La députée de Beyrouth issue de la société civile, Paula Yacoubian. Photo d'archives OLJ
Paula Yacoubian, députée de Beyrouth issue de la société civile, a violemment critiqué mercredi la classe politique en la qualifiant de "mafia de voleurs", saluant la mobilisation inédite du peuple libanais contre la classe dirigeante, qui est entrée dans son 21ème jour.
Depuis le 17 octobre, cette contestation a paralysé le pays avec la fermeture, durant les deux premières semaines, des banques, écoles et universités. Sous la pression de la rue, le Premier ministre Saad Hariri a démissionné le 29 octobre, mais les concertations pour la formation d'un nouveau cabinet n'avancent pas depuis, exacerbant la colère des manifestants.
"Le compromis présidentiel a été renversé il y a une semaine. Aujourd'hui, nous récupérons notre nation", a déclaré Mme Yacoubian lors d'une conférence de presse, plaidant en faveur d'un cabinet de "spécialistes". "Il faut un gouvernement restreint de salut public qui s'occupe des dossiers soulevés par la rue. Ce cabinet doit comporter des gens intègres sans aucun lien avec les partis", a-t-il ajouté.
"La classe politique est en crise. Cette classe qui n'a pas encore été renversée et qui agit comme une mafia de voleurs reste attachée à la logique des quote-parts", a lancé Mme Yacoubian. "Les cinq ou six personnes se réunissent et décident ensemble, comme si le peuple n'existait pas. Soyez sûrs que les figures de la corruption ne changeront pas", a-t-elle ajouté, dénonçant les discours et les menaces "d'un autre âge et qui ne font plus effet".
Des centaines d'élèves et étudiants libanais sont mobilisés ce mercredi à travers le pays. De nombreux jeunes ont ainsi rejoint les rangs des manifestants, qui depuis la veille optent pour des actions ciblées contre des institutions publiques, dont les responsables sont accusés de mauvaise gestion et de corruption.
"Nous sommes dans une période cruciale dans l'histoire du Liban. Ce qui se passe dans les rues est exceptionnel, n'est dirigé par personne et est Libanais à 100%. Le peuple, qui a montré ces 21 derniers jours qu'il était plus responsable que le pouvoir, est devenu incontournable dans l'équation. Après 20 jours de mobilisation, je dis aux politiciens : êtes-vous sûrs que la majorité du peuple est avec vous ? Comprenez que le peuple est déterminé à obtenir ses droits", a-t-elle lancé.
Appelant le chef de l'Etat à lancer le plus rapidement possible les consultations parlementaires, la députée s'est prononcée en faveur d'élections anticipées, "comme le ferait tous les pays qui se respectent en cas de crise similaire". Et de souligner : "Il ne s'agit pas d'un coup d'Etat constitutionnel et nous ne voulons pas du chaos, au contraire nous voulons construire". "Si cette colère n'obtient pas de réponse, nous nous dirigeons vers la désobéissance civile", a menacé Mme Yaacoubian.


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