Liban

Normalisation avec la Syrie : le 8 Mars veut profiter des développements régionaux

Éclairage
12/10/2019

Dans une réunion du Conseil des ministres consacrée au budget 2020 tenue jeudi, la principale pomme de discorde a été la question des relations avec la Syrie… et l’occasion, pour les partis souverainistes, de faire échouer une tentative du 8 Mars d’imposer une normalisation avec le régime syrien.

Profitant de ce qu’elles jugent comme étant des développements régionaux favorables à l’axe qu’elles représentent, au Yémen, en Irak et en Syrie, les forces du 8 Mars ont tenté, au cours de cette réunion, de décrocher une décision gouvernementale qui consisterait à charger l’un des ministres d’assurer le contact avec le régime syrien officiellement, sous prétexte qu’il faut discuter de la question du passage de Boukamal, à la frontière syro-irakienne. La réouverture de ce poste-frontière facilite en effet le transport de marchandises libanaises par voie terrestre aux pays arabes. Or cette tentative a échoué en raison de l’opposition des ministres des partis souverainistes.

Les milieux de ces partis estiment que cette nouvelle tentative, menée par le Hezbollah, est mue par la volonté de ce parti de profiter de développements régionaux qu’il juge favorables à l’axe régional qu’il représente. C’est ainsi que ces sources interprètent les interventions des ministres du Hezbollah et du Courant patriotique libre, s’étonnant du fait qu’ils font fi de la représentation diplomatique entre le Liban et la Syrie, et soulignant que l’ambassade du Liban à Damas peut s’acquitter des contacts avec les officiels syriens sans que ces contacts ne prennent une tournure politique officielle. D’autant plus que la situation ne s’est pas stabilisée en Syrie, qu’il existe toujours une opposition populaire au régime et que les relations avec la Syrie continuent de diviser les acteurs au Liban.

Selon ces sources, il est surprenant que ces parties passent outre à la déclaration ministérielle autant qu’à la politique de distanciation adoptée par le gouvernement, alors même que le Premier ministre Saad Hariri, qui vient de participer à plusieurs événements internationaux, a répercuté le son de cloche des participants aux conférences internationales d’aide au Liban et leur attachement à la condition de respecter la politique de distanciation par rapport aux axes régionaux.


(Lire aussi : Rencontre Nasrallah-Bassil : entente sur l’économie et les réfugiés)

Ces mêmes sources rappellent que la relation entre le Liban et la Syrie a toujours été troublée, du fait que la Syrie n’a jamais vraiment reconnu l’indépendance du Liban. Elles évoquent le sommet libano-syrien qui avait eu lieu les 13 et 14 août 2008, entre le président Michel Sleiman, fraîchement élu, et le président syrien Bachar el-Assad. Il avait été convenu alors de plusieurs points de coordination, notamment la mise en place d’une représentation diplomatique entre les deux pays, la délimitation des frontières et la création de comités pour le suivi des cas de détenus libanais dans les geôles syriennes. En ce temps-là, rappellent ces sources, seule la première tâche a été réalisée, alors que les autres ont fait l’objet d’atermoiements, sous divers prétextes. Les frontières, notamment, ont été utilisées comme moyen de pression politique en vue de servir les intérêts syriens : elles sont restées assez poreuses pour permettre l’entrée illicite d’individus armés au Liban, dont la guerre de Nahr el-Bared (2007) est la preuve, tout comme l’introduction d’armes iraniennes au Hezbollah sous prétexte de résistance contre Israël.

Enfin, ce qui a paru d’autant plus étonnant aux observateurs, c’est que cette proposition de normalisation des relations avec le régime syrien a totalement occulté des décisions judiciaires syriennes contre Saad Hariri notamment, et d’autres personnalités libanaises.

Dans l’absolu, une telle polémique prouve l’absence de solidarité gouvernementale et de vision commune. Certaines parties, selon les observateurs, agissent suivant un agenda qui privilégie les intérêts étrangers par rapport aux intérêts nationaux, et ignore la nécessité de garder de bonnes relations avec les pays du Golfe, qui sont un véritable levier économique pour le Liban. Selon eux, une normalisation avec la Syrie ne peut se concrétiser que dans le cadre d’une action arabe commune.


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