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Nos lecteurs ont la parole - Par Antoine Messarra

L’imposture qui a trop duré

Les Libanais vivent et subissent la pire imposture de toute leur histoire. Plus grave que la tyrannie, la gouvernance débridée, le mensonge, le clientélisme, la corruption... est l’imposture bien plus pernicieuse.

Celui qui ment cache la vérité qu’il reconnaît. Quant au rusé, il se propose peut-être une échappatoire à un dilemme personnel ou collectif. Mais l’imposteur (impostor, de imponere) utilise la vérité pour tromper, pour faire miroiter des promesses, brandir des vérités, ou plutôt des slogans, pour son profit. Toute une tranche d’une population crédule, dont on sait exploiter les instincts refoulés, a été, et reste peut-être encore, victime ou dupe de l’imposture.

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La révolution nationale du 17 octobre 2019 vient crever l’écran. Les dictionnaires définissent l’imposture en tant que « tromperie d’une personne qui se fait passer pour ce qu’elle n’est pas ». L’imposteur est « celui qui cherche à tromper, à imposer pour son profit ». C’est la personne qui « abuse de la confiance, de la crédulité d’autrui par des discours mensongers, des promesses fallacieuses, dans le dessein d’en tirer profit », « celui qui charge quelqu’un d’imputations odieuses, mais mensongères ». L’imposteur « est un fourbe qui veut en imposer aux autres pour son profit » (Rousseau, « Lettre à Mgr de Beaumont »).

L’outil de l’imposteur est le masque, l’apparence, l’exploitation abusive de l’apparence inhérente à l’essence du politique. L’imposteur est « celui qui cherche à en imposer par de fausses apparences des dehors de vertu ». Le titre de la pièce de Molière : Le Tartuffe ou l’imposteur. Le titre d’un roman de Cocteau : Thomas ou l’imposteur. L’imposture est « un mal de splendeur vêtu » :

« Ô triste humanité, je fuis dans la nature !

Et pendant que je dis : - Tout est leurre, imposture.

Mensonge, iniquité, mal de splendeur vêtu ! »

(Victor Hugo, « Les contemplations », V, XI).

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L’imposture est par essence narcissique, car l’imposteur recherche son propre profit sous des apparences généreuses. Jean-Jacques Rousseau écrit : « Mentir pour son avantage à soi-même est imposture. » C’est ainsi que « l’imposture est le masque de la vérité ; la fausseté est imposture naturelle ; la dissimulation, une imposture réfléchie ».

Quand l’imposture se joint à un narcissisme psychiatrique, elle devient enveloppante, généralisée, rampante, contagieuse et davantage maléfique. L’imposture atteint alors « le stade, l’état narcissique », selon la psychanalyse freudienne. André Maurois décrit « l’incapacité à sortir de lui qui l’isolait dangereusement des autres » (La vie de Byron, II, XVIII). Un tel narcissisme au stade psychiatrique « exalte (la personne) et la détruit » (Daniel Rops, Ce qui meurt, p. 51). Il en découle notamment une fixation affective à soi-même, qui explique l’incapacité totale d’écouter, car la domination de l’ego entraîne le mépris de toute altérité.

L’imposture est diabolique, caractéristique du diable. Pour le diable, la vérité n’est qu’un instrument pour tromper à son propre et exclusif profit. Le diable fait miroiter des promesses, toute la beauté des promesses, et fait succomber la victime manipulée et dupée. Mais le diable finit toujours par être vaincu quand sa victime, innocente et souvent bien intentionnée, se réveille, et peut-être se convertit. Tel est le sens du bel ouvrage de Denis de Rougemont : La part du diable (1942). Le diable succombe à ses supercheries et promesses fallacieuses après avoir « joué à la société une comédie dont elle est la dupe » (Barbey d’Aurevilly, Les diaboliques). Les imposteurs, avec leur novlangue que décrit et dénonce George Orwell, et dans la mondialisation pervertie d’aujourd’hui, sont les docteurs de la loi et les scribes de l’Évangile et les munâfiqûn (imposteurs) vilipendés par le Coran.

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Le pouvoir sans le droit est ingénieux, perfide et aveugle, mais son aveuglement finit par retomber sur lui.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Les Libanais vivent et subissent la pire imposture de toute leur histoire. Plus grave que la tyrannie, la gouvernance débridée, le mensonge, le clientélisme, la corruption... est l’imposture bien plus pernicieuse. Celui qui ment cache la vérité qu’il reconnaît. Quant au rusé, il se propose peut-être une échappatoire à un dilemme personnel ou collectif. Mais l’imposteur (impostor, de imponere) utilise la vérité pour tromper, pour faire miroiter des promesses, brandir des vérités, ou plutôt des slogans, pour son profit. Toute une tranche d’une population crédule, dont on sait exploiter les instincts refoulés, a été, et reste peut-être encore, victime ou dupe de l’imposture. ★ ★ ★ ★ ★La révolution nationale du 17 octobre 2019 vient crever l’écran. Les dictionnaires définissent l’imposture en...
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