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Nos lecteurs ont la parole - Dr Maria Tahan

Et le Liban fut...

...Tel qu’il devait toujours être, depuis les premiers balbutiements de son indépendance : Liban « message » et non Liban « otage ». Liban au peuple bigarré, joyeux, responsable, civique, fier, libre et souverain. Qui aurait cru, il y a juste une semaine encore, pouvoir vivre ces moments magiques, inespérés ? Le réveil de tout un peuple, esclave depuis 40 ans du mercantilisme galopant, du clientélisme hallucinant et de l’amateurisme d’une classe de dirigeants aux dérives nauséabondes devenues choquantes et criminelles envers une population aux abois, qui aura tout vu, tout subi et tout vécu.

Qui aurait cru ou misé sur le sursaut de cette mosaïque sociale, réunie tout d’un coup sous un seul drapeau, subitement fière de son appartenance à sa seule nation et qui rejette de facto la mainmise de cette nomenklatura sclérosée et indéboulonnable depuis 30 ans. Identité commune revendiquée, mêmes slogans, même fermeté, mêmes rêves, mêmes plaintes : un peuple, toutes confessions confondues, s’est jeté spontanément dans la rue pour se libérer pacifiquement du joug d’une classe politique corrompue jusqu’à la moelle qui lui a fait avaler toutes les couleuvres possibles et imaginables en le mettant otage et chair à canon d’une guerre des axes régionaux, et ce depuis des décennies...

Peut-être ces jours dantesques et si fondateurs ne mèneront à rien. Peut-être que cet élan si salutaire s’essoufflera. Peut-être que ce sera une tempête dans un verre d’eau, comme le prédisent ou misent dessus certains esprits chagrins. Peut-être que la realpolitik cynique et inhumaine triomphera et viendra à bout de ce merveilleux sursaut national tant espéré, si souvent rêvé et vécu actuellement. Peut-être que des enjeux politiques internationaux étoufferont dans l’œuf la merveilleuse intifada de mon peuple.

Mais rien ni personne dorénavant ne pourra arracher à nos mémoires et nos rétines les images et la beauté stupéfiante de ces derniers jours où il y eut une libération sidérante de la parole, une distanciation vis-à-vis de tous les politiques de son propre camp, une condamnation et un rejet sans équivoque des fondements de tout le système politique actuel, une solidarité tous azimuts et surtout la revendication d’une appartenance à cette terre et en premier à elle.

Du jamais-vu... Du jamais entendu... Du jamais vécu...

Rien ni personne ne nous enlèvera ces images de ferveur populaire. Elles sont là, des preuves par millions de la formidable envie de vivre de ce peuple. De son attachement non négociable et de son enracinement dans cette terre. De son rejet de ces systèmes archaïques qui gangrènent le monde arabe, loin des principes de démocratie, de l’État de droit et du respect des institutions.

Elles sont la preuve, jetée à la face du monde entier et décuplée à l’infini de la vision du pape Jean-Paul II qualifiant le Liban d’une terre-message. Terre de tolérance, d’accueil, de pluralisme et de convivialité ; message et identité si précieux dans un monde en ébullition. Mais au-delà des slogans, des discours, des desiderata et des agendas de chacun, c’est surtout cette exceptionnelle unité nationale sous la bannière du cèdre qui doit rester dans les mémoires et qui est le réel symbole de cette semaine. C’est elle, avec tous les messages et les espoirs qu’elle véhicule et surtout elle qui doit être préservée précieusement pour des lendemains plus sereins. C’est elle qui nous fera sortir de la guerre des axes, elle qui rendra l’impossible possible. C’est elle le rempart contre tous les dangers, le socle sur lequel il faudra édifier l’État dont on rêve pour nos enfants et, surtout, elle qui est le principal gage de stabilité, de prospérité, de souveraineté, de liberté, de paix et donc de vie...

De vie bon sang !

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

...Tel qu’il devait toujours être, depuis les premiers balbutiements de son indépendance : Liban « message » et non Liban « otage ». Liban au peuple bigarré, joyeux, responsable, civique, fier, libre et souverain. Qui aurait cru, il y a juste une semaine encore, pouvoir vivre ces moments magiques, inespérés ? Le réveil de tout un peuple, esclave depuis 40 ans du mercantilisme galopant, du clientélisme hallucinant et de l’amateurisme d’une classe de dirigeants aux dérives nauséabondes devenues choquantes et criminelles envers une population aux abois, qui aura tout vu, tout subi et tout vécu.Qui aurait cru ou misé sur le sursaut de cette mosaïque sociale, réunie tout d’un coup sous un seul drapeau, subitement fière de son appartenance à sa seule nation et qui rejette de facto la mainmise...
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