Avenant et renversant ! L’opération séduction de l’entraîneur portugais José Mourinho, qui a récemment remplacé Mauricio Pochettino sur le banc de Tottenham pour convaincre qu’il a changé bat son plein. Et son impact sur les Hotspurs, qualifiés pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions, est déjà palpable. Ben Stansall/AFP
Détendu, modeste, attentionné presque… L’opération séduction de José Mourinho pour convaincre qu’il a changé bat son plein et s’il faudra du temps pour en juger vraiment, son impact sur Tottenham, qualifié pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions, sont déjà palpables.
« La première chose que je voudrais dire, c’est m’excuser auprès d›Éric Dier », le joueur qu’il a sorti après vingt-neuf minutes de jeu seulement pour faire entre Christian Eriksen, a lancé Mourinho au début de son interview d’après-match par la chaîne télévisée BT Sport. « Je l’ai fait pour l’équipe », a-t-il plaidé, comme si un entraîneur avait besoin de justifier ses choix lorsque son équipe est menée (0-2) dans un match décisif après vingt minutes. Surtout lorsque le remplacement s’accompagne d’une réorganisation tactique impossible à effectif constant…
Mais c’est cela, le « nouveau Mourinho », celui qui assurait à son arrivée à Tottenham avoir appris de ses erreurs. Sans doute marqué pas son échec à Manchester United et davantage encore par les onze mois d’éloignement du banc – une première pour lui depuis qu’il entraîne des équipes professionnelles –, le coach portugais a décidé de soigner son image. Toujours la plaisanterie à la bouche – il a félicité un ramasseur de balle pour sa « passe décisive » parce qu’il avait permis à Serge Aurier de jouer rapidement une touche sur l’égalisation (à 2-2) –, mesuré dans son expression, il s’évertue à gommer les aspérités de son caractère parfois volcanique.
José Mourinho savait qu’il n’arrivait pas en terrain conquis. Si la direction du club, tout particulièrement le président Daniel Levy, était persuadée qu’il était l’homme de la situation, le grand public et surtout les supporteurs des Spurs étaient plus réservés. Malgré un palmarès qui parle pour lui, son passé à Chelsea pesait lourd, de même que le soupçon d’être un peu « has been », inutilement déplaisant avec les médias et manipulateur avec ses joueurs. Mourinho ne pouvait pas se permettre de rater son entrée, et pour le moment, il frise le sans-faute.
La victoire à West Ham (3-2) en championnat d’Angleterre samedi dernier, dix mois après le dernier succès à l’extérieur de Tottenham, et le succès renversant en Ligue des champions contre l’Olympiakos d’Athènes (4-2), avec qualification pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions à la clé, lui donnent de l’air. Ses détracteurs pourront toujours dire que l’incroyable boulette de Yassine Meriah, qui a permis aux Spurs de retourner aux vestiaires à 1-2 au lieu de 0-2, a davantage pesé que les subtilités tactiques de Mourinho. Mais il est à peu près certain que le Tottenham d’il y a une semaine n’aurait pas levé les bras à la fin du match.
Jeu modernisé
L’arrivée d’un nouvel entraîneur a redonné de la confiance et de l’ambition à l’équipe. Il a responsabilisé et valorisé des joueurs comme Lucas Moura, Dele Alli ou Serge Aurier, délaissés par un Mauricio Pochettino blasé. L’animation offensive de Tottenham, aussi, semble indiquer que ses idées ont évolué. Positionné dans un 4-2-3-1 des plus classiques sans la balle, les Spurs passent en 3-2-5 avec le ballon. L’arrière gauche – Ben Davies ou Danny Rose – se recentre en position de troisième central, les deux milieux défensifs restent bas pour assurer l’équilibre, et Serge Aurier s’intègre à la ligne d’attaque à droite, avec Dele Alli en n° 10, Son Heung-min et Lucas Moura en électrons libres autour de Harry Kane, point de fixation dans l’axe. Une façon beaucoup plus « moderne » d’attaquer, qui se rapproche des standards développés par les équipes dominantes actuellement en Premier League, que ce qu’il proposait jusqu’alors.
On verra si cela va au-delà d’un « choc psychologique » éphémère. Son successeur à Manchester United, Ole Gunnar Solskjaer, irrésistible pendant douze matches à son arrivée et beaucoup plus laborieux depuis, est là pour rappeler, à qui l’oublierait, que la fortune est capricieuse. Mais José Mourinho est parti du bon pied.
Frédéric HAPPE/AFP

