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Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage (tiré du poème « If » de Rudyard Kipling)
C’est le cas de le dire ! Il fallait être sur les lieux mardi soir, 29 octobre (lors de l’attaque des miliciens du Hezbollah et d’Amal, NDLR), pour voir comment cet infatigable Libanais a vaillamment et en trois heures de temps nettoyé les places publiques, reconstruit les tentes, branché l’électricité, remis en place les amplis et repris les slogans ! Ce qui s’est passé dans ce même après-midi est loin d’être une simple anicroche, mais bien une attaque éclair des plus graves et des plus sournoises qui annonce déjà que pour les prochaines démarches que nous comptons entreprendre – à savoir une visite en masse au président Aoun à Baabda ce vendredi 1er novembre, doublée d’un sit-in à Aïn el-Tiné ce samedi –, à chaque mécontentement, à chaque contrariété, à chaque pression de notre part, à chaque nom proposé, le même scénario est susceptible de se reproduire ! Nul n’ignore que le Hezbollah a depuis bien longtemps instauré son État dans le nôtre et l’on ne sait par quel bouton pressé, ces têtes brûlées et télécommandées par leur dictateur sont capables de retourner leurs armes vers l’intérieur, nous faisant perdre le contrôle de la rue, semant par là même les prémices d’une guerre civile.
La situation est très délicate et les nerfs des deux camps sont à fleur de peau. Cependant, avec toute cette casse et cette violence, ces gamins se sont bel et bien tiré une balle dans le pied car, d’une part, le momentum de la foule a, du coup, doublement gonflé. Il fallait voir de nouveau cette effervescence magique dans les rues... Et d’autre part, ces fauteurs de troubles ont prouvé à l’opinion publique à quel point ils sont en banqueroute psychique et à quel point leur seul langage est celui du vandalisme alors que notre propos à nous est celui du civisme, du self-control d’une « love-élution », voire de la créativité et de l’expression artistique : le jour où Hassan Nasrallah, en désespoir de cause, a affirmé que notre révolution est financée par les ambassades, en un rien de temps nous avons tous reçu sur les réseaux sociaux cette admirable vidéo balayant des visages de jeunes disant tour à tour : « Moi je suis le monnayeur de la révolution », « Moi je suis le monnayeur de la révolution »... Cela pour ne citer, avec la géniale idée de la chaîne humaine que nous avons formée dimanche matin, main dans la main, du Nord au Sud, que deux exemples qui marquent bien la façon élégante, civilisée et pacifiste avec laquelle nous, fiers frondeurs, rebondissons !
Il faut dire ici que quelque part et humainement nous ne devons pas en vouloir à ces perturbateurs qui finalement portent des œillères et ne font qu’obéir, car dans le fond nous partageons les mêmes souffrances et les mêmes privations, mais avec une différence qui reste de taille : nous sommes des êtres libres et indépendants et eux sont réprimés et pendus à un seul signal émanant d’un chef qui les galvanise. Ne sont-ils donc pas beaucoup plus à plaindre qu’à condamner ?
Par ailleurs, lors de ce même après-midi de mardi, le Premier ministre, malgré de lourdes menaces exercées sur lui, a enfin placé sa démission entre les mains du président et à la disposition du peuple libanais. Mais attention, il est beaucoup trop tôt pour crier victoire, ce n’est qu’un pas très timide sur la voie d’un chemin semé d’embûches et d’un travail de longue, très longue haleine qui nous attend vers le redressement politique, législatif et surtout économique de notre nation. Il faudra être patient, jusqu’au-boutiste, se munir de flegme, de sagesse et de vision pour traiter à présent avec le reste des leaders, qui sont loin d’être des enfants de chœur. Des concessions doivent être faites, un lourd tribut devra être payé, vous verrez vos nerfs craquer par moments, mais quoi qu’il en soit, ne vous départez à aucun moment de votre optimisme, de votre foi, ne baissez pas les bras et ne perdez jamais de vue qu’aucune révolution dans le monde, que ce soit celle du Jasmin en Tunisie, celle des Œillets au Portugal en passant par celle de Velours en Tchécoslovaquie, Orange en Ukraine où, n’allons pas loin, celle du Cèdre en 2005, chez nous, n’a été faite sous anesthésie !
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