du lieu, le palais de Baabda a été hier le théâtre d’un échange franc et sincère, une sorte de réflexion commune entre une délégation du groupe « Dialogue & Ponts » et le président Michel Aoun. Tout en précisant que la situation actuelle est compliquée, le chef de l’État a affirmé que le mouvement de protestation a accompli de grandes...
commentaires (2)

OUI... MAIS... ET L,ENTETEMENT CONTINU POUSSE LE PAYS A L,EFFONDREMENT. AVEC MOI LE DELUGE ?

LA LIBRE EXPRESSION

09 h 17, le 04 décembre 2019

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Commentaires (2)

  • OUI... MAIS... ET L,ENTETEMENT CONTINU POUSSE LE PAYS A L,EFFONDREMENT. AVEC MOI LE DELUGE ?

    LA LIBRE EXPRESSION

    09 h 17, le 04 décembre 2019

  • "le temps presse"! Oui, le temps presse! Et c'est pour cela que l'on attend plus d'un mois pour lancer les consultations parlementaires! Dialogue? Mais à quoi bon? Le président a opposé un "non" catégorique à la principale revendication des contestataires: un gouvernement apolitique. Il n'y a rien à ajouter. S'il avait fallu 10 mois pour former le précédent gouvernement, c'est parce qu'on en était toujours à la logique du partage du gâteau, dont justement, on veut ici s'affranchir. Or, on recommence selon le même principe que tout le pays refuse! "la situation actuelle exige d’accélérer le processus", donc...on attend!

    Yves Prevost

    07 h 19, le 04 décembre 2019

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