Le plan de gestion des déchets du ministère de l’Environnement, adopté en Conseil des ministres le 27 août dernier, n’a pas encore été mis en application que des mouvements de contestation contre les sites de décharges proposés font déjà leur apparition. Hier, c’était au tour des habitants de l’Iqlim el-Kharroub de manifester contre un projet de décharge prévu sur le site d’une carrière désaffectée dans la zone de Jiyé-Baassir-Dahr el-Mghara. Les représentants qui se sont exprimés au nom des manifestants ont réitéré le refus de l’établissement d’une décharge proche des habitations, tout comme ils ont annoncé qu’ils opposeraient le même refus face à un quelconque projet d’incinérateur et même, pour la première fois, à l’utilisation de tout combustible tiré des déchets (Refuse Derived Fuel) dans la cimenterie proche de Sibline.
Le projet de gestion des déchets prévoit, rappelons-le, l’établissement de 25 décharges sanitaires sur l’ensemble du territoire en vue de remplacer le millier de dépotoirs sauvages. L’une d’elles se trouve effectivement à Jiyé-Baassir-Dahr el-Mghara, et il est prévu également d’y établir des centres de tri et de compostage. Le plan prévoit également à plus long terme la construction de deux incinérateurs (outre un incinérateur que compte installer la municipalité de Beyrouth dans la capitale), l’un au Nord (le plus probablement à Deir Ammar) et l’autre au Sud (Jiyé est l’un des sites qui ont été évoqués, mais le choix n’a pas été finalisé).
De nombreux manifestants s’étaient donc rassemblés hier devant la carrière de Jiyé-Baassir-Dahr el-Mghara pour crier leur refus de la future décharge, avec des slogans non dénués d’une extrême fermeté comme « Cette décharge ne passera pas, c’est une question de vie ou de mort », ou encore « Nous ferons face à ce projet destructeur ». Si les différents partis de la région étaient représentés, les manifestants ont tenu à garder ce mouvement unifié du point de vue slogans et drapeaux, ne hissant que le drapeau libanais. De nombreux élus municipaux étaient notamment présents, ainsi que des religieux des différentes communautés.
Un mot particulièrement virulent a été prononcé par Jean Azzi, du Comité de coordination de l’Iqlim el-Kharroub. « Nous ne comptons plus les cas de cancers dans la région », a-t-il martelé, citant de nombreuses sources de pollution, notamment la centrale (ancienne et polluante) de Jiyé, la cimenterie de Sibline, les nombreuses carrières ou encore l’autoroute côtière.
« Nous n’accepterons plus aucune pollution supplémentaire de l’air ni la dégradation de nos ressources hydrauliques pour couvrir la corruption des autorités et leur négligence, a-t-il dit. Les ministres concernés ont la prétention de vouloir appliquer la décentralisation dans le secteur des déchets. Pourquoi ne l’appliquent-ils pas aussi pour l’électricité et nous laissent-ils supporter la pollution d’une production qui dessert tant d’autres régions ? »
Jean Azzi a rappelé qu’un grand mouvement de contestation avait secoué la région en 2015 (année de la crise des déchets) en signe de refus de l’établissement d’une décharge au même endroit, exprimant le message suivant : non à la décharge, non à l’incinération et non à l’utilisation du RDF dans les fours de la cimenterie de Sibline. Les mots prononcés par le père Charles Kassab, curé de la paroisse de Dahr el-Mghara, et par le cheikh Jamal Bachacha, imam de la grande mosquée de Barja, allaient dans le même sens d’un refus total.


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