La crise de déchets envahit Gotham, on craint une invasion de rats. Une attaque. La peste. Il y a quelque chose de pourri dans le dfistrict de Gotham. Mort à Gotham. L’invasion des rats va conduire à une invasion de clowns qui, au lieu de faire rire, vont faire pleurer. Tout est relatif : où s’arrête le rire quand il s’étrangle dans la gorge et se transforme en larmes ? Rire en saccades, cascades de larmes. Une farce, « a Joke », a-t-elle fait rire ou pleurer Robert de Niro, alias Murray Franklin ?
Les clowns, c’est la masse indifférenciée qui déferle sur la ville mue par le sentiment de vengeance. C’est la polis qui, par l’iniquité qui la régit, par son système de castes, par sa politique pourrie, a conduit à la révolte mais, et là est le hic, c’est une révolte déguisée, des personnes cachées sous des masques, des persona riants. Révolte incarnée par son héros à double face, puisqu’atteint de schizophrénie doublée de psychopathie dues à l’enfance : un enfant, Arthur-Happy, un Joaquin Phoenix redoutable qui a mal grandi, abusé, violenté, un mâle qui a grandi dans le Mal et les non-dits, dans un noyau parental nourri à la violence, un orphelin adopté, un gosse abandonné privé d’amour et qui ira à la recherche de son père, en l’occurrence le Père, le maire de la cité, une cité qui attend d’être traitée, lavée, purifiée des déchets, des rats, de la peste humaine qu’il faudra exorciser. Albert Camus aurait dit : l’homme doit dépasser le mal par un acte de protestation qui lui permet de rejoindre les autres « dans les seules certitudes qu’ils ont en commun et qui sont l’amour, la souffrance, l’exil »…
Sans oublier la pauvreté qui s’abrite dans ces habitations insalubres d’un gris morbide.
Une odeur de puanteur qui monte des profondeurs jusqu’au cerveau détraqué de ce antihéros. Un Joker à double visage, une face blanche pure qui rit associée à la face rouge sang, sang du crime qui sape les fondements mêmes de la société civile, qui agresse le système judiciaire, une Dame Justice aux yeux bandés incarnée en la personne des deux policiers.
Un Joker, par définition, réserve une surprise, une chance de bon ou de mauvais augure ? Il fait aussi des « Jokes », des farces sarcastiques, lourdes de conséquences où le rire, difficile à auto-accoucher, s’étrangle et se transmue en rire aiguisé telle la lame du couteau qui ira pénétrer dans la gorge de Randall, cet autre personnage censé faire rire et qui finira dans le tragique. Seul survivant au massacre, un nain difforme. Seul le hors-norme a le droit de vivre.
Une menace sur la ville, le Joker a créé des avatars.
Le rire, au dire de Bergson, nous éloigne de notre humanité, il est la transfiguration momentanée d’une personne en chose. Une chose qu’on montre, qu’on Monstre, a monster qui monte sur scène où tout est illusion d’optique ou de points de vue pris sous les feux des projecteurs, du tournage de Todd Philips et du jeu, la scène qui travestit la réalité. Un rire jaune, double, amer, un rire qui contient sa propre violence dissimulée derrière les lèvres rouge cramoisi imbibées du sang des victimes expiatoires. Un rire dans le métro, le subway, une sous-voie, le « ça » qui déraille, délivrant les pulsions destructrices et ravageuses qui pénètrent la ville ici symbolisée par la mère Penny-Frances Conroy et qui mourra étouffée comme le rire. Elle a engendré anarkhia, l’anarchie incontrôlable, le chaos, Krónos, un Titan qui dévore ses enfants et la ville. Le Maire-Père, et qui sera le bouc émissaire, n’a su protéger ni sa ville ni son fils présumé ou véritable, un fils double.
Tout a commencé par la crise de déchets qui restent à recycler afin de retrouver le rire sain, de vrais visages qui rient sans masque. Le cycle du Bien doit succéder au cycle du Mal.
Chez nous aussi.
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