Conflit

Comment les Iraniens ont planifié leurs attaques contre Aramco

Des responsables de la République islamique admettent, pour la première fois, être à l’origine des frappes qui ont touché l’Arabie saoudite le 14 septembre dernier.

Le chef des gardiens de la révolution, le général Hossein Salami, s’adressant hier à la foule à Téhéran. Atta Kenare/AFP

Quatre mois avant qu’une attaque de drones et de missiles paralyse la plus grande installation de raffinage de pétrole au monde en Arabie saoudite le 14 septembre dernier, plusieurs officiels iraniens étaient rassemblés dans un complexe fortifié à Téhéran. Parmi eux étaient présents les plus hauts gradés du corps des gardiens de la révolution islamique, une branche d’élite de l’armée iranienne dont la mission comprend le développement de missiles et d’opérations secrètes. Le sujet principal de cette réunion de mai : comment punir les États-Unis qui sont sortis de l’accord nucléaire et ont réimposé des sanctions économiques contre l’Iran en mai 2018, des mesures qui ont durement frappé la République islamique ?

Sous les yeux du major général Hossein Salami, chef des gardiens de la révolution, un officier supérieur prend la parole. « Il est temps de sortir nos épées et de leur donner une leçon », déclare-t-il, selon quatre sources au fait de cette réunion, citées par Reuters, et qui ont préféré garder l’anonymat.Les « durs » présents à la réunion ont alors proposé d’attaquer des cibles de grande valeur, y compris des bases militaires américaines. Parmi les cibles initialement évoquées figuraient un port de mer en Arabie saoudite, un aéroport et des bases militaires américaines, précise un responsable proche du processus décisionnel iranien. Ces idées ont finalement été rejetées en raison du risque de représailles qu’elles susciteraient de la part des États-Unis, décryptent les quatre sources interrogées.

Le plan qui a finalement été retenu avait pour but d’éviter une confrontation directe qui pouvait déclencher une réaction dévastatrice des États-Unis. L’Iran a donc choisi de prendre pour cible les installations pétrolières de l’allié des États-Unis, l’Arabie saoudite. La proposition a été discutée par les plus hauts responsables militaires iraniens lors de cette réunion de mai, et au moins dans quatre autres rencontres qui ont suivi, précisent les sources citées. Ce compte rendu, révélé à Reuters par trois responsables au fait des réunions et un quatrième proche du processus décisionnel iranien, est le premier à décrire le rôle des dirigeants iraniens dans l’organisation de l’attaque du 14 septembre dernier contre Saudi Aramco, la compagnie pétrolière contrôlée par l’État saoudien.

Ces sources ont déclaré que le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, avait approuvé l’opération, mais à des conditions strictes : les forces iraniennes devaient éviter de frapper des civils ou des Américains.

« Non, non, non, non, non et non »

Reuters n’a pas été en mesure de confirmer explicitement cette version des événements avec les dirigeants iraniens. Un porte-parole des gardiens de la révolution a refusé de commenter l’information. Téhéran, rappelle-t-on, a toujours nié toute implication dans l’attaque. Alireza Miryousefi, porte-parole de la mission iranienne auprès des Nations unies à New York, a rejeté lui aussi la version des événements décrite par les quatre sources à Reuters. Selon le diplomate, l’Iran n’a joué aucun rôle dans les frappes, il n’y a eu aucune réunion de hauts responsables pour discuter d’une telle opération et Khamenei n’a autorisé aucune attaque.

« Non, non, non, non, non et non », a dit Alireza Miryousefi en réponse aux questions détaillées de Reuters sur les réunions présumées et le rôle attribué à Khamenei. Le bureau de communication du gouvernement saoudien n’a pas répondu à une demande de commentaire. La CIA et le Pentagone ont également refusé de commenter.

Les rebelles houthis du Yémen alliés de l’Iran, au centre d’une guerre contre les forces soutenues par les Saoudiens, avaient revendiqué l’assaut contre les installations pétrolières saoudiennes, rappelle-t-on. Mais cette revendication a été contestée par des responsables américains et saoudiens, qui ont affirmé que la sophistication de l’offensive faisait de l’Iran le principal suspect.

Le plan des dirigeants militaires iraniens visant à frapper les installations pétrolières saoudiennes a été développé pendant plusieurs mois, selon le responsable proche du processus décisionnel iranien. « Les détails ont fait l’objet de discussions approfondies pendant au moins cinq réunions et la décision finale a été prise » au début du mois de septembre, explique-t-il.

Planification d’une nouvelle frappe

Toutes ces réunions se sont déroulées dans un lieu sûr dans le sud de Téhéran, ont dit trois des responsables à Reuters, précisant que Khamenei, le guide suprême, avait assisté à l’un des rassemblements dans sa résidence, qui se trouve également à l’intérieur de ce complexe.

Selon le responsable proche du cercle de décision iranien, le groupe a décidé d’attaquer les installations pétrolières de l’Arabie saoudite, car l’attaque allait faire la une des journaux, infliger des souffrances économiques à son adversaire tout en adressant un message fort à Washington. « L’idée était de montrer les capacités militaires de l’Iran », dit-il.

L’attaque aurait été lancée depuis la base aérienne d’Ahvaz, dans le sud-ouest de l’Iran, selon l’une des sources citées, qui en a été informée par un pays qui a enquêté sur les frappes. Plutôt que de voler directement de l’Iran vers l’Arabie saoudite, via le Golfe, les missiles et les drones ont emprunté des chemins détournés menant aux installations pétrolières. Une partie de l’engin a survolé l’Irak et le Koweït avant d’atterrir en Arabie saoudite, selon une source des renseignements occidentaux, qui a déclaré que cette trajectoire permettait à l’Iran de dénier être à l’origine des attaques.

L’un des responsables qui a parlé à Reuters a déclaré que Téhéran était ravi du résultat de l’opération : l’Iran a porté un coup douloureux à l’Arabie saoudite et fait un pied de nez aux États-Unis, selon lui. L’Iran semble avoir calculé que l’administration Trump ne risquerait pas une guerre régionale pour la protection du pétrole saoudien, explique Ali Vaez, directeur du projet Iran à l’International Crisis Group.

Lors de l’une des dernières réunions tenues avant l’attaque contre Aramco, un officier supérieur des gardes de la révolution lui préparait déjà une suite, selon le responsable proche du processus décisionnel iranien cité. « Soyez assurés qu’Allah, le Tout-Puissant, sera avec nous, a déclaré l’officier en question aux hauts responsables de la sécurité. Commencez à planifier la prochaine. »

Source : Reuters


Quatre mois avant qu’une attaque de drones et de missiles paralyse la plus grande installation de raffinage de pétrole au monde en Arabie saoudite le 14 septembre dernier, plusieurs officiels iraniens étaient rassemblés dans un complexe fortifié à Téhéran. Parmi eux étaient présents les plus hauts gradés du corps des gardiens de la révolution islamique, une branche d’élite de...

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