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Myriam Boulos et Tracy Zeidan, l’impasse de l’une face au portrait du temps de l’autre

Framed Editions présente à la librairie parisienne Volume une exposition photo ainsi que les publications qui en ont fait l’objet.

Photographie de Tracy Zeidan issue de sa série « Portrait du temps ».

« Ça fait bizarre de ne pas être au Liban. J’ai l’angoisse de la séparation avec le pays. » Myriam Boulos vient d’arriver à Paris, avec dans ses bagages neuf tirages photo, issus de sa série Dead End, qu’elle expose pour la première fois dans la capitale française, dans le cadre du festival off de Paris Photo, après l’avoir exposée à Beyrouth au printemps dernier. La photographe libanaise devait initialement rester à Paris du 5 au 15 novembre. « Je n’ai pas pu supporter d’être loin du Liban, alors j’y suis rentrée très vite et je suis revenue à Paris juste pour le vernissage de ce soir », explique-t-elle dans la librairie Volume qui prête ses murs à l’exposition. « La révolution n’est pas terminée. Je n’ai pas fini de faire des photos. Mais en même temps, ça fait du bien de pendre un jour de recul », poursuit la photographe.

Depuis le début du soulèvement le 17 octobre dernier, la jeune femme capture avec son appareil scènes et détails des rues de Beyrouth, ou de Tripoli dernièrement, manière pour elle de vivre sa vie et de s’exprimer. « Depuis toujours, je travaille au flash, raconte cette grande timide, cela permet de faire ressortir les choses cachées par la société, de les rendre visibles, présentes. » Ainsi, que ce soit dans les photos de la série Nightshift (Ronde de nuit), actuellement exposée à l’Institut du monde arabe (IMA) dans le cadre de la Biennale des photographes du monde arabe contemporain, dans celles de la série Dead End (Impasse), exposées à la librairie Volume, ou dans celles de la Révolution, postées sur Instagram, on reconnaît la pâte Myriam Boulos, on reconnaît son regard.

« Je marche dans Beyrouth et je vois des gens, un visage, une situation qui m’interpellent. Je parle, je me présente, explique ma démarche. Et puis je prends les photos, explique-t-elle. Il y a le consentement de la personne, mais elle ne pose pas. La photo mélange ainsi approche documentaire et recherche personnelle. C’est la rencontre entre la réalité d’une personne et moi, ce que j’ai dans la tête, mon regard. »

Et puis, c’est l’addition de différentes photos et le choc qu’elles provoquent, les contradictions qu’elles mettent en relief, qui intéressent la photographe, qui dresse in fine le portrait d’une ville.

« J’ai terminé la série Dead End l’année dernière. Je me sentais dans une impasse, par rapport à la société et par rapport à mon corps dans la société, se rappelle la jeune femme, née en 1992. C’est drôle parce que la révolution, c’est un peu une façon de dire que peut-être, finalement, ce n’est pas une impasse. Pour moi, née juste après la fin de la guerre au Liban, les choses étaient immuables. Je n’ai jamais pensé qu’il pourrait y avoir un jour une ouverture. Dans mes photos de nuit, notamment dans la série Nightshift exposée à l’IMA, j’essaie d’exprimer à la fois cette satisfaction très provisoire qui cohabite avec une insatisfaction chronique, due au fait qu’on vit dans l’instant, avec l’impossibilité de se projeter dans l’avenir. Avec la révolution, j’ai l’impression que pour la première fois de ma vie, et je le dis très honnêtement, il y a une possibilité de projection vers l’avant au Liban. »


(Lire aussi : Myriam Boulos dans le vif)

D’un bouquet de clématites

Tracy Zeidan, elle, vit la révolution par écran interposé depuis Paris, où elle est installée depuis 9 ans. Elle s’interroge aussi sur la notion du temps qui passe avec les photos qu’elle expose sur le mur de la librairie Volume, face à celles de Myriam Boulos. « Le projet Portrait du temps est né d’un bouquet de clématites, explique Tracy Zeidan, photographe autodidacte et architecte de formation. Avec le temps, chaque clématite a pris une forme complètement différente. Finalement, des photos sont venues raconter l’histoire d’une manière différente, illustrant la corrélation entre le temps et l’espace. »

Tracy Zeidan présente donc douze photos en noir et blanc, fruit de 10 ans de pratique de la photo, des bouts de mer Méditerranée, des ciels nuageux, des cimes d’arbre, des feuilles tombées sur le sol, la première rose de l’hiver à Faraya... « Finalement, je viens du Liban. Et même dans ma pratique architecturale, il y a toujours cette notion de nostalgie. Je pense que la ville de Beyrouth m’a profondément influencée. Le rapport aux traces, à ce temps arrêté, et nous, êtres humains, qui vivons notre vie quotidienne en mouvement. »

Ces photos exposées sont issues d’une publication intitulée aussi Portrait du temps. En effet, la jeune architecte, née elle aussi en 1992, a fondé avec son associée espagnole, Cristina Valle, rencontrée à Paris, Framed Editions, une maison d’édition indépendante qui publie des livres d’artiste. « À chaque projet d’architecture, nous faisions des publications. Alors, nous nous sommes dit qu’au lieu de les garder pour nous, nous pourrions les partager, explique Tracy Zeidan. L’idée étant de raconter des histoires en architecture, mais aussi dans nos livres, et ce dans une temporalité bien plus rapide. »

Le duo d’architectes a signé la scénographie de l’exposition de la série Dead End de Myriam Boulos à l’Institut français en avril dernier. Et de l’exposition est née une publication, rassemblant dans une édition limitée les œuvres de la série Dead End. « En tant que femmes indépendantes, actives et révolutionnaires même, nous avons un message à faire passer, et ces photos le font très bien », dit encore Tracy Zeidan.


« Ça fait bizarre de ne pas être au Liban. J’ai l’angoisse de la séparation avec le pays. » Myriam Boulos vient d’arriver à Paris, avec dans ses bagages neuf tirages photo, issus de sa série Dead End, qu’elle expose pour la première fois dans la capitale française, dans le cadre du festival off de Paris Photo, après l’avoir exposée à Beyrouth au printemps...

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