X

Technologies

Des casques de réalité virtuelle pour soigner phobies et addictions

THÉRAPIE

La réalité virtuelle permet de soigner efficacement une grande partie des troubles du comportement. De jeunes sociétés, dont une start-up française, travaillent étroitement avec les équipes hospitalières pour développer de nouvelles applications destinées aux psychiatres et aux psychothérapeutes.

OLJ
02/11/2019

À première vue, tout semble normal dans cet appartement au design soigné. Mais en observant bien, on aperçoit dans un coin de l’entrée de longues pattes qui s’agitent sur une boule sombre : une grosse araignée. Au fur et à mesure que l’on circule dans les lieux, les noires créatures se multiplient. Cauchemardesque pour les phobiques, cette visite n’est qu’une illusion, créée par un casque de réalité virtuelle et des manettes de jeu. Guidé par la voix d’un thérapeute, l’arachnophobe apprend à dompter son angoisse. À la fin d’un protocole de soin, il est même invité à attraper – virtuellement – la bestiole.

Ce jeu vidéo bien particulier est l’une des applications développées par l’équipe canadienne de Stéphane Bouchard, l’un des laboratoires en pointe dans l’utilisation de la réalité virtuelle pour la santé mentale. Dans son laboratoire de Gatineau (la ville qui fait face à Ottawa), à l’Université du Québec en Outaouais, on vérifie ainsi très concrètement l’efficacité d’une cure contre l’arachnophobie en mesurant à combien de centimètres un patient accepte de se rapprocher d’une véritable tarentule, placée dans un vivarium.

La réalité virtuelle pour soigner les phobies ? Les traitements reposent sur les mêmes principes que les thérapies cognitives classiques, c’est-à-dire sur l’exposition aux objets créant la panique. « Le thérapeute aide le patient à modifier l’interprétation des signaux qui déclenchent sa panique », explique Stéphane Bouchard. Il s’agit de rééduquer le cerveau, dominé par la réponse automatique de l’amygdale, qui envoie un signal d’alarme à la vue d’une araignée, d’une salle de bains crasseuse, d’une foule compacte...

Une approche sûre et ludique

Tandis qu’une thérapie classique fait appel à l’imagination, la réalité virtuelle apporte une expérience immersive qui crée une « illusion de présence ». Et elle recèle deux atouts que n’offrent pas les thérapies comportementales classiques : la sécurité, d’abord. Elle permet, par exemple, de reproduire l’environnement d’un avion au décollage en toute sécurité pour le phobique. À tout moment, le patient peut sortir du jeu : nul risque de crise de panique. « Le virtuel permet d’induire les émotions au rythme dont le professionnel en a besoin », ajoute Stéphane Bouchard. Deuxième atout, « les traitements fondés sur le jeu permettent de dédramatiser la thérapie et d’attirer des patients qui étaient réticents à consulter de façon classique », souligne Pierre Gadea, fondateur de C2Care, leader français des Serious Games utilisés en psychiatrie.

« Une littérature scientifique fournie, dont la première étude remonte à 1995 et qui comprend quelque 900 articles et une trentaine d’études très sérieuses, prouve la non-infériorité des traitements par réalité virtuelle par rapport aux traitements classiques », souligne Karim Ndiaye, responsable de la plate-forme Prisme de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM). Autrement dit, le traitement avec un casque de réalité virtuelle n’est pas moins efficace que le traitement classique, c’est prouvé. Dédié à l’exploration fonctionnelle du comportement humain, le laboratoire de sciences cognitives piloté par Karim Ndiaye permet aux praticiens de la Pitié Salpêtrière de tester l’efficacité de nouveaux protocoles de soin. « La réalité virtuelle ouvre aussi des perspectives très intéressantes en neurologie, par exemple pour la réhabilitation des patients ayant subi un AVC ou, domaine plus nouveau, pour traiter la douleur », ajoute Karim Ndiaye.

Frein économique important

Développés conjointement avec les équipes psychiatriques des grands hôpitaux, les Serious Games utilisant les casques de réalité virtuelle couvrent un spectre qui ne cesse de s’étendre : peur de l’avion, agoraphobie, peur du vide, troubles obsessionnels compulsifs (TOC), addiction aux jeux, aux drogues, à l’alcool, au sexe, troubles du comportement alimentaire, peur de l’intermédiation sociale, syndrome de stress posttraumatique, troubles cognitifs en gériatrie…

Chaque application lancée par C2Care – qui vend ses logiciels par abonnement aux professionnels de santé – se fait en collaboration avec le ponte d’un service hospitalier référent dans une pathologie particulière. « Pour le syndrome de stress postattentats, nous travaillons avec le professeur Benoît, à Nice. Pour les jeux pathologiques, avec l’équipe du professeur Cottencin, à Lille ; pour l’addiction à la cocaïne, avec le professeur Georges Brousse, à Clermont-Ferrand... », détaille Pierre Gadea.

« La France est l’un des pays les plus ouverts à ces nouveaux traitements. En trois ans, nous avons équipé plus de 600 médecins libéraux et cliniques », se réjouit Pierre Gadea. C2Care, la société qu’il a lancée en 2016, domine aujourd’hui le marché français. Elle a pour concurrents InVirtuo, la société qui commercialise les recherches de Stéphane Bouchard, ainsi que l’éditeur espagnol Psious.

L’essor de ces traitements innovants rencontre toutefois un frein économique important : les psychothérapies en ville ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale, qui ne prend en charge que les traitements à l’hôpital.



Pour mémoire

De plus en plus explorée, la réalité virtuelle cherche encore son modèle

À la une

Retour à la page "Technologies"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants