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Moyen Orient et Monde

Au Likoud, la couronne de « Bibi » fait des envieux

Israël

Plusieurs noms au sein du parti de droite pourraient contester l’hégémonie du Premier ministre israélien, en proie à des difficultés politiques et judiciaires.


26/11/2019

La course à la succession de Benjamin Netanyahu est lancée. Dimanche soir, le Premier ministre israélien et le président du Comité central du Likoud, Haïm Katz, sont tombés d’accord pour organiser des élections primaires au sein du parti de droite d’ici à six semaines, sans toutefois préciser de date fixe.

Selon la presse israélienne, cette décision a été prise suite aux appels samedi soir d’un important député du parti, Gideon Saar, qui souhaite que le Likoud tienne un scrutin avant que le mandat délivré par le président israélien à la Knesset (le Parlement), pour qu’elle forme un nouveau gouvernement, ne s’épuise, c’est-à-dire d’ici au 11 décembre. Au-delà de cette date, si rien ne se passe, le Parlement sera dissous et les Israéliens seront de nouveau appelés aux urnes pour un troisième round d’élections législatives en moins d’un an. C’est pour tenter d’éviter ce scénario que le Likoud décide de tenir un scrutin.

« Étant donné la position délicate actuelle de Netanyahu, le Likoud se dit qu’il faut préparer l’avenir afin d’éviter des élections législatives », explique Jean-Paul Chagnollaud, président de l’iReMMO (Institut de recherches et d’études Méditerranée-Moyen-Orient), contacté par L’Orient-Le Jour. « Avec ces élections, on entre dans une phase où l’on parie que Netanyahu va sortir du jeu, à la fois pour des raisons politiques que judiciaires », ajoute-t-il.

Le Premier ministre israélien semble en bout de course. Après avoir, par deux fois depuis avril 2019, échoué à former un gouvernement, il se retrouve aujourd’hui sous le coup d’une procédure judiciaire. Le procureur général d’Israël Avichaï Mandelblit a décidé jeudi soir de l’inculper pour « corruption », « fraude » et « abus de confiance » dans trois différentes affaires nommées « 1000 », « 2000 » et « 4000 ». M. Netanyahu continue néanmoins de nier toute responsabilité et dénonce une chasse aux sorcières. Il avait, à la suite de la décision de M. Mandelblit, contre-attaqué et dénoncé une « tentative de coup d’État » contre lui. Rien ne l’oblige cependant, selon la loi israélienne, à démissionner de son poste.

Parmi les potentiels prétendants à la couronne de « Bibi », Gideon Saar semble sortir du lot. Législateur de haut rang de 52 ans, ancien ministre de l’Éducation et de l’Intérieur sous les mandats de Benjamin Netanyahu – et revenu en politique l’année dernière après une interruption de quatre ans –, il s’affiche comme premier opposant au leadership du Premier ministre israélien au sein du Likoud et a récemment affirmé être « capable de former un gouvernement et d’unir le pays et la nation » s’il dirige le parti. Ce gouvernement, M. Saar a d’ores et déjà annoncé qu’il le formerait immédiatement avec Kahol Lavan (le parti Bleu-Blanc) de Benny Gantz, grand adversaire politique de M. Netanyahu, afin d’éviter une troisième élection nationale en moins d’un an. Ses sorties sont toutefois vivement critiquées au sein du Likoud. « Il est regrettable de constater que, alors que le Premier ministre Netanyahu préserve la sécurité d’Israël sur tous les fronts et agit pour préserver le régime du Likoud, Gideon Saar a, comme d’habitude, fait preuve d’une absence de loyauté et d’une subversion maximale », a réagi le Likoud vendredi sur Twitter.


Résilience
Gideon Saar pourrait cependant ne pas être le seul à se lancer dans la course au trône du Likoud. « Jusqu’à présent, le législateur Gideon Saar est le seul poids lourd à réclamer une primaire immédiate. Les problèmes de Netanyahu commenceront lorsque d’autres rejoindront l’appel », écrivait dimanche le quotidien israélien Haaretz, mettant en avant d’autres noms pouvant représenter de potentiels prétendants à la succession de « Bibi ». Parmi ceux-là, figurent ceux de Nir Barakat (homme d’affaires et député à la Knesset), Gilad Erdan (ministre de la Sécurité intérieure, des Affaires stratégiques et de l’Information), Yisrael Katz (ministre des Affaires étrangères) ou encore Yuli Edelstein, l’actuel président du Parlement. « On est dans un schéma où les responsables du Likoud comprennent, sans oser le dire, que la période de Netanyahu est terminée, explique Jean-Paul Chagnollaud. On est solidaire du chef tant qu’il vous mène à la victoire, mais lorsqu’il commence à perdre, surtout sur le plan judiciaire, les appétits et ambitions qui se trouvent autour se réveillent. »

La mise à l’écart de M. Netanyahu comme leader du parti n’est toutefois pas encore prononcée et pourrait être difficile à orchestrer. Il dispose toujours de soutiens au sein du Likoud et a réussi, par plusieurs calculs politiques ces dernières années, à se construire une image de Monsieur Sécurité d’Israël, consolidant sa position, divisant et affaiblissant ses adversaires potentiels. « La plupart des ministres du Likoud ont exprimé leur soutien sans équivoque au Premier ministre », affichait dimanche le compte Twitter de la formation de droite, ajoutant que « les médias cachent le formidable soutien du Likoud à Netanyahu », dénonçant dans le même temps une campagne de désinformation.

Du côté de la population, une majorité d’Israéliens estime toutefois que Benjamin Netanyahu devrait tirer les conséquences de son inculpation pour corruption, fraude et abus de confiance, et démissionner de ses fonctions de Premier ministre, selon un sondage publié vendredi soir. D’après cette enquête diffusée par la chaîne de télévision Channel 13 le même soir, 56 % des Israéliens pensent que Netanyahu, qui expédie les affaires courantes depuis les législatives de septembre, ne peut pas continuer à gouverner, contre 35 % d’un avis contraire. Les 9 % restants se disent sans opinion.



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