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Sport

Le chessboxing, de la bande dessinée à la réalité

Focus

Ce sport hybride, inventé par Enki Bilal, combine boxe anglaise et jeu d’échecs.

OLJ/Sabine COLPART/AFP
17/10/2019 | 00h00

Dégoulinant de sueur, le souffle haletant et l’esprit embrouillé après avoir assené crochets et uppercuts, il déplace ses pions sur l’échiquier en quête de lucidité : né dans l’imaginaire du dessinateur Enki Bilal, le chessboxing est désormais un sport bien réel combinant boxe anglaise et jeu d’échecs. Le héros s’appelle Nikopol. En 1992, dans Froid équateur, dernier opus de la Trilogie Nikopol (éd. Casterman), il triomphe d’un combat épique alliant la force de la boxe et l’intelligence des échecs. Vingt-sept ans plus tard, l’histoire fictive se décline en une discipline sportive, qui débarque en France après s’être structurée en Allemagne dans les années 2000.

« À un moment donné, je voulais que mes personnages se confrontent de manière spectaculaire, sportive, à l’image de tout ce qu’a toujours été le sport. Je vais essayer de trouver un sport qui sera la substantifique moelle presque de l’excellence de l’être humain, à savoir son intelligence suprême et sa force », raconte Enki Bilal. « Ce qui m’arrive tout de suite, c’est les échecs. Et la boxe s’impose aussi comme noblesse, derrière la violence il y a toute une philosophie du mouvement, de l’espace. Je les imagine tout de suite sur un ring », poursuit l’auteur français, devenu le parrain de ce nouveau sport qu’il trouve fascinant.

Dix ans après la BD, un artiste néerlandais, Iepe Rubingh, transpose cet élément narratif d’anticipation dans la réalité. Il organise le premier combat – dont il est l’un des deux protagonistes – et crée la fédération internationale, la World Chess Boxing Organisation (WCBO), avant de multiplier les duels à travers le monde via l’Intellectual Fight Club (IFC). Aujourd’hui, ce sont une dizaine de fédérations nationales pour quelque 3 500 combattants – surtout en Allemagne, en Angleterre et en Inde. La France, qui tient son champion du monde en 2017 avec Thomas Cazeneuve, se structure alors avec une fédération, une équipe de France et un tout premier gala de combats, qui se déroulera le 9 novembre au Cabaret Sauvage à Paris.

« C’est le sport le plus complet, on travaille le corps et l’esprit. Ça casse les stéréotypes, comme celui du combattant qui est une brute et celui du joueur d’échecs qui est un geek pas du tout sportif, premier de la classe, et qui va finir informaticien », souligne Thomas Cazeneuve, champion du monde de chessboxing et consultant en recrutement. Thomas Cazeneuve a été nourri au jeu d’échecs dans son enfance avant de s’adonner au kickboxing à l’adolescence pour, aujourd’hui, allier les deux pratiques.

« Il faut réussir à passer de la boxe anglaise aux échecs en essayant de garder sa lucidité pour que le niveau aux échecs ne baisse pas. On a l’habitude de jouer aux échecs dans une salle sans bruit, avec sa bouteille d’eau, son goûter. Là, on saigne, on a mal, on est essoufflé, on ne sait plus trop où on habite et il faut jouer », explique le chessboxeur, qui court beaucoup pour s’entraîner avec toujours un échiquier dans la poche.


Rêve de JO

Un combat de chessboxing se décline en 11 rounds : 6 rounds d’échecs et 5 rounds de boxe (soit 40 à 45 minutes au total si les 11 rounds vont à leur terme). Les échecs se jouent en blitz (dans un temps donné) et les combattants sont torse nu, sans casque de protection pour la boxe, mais avec un casque antibruit pour s’installer devant l’échiquier afin d’être isolé de l’ambiance survoltée du public. Le combat se gagne soit par K.-O., soit par échec et mat. Il n’arrive que très rarement que ce soit par décision des juges. « C’est à la castagne, il y a un côté rentre-dedans », relève le président de la fédération en France (basée à Montpellier), Guillaume Salançon, pour qui le chessboxing est un sport semblable « à de la corrida, un spectacle où il va se passer quelque chose ». « Ça relève d’une performance artistique, c’est complètement mystique, puissant, émouvant, ce qu’on n’a pas forcément dans le sport », dit-il.

À Paris, un club s’est ouvert il y a seulement un mois. Ils sont déjà une dizaine à se presser le dimanche matin. « Il y a une approche qui est assez ludique dans le fait d’intervertir deux sports. D’apprendre après un effort hyperintense à se calmer, à se reconcentrer, à se poser. En fait, c’est aussi utile à plein de niveaux », confie un nouvel adepte, Lucas Graffan.

Et pourquoi ne pas rêver de voir le chessboxing aux Jeux olympiques. C’est ce qu’imagine aujourd’hui Enki Bilal…


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