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Liban - Baabda

« Aujourd’hui, nous empruntons le chemin pris il y a trente ans, mais pour faire tomber notre État »

En soirée, à la suite de pourparlers et d’échauffourées avec les forces de l’ordre, une délégation des protestataires a été reçue par le président de la République.

Ali, portant le Coran et une photo de la Vierge Marie, de saint Joseph et l’Enfant Jésus.

Le mouvement de protestation pacifique, qui a commencé hier dans l’après-midi sur l’autoroute menant au palais présidentiel de Baabda, a dérapé en début de soirée, lorsque des manifestants s’en sont pris aux forces de l’ordre déployées massivement dans le périmètre du palais de Baabda, jetant sur eux des pierres et des bouteilles d’eau en plastique. Des échauffourées ont même éclaté entre les forces de l’ordre et les protestataires, et des bombes sonores ont été entendues.

Pourtant, la manifestation qui a commencé dans l’après-midi se déroulait dans une ambiance calme et bon enfant. Mais peu après le discours prononcé par le Premier ministre, Saad Hariri, au terme duquel il a donné à ses partenaires au gouvernement un ultimatum de 72 heures avant de prendre une décision au sujet d’une éventuelle démission, des convois formés de milliers de personnes en provenance essentiellement de la place Riad el-Solh ont rejoint les manifestants à Baabda. Menés par Rami Alleik, écrivain et professeur d’université, ils comptaient accéder au palais de Baabda, même « au prix de (leurs) vies ».

« Le palais présidentiel est le palais du peuple, c’est notre maison », lance Rami Alleik, affirmant que les manifestants ne veulent que s’asseoir pacifiquement dans le jardin du palais. Le mot d’ordre toutefois était d’empêcher les manifestants de pénétrer le cordon de sécurité établi dans le périmètre du palais, les forces de l’ordre ayant bloqué toutes les rues et ruelles menant au palais de Baabda.

Au terme de longs pourparlers entres les forces de l’ordre et Rami Alleik, il a été finalement convenu de désigner une délégation restreinte parmi les manifestants pour se rendre au palais présidentiel. Menée par M. Alleik, celle-ci a été reçue par le chef de l’État, Michel Aoun. « Je vous comprends, a-t-il déclaré devant la délégation. Vos souffrances sont les miennes et je ferai de mon mieux pour les alléger. Nous avons lancé une série de mesures pour mettre un terme à tout ce dont vous vous plaignez et nous allons poursuivre le travail dans ce sens. »

« Vous n’avez pas honte ? »

Plus tôt, dans l’après-midi, un groupe de jeunes filles, la vingtaine, menaient le mouvement de protestation. « Révolution ! Révolution! », « Dégagez ! Dégagez ! », « À bas le mandat ! », « Dieu, le Liban et le peuple »… Exaspérées par la crise économique qui mine le pays, elles s’égosillent à scander des slogans contre la classe politique au pouvoir, que répétait, après elles, une foule venue crier son ras-le-bol. De temps en temps, des motards encagoulés ou portant des masques se joignaient aux manifestants avant de repartir rejoindre des protestataires dans d’autres régions.

Les protestataires dénoncent la corruption, chantent, dansent et entonnent l’hymne national. Juché sur le parapet qui sépare les deux voies de l’autoroute, un militaire filme la scène. Une jeune fille s’approche de lui et demande d’une voix douce : « Monsieur le militaire, vous n’avez pas honte de me filmer en train de protester parce que j’ai faim ? »

Deux mètres plus loin, des femmes, assises en tailleur sur la route asphaltée, affirment vouloir y rester jusqu’à ce que « le régime tombe ». Marilyn a 18 ans. « Aujourd’hui, j’aurais dû être à l’école, mais je suis dans la rue pour dire au chef de l’État qu’il nous a déçus, alors que nous lui avions fait confiance, lance-t-elle. La corruption ronge le pays. Le Liban est connu pour être un pays vert. Même les arbres, on les a brûlés. À chaque fois, je me disais que ça ne sert à rien si une personne de plus ou de moins descendait dans la rue. Aujourd’hui, je suis sûre que tout un chacun fait la différence. »

Mohammad est originaire de Baalbeck-Hermel et habite la banlieue sud. « C’est la première fois de ma vie que je prends part à un mouvement de protestation, affirme-t-il. Cette fois-ci, j’ai décidé de descendre dans la rue parce que je n’en peux plus. La vie est devenue difficile. »

D’aucuns appellent à un putsch, d’autres à la formation d’un gouvernement transitoire de technocrates qui organiserait des élections législatives anticipées conformément à une nouvelle loi.

Soulèvement contre le despotisme

« Il y a trente ans, nous avons investi ces rues pour faire chuter le régime syrien, lance Julie. Malheureusement, aujourd’hui, nous empruntons le même chemin, mais c’est pour faire tomber notre État. Quelle honte ! » Et de reprendre : « Tout est de notre faute. Nous les avons élus. Mais ce qui est bien, c’est que le peuple, toutes communautés et tendances politiques confondues, s’est enfin réveillé pour sommer nos responsables de partir. »

Élias, 19 ans, essaie d’être optimiste. Étudiant en sciences informatiques, il confie avoir choisi de se spécialiser dans ce domaine parce qu’il est sûr de pouvoir trouver du boulot à l’étranger. « Rien n’est pire pour un étudiant que de sentir qu’il n’est pas le bienvenu dans son pays », déplore-t-il.

Au milieu de la route se tient Ali, portant dans une main le Coran et dans l’autre une photo de la Vierge Marie, de saint Joseph et de l’Enfant Jésus. Un foulard à l’effigie de l’imam Hussein pend sur ses épaules. « La famine et la cupidité des responsables nous a unis, affirme-t-il. Aujourd’hui, chrétiens et musulmans sont unis autour d’une même cause : un soulèvement contre le despotisme et la classe politique au pouvoir. »

À l’heure d’aller sous presse, les manifestants étaient divisés entre ceux qui voulaient rester sur les lieux et ceux qui appelaient à rentrer chez eux.

Le mouvement de protestation pacifique, qui a commencé hier dans l’après-midi sur l’autoroute menant au palais présidentiel de Baabda, a dérapé en début de soirée, lorsque des manifestants s’en sont pris aux forces de l’ordre déployées massivement dans le périmètre du palais de Baabda, jetant sur eux des pierres et des bouteilles d’eau en plastique. Des échauffourées ont même éclaté entre les forces de l’ordre et les protestataires, et des bombes sonores ont été entendues.Pourtant, la manifestation qui a commencé dans l’après-midi se déroulait dans une ambiance calme et bon enfant. Mais peu après le discours prononcé par le Premier ministre, Saad Hariri, au terme duquel il a donné à ses partenaires au gouvernement un ultimatum de 72 heures avant de prendre une décision au sujet d’une éventuelle...
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