L’avocat et activiste Nizar Saghiyé a fait part hier de la « grande fragilité » de la situation des travailleurs au Liban dont les droits sont régulièrement bafoués. Photo ANI
Le droit de grève et de manifester des travailleurs des secteurs privé et public a été au cœur d’une conférence de presse conjointe donnée hier rue Badaro par l’organisation Legal Agenda et le Courant syndical indépendant, en collaboration avec le Regroupement des professionnelles et des professionnels. Pour l’occasion, l’avocat et activiste Nizar Saghiyé a fait part de la « grande fragilité » de la situation des travailleurs au Liban dont les droits sont régulièrement bafoués. Une situation d’autant plus difficile au sein de la fonction publique qu’un nombre important de fonctionnaires ont été « embauchés de manière arbitraire » par des leaders politiques et communautaires, muselant ainsi l’opposition dans le secteur et empêchant surtout la naissance de syndicats indépendants.
La fragilité de la situation des travailleurs libanais est particulièrement accentuée depuis que le pays s’enfonce dans la crise économique et financière. « Elle se traduit par deux violations majeures », dénonce l’activiste. Nombre de travailleurs, tous secteurs confondus, sont « victimes de pressions ou de sanctions liées à leur participation aux grèves et aux manifestations ». Certains n’ont pas même le droit d’exprimer leur opinion sur les réseaux sociaux. Pour rappel, l’article 15 de la loi qui régit le travail des fonctionnaires limite drastiquement leurs libertés, ce qui va à l’encontre de l’engagement du pays à travers la Constitution et les conventions internationales, à respecter les libertés publiques et individuelles.
La seconde violation essentielle réside dans « les coupes de salaires des employés ou leur licenciement abusif », en faisant fi des modalités de licenciement imposées par le code du travail, et en l’absence du ministère du Travail et de la Confédération générale des travailleurs, constate Nizar Saghiyé. Et d’observer que nombre de secteurs économiques touchés par la crise menacent aujourd’hui de recourir à ces mesures, au risque d’entraîner le licenciement de près de 100 000 travailleurs. « Toute baisse de salaires ou licenciement pour des raisons économiques est soumise à l’article 50 du code du travail, martèle-t-il. Et toute violation de cet article imposera à l’employeur de payer au travailleur licencié des indemnités de licenciement abusif ».
C’est dans ce cadre que l’avocat insiste sur le droit de chaque travailleur à s’exprimer librement, à faire grève et à se syndiquer. « La Constitution consacre l’égalité sociale et la grève est l’un des moyens dont dispose le peuple pour réclamer cette égalité sociale », précise-t-il. Revenant sur l’article 15 de la loi sur la fonction publique, l’activiste rappelle que le droit de grève a été arraché dans ce secteur par l’intersyndicale durant les années 2012-2013, par les juges en 2017-2019 et par les professeurs de l’Université libanaise en 2019.
Invitant toutes les forces syndicales « à soutenir » les employés et les fonctionnaires, Nizar Saghiyé regrette par ailleurs « la grande réticence » du ministère du Travail à défendre les droits des travailleurs.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine